Jeudi 12 décembre 2019

Bataille d’enchères pour Drouot

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 25 janvier 2002 - 457 mots

La Barclays Private
Equity (BPE), la société française d’investissement
de la banque britannique, s’est, le 17 janvier, portée officiellement candidate
au rachat de l’hôtel Drouot
et de la Gazette de l’hôtel Drouot. Elle propose un
projet différent de celui
de Pierre Bergé, parti
en campagne auprès
des commissaires-priseurs depuis plusieurs semaines.

PARIS - La contre-proposition est tombée deux semaines avant l’échéance que s’était fixée Pierre Bergé pour convaincre une majorité de commissaire-priseurs de lui vendre leur part de Drouot SA. L’offre encore floue de la BPE, société d’investissement de la banque Barclays, consiste à développer Drouot tout en laissant une entière autonomie aux commissaires-priseurs. Ce projet doit prochainement être présenté à l’ensemble des professionnels parisiens. Il pourrait bien compromettre les chances d’aboutissement du projet d’“OPA” du PDG de la maison de couture Yves Saint Laurent sur le temple parisien des enchères. Pierre Bergé voulait créer une maison de vente concurrente de Christie’s et Sotheby’s autour du label Drouot. Mais sa proposition, loin d’être généreuse, ne fait pas l’unanimité. Mes Gros & Delettrez, opposés à son projet, sont d’ailleurs à l’origine de l’intervention de la Barclays. Après avoir contacté plusieurs groupes  dont la Compagnie financière Edmond de Rothschild, ils ont jugé que la Barclays “pouvait le mieux restructurer leur profession, en prenant autant en compte les hommes et leurs aspirations professionnelles que les objectifs financiers”. Pour Me Henri Gros, “Pierre Bergé cherche seulement à faire un coup financier en rachetant pour une bouchée de pain des études de confrères qui veulent se retirer ou qui ont une activité modeste. Or, j’ai l’intention de dynamiser la mienne davantage.” Avec plus de 23 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, l’étude Gros & Delettrez reste l’un des plus importants intervenants parisiens des enchères qui ne se soient pas associés à un investisseur ou à un auctioneer, à l’instar de Tajan et de PIASA, respectivement propriété de Phillips et Artémis (la holding de François Pinault, PDG de Christie’s), de Poulain-Le Fur et Sotheby’s ou de Briest et Arcurial.
L’homme d’affaires Pierre Bergé a immédiatement réagi en proposant à BPE de s’associer financièrement pour la reprise de Drouot. Ce que la société britannique a tout de suite refusé. Pour l’instant, aucune information fiable sur les montants des tractations n’a pu filtrer.
Elles font toujours l’objet d’âpres négociations entre les professionnels du marché de l’art et les deux potentiels repreneurs. Mais forts d’un actif financier estimé à plus de 45 millions d’euros, à savoir l’hebdomadaire La Gazette de l’hôtel Drouot qui rapporte en outre à ses actionnaires environ 4 millions d’euros de bénéfices par an, les commissaires-priseurs ont des arguments de vente. Et selon certaines rumeurs, d’autres investisseurs pourraient se faire connaître dans un avenir proche... Et entrer dans le jeu de la surenchère.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°141 du 25 janvier 2002, avec le titre suivant : Bataille d’enchères pour Drouot

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