Mercredi 12 décembre 2018

Bellange et Tournier retrouvés, Picasso érotique, Chirico ultime... Du côté du contemporain

De Rennes à Rome, voici une sélection d’expositions annoncées au premier semestre

Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2001 - 1946 mots

Avant les Carrache
L’aura des trois Carrache, Ludovico, Annibale et Agostino, et l’influence de la réforme qu’ils introduisent dans l’art italien ont en partie occulté la constitution progressive d’une école bolonaise pendant tout le XVIe siècle. Après l’exposition de 1994 (“La réforme des trois Carraci”), le département des Arts graphiques du Louvre, délaissant les spéculations philosophico-pédantes, revient dans la cité émilienne avec “Un siècle de dessin à Bologne (1490-1580)”, et s’intéresse naturellement à l’avant-Carrache. En tentant de répondre à cette question : comment, nourris de la confrontation avec les autres écoles de la péninsule, des artistes comme Francia, Prospero Fontana, Pellegrino Tibaldi, Denys Calvaert, font de leur ville un foyer créatif de premier ordre, et d’une certaine manière préparent la révolution carrachesque. Les soixante feuilles réunies au Louvre témoignent de la dialectique féconde qui s’instaure au XVIe entre deux pôles majeurs : Raphaël et Michel-Ange.
- “Un siècle de dessin
à Bologne (1490-1580)”, Musée du Louvre, Paris 30 mars-2 juillet.

Les visions de Bellange
Ses grands décors et ses tableaux de chevalet ayant été emportés dans la tourmente de l’histoire, le Lorrain Jacques Bellange (vers 1575-1616) n’est plus connu que pour son œuvre graphique. Mais quelles gravures ! et quels dessins ! Élégance et sophistication des figures, atmosphère étrange et inquiétante, complexité de la composition, tous ces caractères propres au Maniérisme tardif, connaissent chez Bellange une sorte d’acmé paroxystique, servie par une virtuosité technique d’exception. Rassemblant pratiquement tous ses dessins et ses gravures, l’exposition de Rennes, qui invite à redécouvrir cet artiste mystérieux, bénéficie du concours de l’omniprésent Jacques Thuillier. La monographie qu’il publie à cette occasion s’efforce de faire le point sur les maigres connaissances relatives à l’énigme Bellange.
- “Jacques Bellange”, Musée des beaux-arts, Rennes, 16 février-14 mai.

Itinéraire d’un caravagesque
La lumière blanche et froide sur le corps du Christ mort, les tonalités profondes des couleurs sur les vêtements de Nicodème et Joseph d’Arimathie, la scène entière dramatique et silencieuse, tout l’art de Nicolas Tournier (1590-1639) est dans ce Christ porté au tombeau (1632-1635). De son séjour à Rome, le peintre retient les leçons caravagesques de Manfredi orientées vers le réalisme, la simplification de la composition avec un nombre limité de figure et le rôle tragique du clair-obscur. Artiste protestant en terre catholique, établi à Toulouse à partir de 1632, il peint surtout des œuvres religieuses monumentales – Christ descendu de la croix, Tobie et l’ange – qui se distinguent par une expression austère et un sens poétique personnel fait de silence et d’attitudes figées. Le Musée des Augustins esquisse la personnalité de cet artiste toulousain d’adoption, à travers une quarantaine de tableaux venus des États-Unis et de toute l’Europe. Ce portrait de Nicolas Tournier est éclairé par des découvertes concernant sa technique de travail et ses compositions, et par la confrontation des œuvres d’attribution certaine avec d’autres, plus douteuses.
- “Nicolas Tournier”, Musée des Augustins, Toulouse, 29 mars-2 juillet.

Le goût de la collection
Lorsqu’il fuit Rome en 1606, Caravage trouve d’abord refuge auprès de Vincenzo Giustiniani, un collectionneur fidèle qui possédait quinze toiles de sa main. Mais la fabuleuse collection de près de 600 tableaux qu’il avait rassemblée, avec son frère Benedetto, comptait également les meilleurs peintres du Seicento – Poussin, Lorrain, l’Albane, Lanfranco, Annibale Carrache, Honthorst –, mais aussi du Cinquencento (Véronèse, Lotto, Dossi…). Dispersé au XVIIIe et au début du XIXe siècle, cet ensemble sera en partie reconstitué à Rome, au Palazzo Giustiniani, puis à Berlin, qui conserve, grâce aux rois de Prusse, quelques-uns des chefs-d’œuvre Giustiniani comme l’Amour vainqueur.
- “La collection Giustiniani”,  Palazzo Giustiniani, Rome, 26 janvier-15 mai, et Altes Museum, Berlin, 15 juin-9 septembre.

Le monde étrange de Chirico
Durant les dix dernières années de sa vie, De Chirico a “revisité” son œuvre, notamment sa période métaphysique, pour en donner une lecture nouvelle et variée. Organisée avec la Fondation Giorgio et Isa De Chirico de Rome, qui conserve la majorité de ses créations pour la période 1968-1978, l’exposition du Palais des beaux-arts de Charleroi est consacrée aux mondes étranges – peuplés de mannequins sans visage, colonnes antiques et divers objets insolites – imaginés par le peintre à la fin de sa carrière. Les 140 dessins, aquarelles et peintures sélectionnés, parmi lesquels figurent La Tristesse du printemps (1970), Intérieur métaphysique avec soleil éteint (1971), Meuble et rocher dans une chambre (1973) ou Tête d’animal mystérieux (1975) accumulent les juxtapositions irrationnelles, nous plongeant dans une atmosphère intemporelle et menaçante.
- “Giorgio De Chirico – Les dix dernières années”, Palais des beaux-arts, Charleroi (Belgique), 4 février-13 mai.

Picasso et ses muses
Le mythe de la relation équivoque entre l’artiste et sa muse a trouvé un nouvel accomplissement au XXe siècle dans les relations qu’a entretenues Picasso avec ses nombreuses compagnes. Le peintre s’est d’ailleurs largement inspiré de ces femmes, tout un pan de sa création touchant ainsi à un érotisme torride. La Galerie nationale du Jeu-de-Paume consacre aujourd’hui une grande exposition à cet aspect souvent occulté de son travail pour des raisons de décence ou d’indécence, et réunit environ trois cents œuvres issues de trois de ses principales périodes de création en la matière. Les années 1901-1907, qui correspondent à son éveil à la sexualité, sont aussi celles de sa rencontre avec Fernande Olivier et de ses premières scènes d’étreintes. Le thème du Minotaure apparaît plus tard, dans la décennie 1927-1937, période d’amour pour Marie-Thérèse Walter et Dora Maar. La dernière partie de l’exposition est consacrée à ses dernières années de création (1960-1973), principalement tournées vers la gravure. D’autres expositions Picasso sont encore programmées en 2001 à travers le monde, notamment “Picasso sous le soleil de Mythra”, organisée par la Fondation Gianadda de Martigny, du 29 juin au 4 novembre 2001.
- “Picasso érotique”, Galerie nationale du Jeu-de-Paume, Paris, 20 février-20 mai 2001.

Signac, du Pointillisme à la couleur
“En travaillant ici [Saint-Tropez] je m’aperçois du peu d’importance et du peu d’utilité du travail direct d’après nature. J’ai couvert presque ma toile sans avoir besoin de retourner aux Cannoubiers ‘chercher ma vie’. C’est à peine s’il me manque quelques détails de branchages, de fleurettes et de terrain que je trouve facilement. – La nature fournit ainsi des détails gracieux et variés – mais je suis sûr que l’homme vraiment fort pourrait tout sortir de sa tête”, écrivait Signac dans son journal, en août 1897. De la période néo-impressionniste aux toiles plus spontanées et colorées le rapprochant des fauves, le Grand Palais, à Paris, retrace la carrière de cet artiste longtemps resté dans l’ombre de Seurat, à travers 140 peintures, dessins, aquarelles et lithographies. Le parcours se divise en quatre sections – Impressionnisme, néo-Impressionnisme, Saint-Tropez, Ports et voyages – dans lesquelles sont ménagés pour quelques œuvres, comme la grande composition Au temps d’harmonie (1864-1895), des dossiers regroupant les études préparatoires.
- “Paul Signac (1863-1935)”, Grand Palais, Paris 1er mars-28 mai.

Un réalisme militant
L’art du vingtième siècle a été traversé et transpercé tout au long de son histoire par la question de l’engagement, et, en premier lieu, celle du combat politique, qu’il soit du côté du soutien ou de la lutte. Ces artistes se sont souvent détournés des recherches plastiques les plus avancées au profit d’un réalisme éloquent, vecteur plus évident du message qu’ils entendaient divulguer, créant même parfois un décalage entre le conservatisme de la représentation et les idées progressistes qu’ils défendaient. Le Musée d’art moderne de Saint-Étienne travaille depuis les années soixante-dix à une nouvelle lisibilité de ce pan entier de l’art du siècle dernier remis au goût du jour à Paris par des expositions telles que “Face à l’histoire”. Il sera ainsi possible de retrouver cet été, dans la préfecture de la Loire, des pièces de Derain, Grüber, Hélion, Léger, Fougeron, Pignon, Rancillac, Villeglé, Vostell, Caniaris ou Progov.
- ”Les réalismes et l’art militant, 1930-1990”, Musée d’art moderne, Saint-Étienne, 14 juin-31 septembre.

Nemours toujours
Née en 1910, Aurélie Nemours a, au cours de sa longue carrière, abondamment exposé en France et à l’étranger. Aujourd’hui, le Musée de Grenoble propose d’aborder deux aspects particuliers de sa production plastique, d’une part ses pastels et de l’autre ses collages. Serge Lemoine, directeur du Musée, lui a d’ailleurs consacré une monographie et un ouvrage, précisément sur ses pastels, en 1990 et 1992. Les travaux présentés ici ont été réalisés entre 1942 et 1953, un ensemble provenant en partie de la collection du Musée qui a d’ailleurs bénéficié d’un important don de l’artiste. À travers ses œuvres, cette ancienne étudiante de Fernand Léger étudie la vie moderne, son rythme et sa vitesse, s’attachant par exemple à quelques scènes de rue. La seconde partie de l’exposition, consacrée à ses collages, révèle des pièces qui étaient jusqu’alors restées inédites. Aurélie Nemours les a réalisés en 1964 pour la revue Morphèmes, éditée par le poète hongrois Imre Pan.
- “Aurélie Nemours, pastels et collages”, Musée de Grenoble, 8 avril-8 juillet.

Rothko dans ses murs
Après la Fundació Joan Miró de Barcelone, la Fondation Beyeler, à Riehen, dans la banlieue de Bâle (Suisse), accueille une importante exposition Mark Rothko (1903-1970). La manifestation privilégie, à l’intérieur de son œuvre, ce que l’on a nommé les Rothko Rooms, corpus issu de la volonté de l’artiste de présenter un accrochage serré, très dense, pour enfermer littéralement le spectateur dans un environnement pictural qui le terrasse. Ce désir qui se manifeste dès le début des années cinquante, répond à la volonté de constituer de véritables ensembles, de relier chacune des pièces en s’écartant d’une lecture individualisée de ses toiles. La manifestation présentera notamment la fameuse Rothko Room de la Philips Collection de Washington D.C., ainsi que les Harvard Murals. Au total, soixante-quinze œuvres représentatives des différentes phases de sa création seront exposées dans les espaces conçus par Renzo Piano.
- “Mark Rothko, union approfondie entre peinture et spectateur”, Fondation Beyeler, Riehen (Suisse), 18 février-29 avril.

Les douze travaux de Pistoletto
Le Musée d’art contemporain de Lyon a choisi, en ce début d’année, de présenter une grande rétrospective de l’œuvre de Michelangelo Pistoletto, sa plus importante exposition en France après la trilogie que lui avaient consacrée, à l’été 1993, le Musée d’art contemporain de Rochechouart, le Centre d’art de Vassivière et le Creux de l’Enfer à Thiers. La manifestation lyonnaise se propose de revisiter les grands moments du travail de celui qui participa dès 1967 à l’aventure de l’Arte Povera. Douze importantes installations mettront ainsi en évidence le champ d’action de l’artiste dans les domaines aussi variés que le théâtre, l’art dans la rue, les actions ou les performances. Pistoletto, né à Turin en 1933, s’est toujours intéressé à d’autres disciplines – à côté de sa production en tant qu’écrivain, théoricien et philosophe –, tout en s’adaptant sans cesse aux nouvelles technologies, preuve en est son site Internet. L’artiste a également ouvert, à Biella, la Città dellarte, sa fondation, un lieu qui propose expositions, rencontres et enseignements.
- “Michelangelo Pistoletto, rétrospective”, Musée d’art contemporain, Lyon, 28 février-13 mai.

Séchas, de la ville au musée
Dans le cadre des commandes publiques liées à la construction des lignes B et C du tramway de Strasbourg, Alain Séchas a réalisé un ensemble de dessins tranchants pour les stations du réseau. L’artiste est également l’auteur d’une sculpture installée dans la banlieue de la capitale alsacienne, à Schiltigheim. À côté de ces pièces conçues pour rester à demeure, Alain Séchas expose, pendant près de trois mois, au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, un ensemble d’œuvres qui constitue à la fois un écho et un prolongement à ses créations pour l’espace public. Dans une logique d’humour décliné en saynètes simples et percutantes, l’artiste entend “réautoriser une parole”, selon ses propres termes, face au flot des informations préformatées véhiculées par la télévision et la presse.
- ”Alain Séchas, Musée d’art moderne et contemporain”, Strasbourg, 9 février-22 avril 2001.
 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°118 du 5 janvier 2001, avec le titre suivant : Bellange et Tournier retrouvés, Picasso érotique, Chirico ultime... Du côté du contemporain

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