Samedi 15 décembre 2018

Bâle fait la foire et la Liste se déroule

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 11 juin 2004 - 973 mots

35e édition d’Art Basel. Accueillant cette année 270 galeries, la foire reste la référence dans le domaine de l’art moderne et contemporain. Dans le même temps, la Liste continue de défricher le terrain.

Surveillé par un gardien de prison et grimé en bagnard, Rodney Graham joue un semblant de composition atonale sur un piano de music-hall, jusqu’à ce que le maton intervienne. La scène se passe dans A Reverie Interrupted by the Police, un des derniers films du Canadien, une courte boucle d’une dizaine de minutes dans lequel l’artiste apparaît en liberté conditionnelle. Présentée à Art Basel par la galerie Hauser & Wirth (Zurich), la vidéo trouvera certainement dans ce contexte une saveur particulière.
Attenant aux deux étages d’exposition de la Foire de Bâle, le hall d’« Art Unlimited » en est toujours un des points forts. Réservée aux pièces de grandes dimensions, la section donne aux galeries les espaces et cimaises nécessaires à la présentation d’œuvres inimaginables sur un stand. Cette année, à l’invitation de la galerie Annely Juda Fine Art (Londres), les visiteurs pourront emprunter une passerelle conçue par le Japonais Tadashi Kawamata avant de redescendre admirer la « rétrospective » On Kawara. Proposée par Micheline Szwajcer (Anvers), celle-ci réunit 12 tableaux et autant de livres réalisés par l’artiste entre le 10 mai 1968 et le 17 septembre 1970. Le public pourra aussi entrer dans la Fat House d’Erwin Wurm, demeure obèse dont les clefs appartiennent pour l’heure à la galeriste viennoise Ursula Krinzinger, ou percer les bulles de savon morbides de Teresa Margolles. Représentée par Peter Kilchmann (Zurich), la Mexicaine, membre du groupe Semefo, a installé une machine à bulles alimentée par le liquide utilisé pour la toilette des cadavres à la morgue de México. La violence symbolique de ce travail dans le contexte d’une manifestation commerciale passerait pour le comble du cynisme si elle ne signifiait aussi l’ambivalence de Bâle, une foire qui aime jouer au musée mais qui est avant tout une place forte du marché.

Club fermé et convoité
Confortée par le succès de sa petite sœur, Art Basel Miami Beach, la Foire de Bâle est sans contexte la référence internationale dans le domaine de l’art moderne et contemporain. « Celle-ci n’a jamais cessé de progresser », note Gisèle Linder. Représentant des artistes tels que Gottfried Honegger, Julije Knifer ou John Beech, cette dernière fête les 20 ans de sa galerie bâloise et presque autant de participations à la foire. Une gageure quand on sait que, sur les 800 galeries à avoir requis une place dans les allées de la Messeplatz, 270 seulement ont été retenues. Sans surprise, les États-Unis et l’Allemagne fournissent ici le plus grand contingent avec respectivement 58 et 54 enseignes, mais, à côté des 22 galeries françaises et de la vingtaine d’anglaises, figurent également une demi-douzaine de galeries sud-américaines, une dizaine venues d’Asie et une d’Afrique. Club fermé et convoité, Bâle connaît un faible taux de renouvellement. 99 % des galeries présentes en 2003 souhaitaient renouveler leur participation. Les habitués retrouveront donc des incontournables comme Bruno Bischofberger (Zurich), Gagosian (New York), Marian Goodman (New York, Paris), Karsten Greve (Cologne, Milan, Paris, St Moritz), Lelong (Paris, Zurich, New York), Art & Public (Genève)… Au rang des nouveaux figurent Emmanuel Perrotin (Paris), Taka Ishii (Tokyo), Tanya Bonakdar (New York), Annet Gelink (Amsterdam), Jule Kewenig (Cologne), Cristina Guerra (Lisbonne) et China Art Archives & Warehouse (Pékin), un des acteurs centraux de la jeune scène chinoise.
Enfin, des galeries absentes pendant une période comme Continua (San Gimignano), Anton Kern (New York) et Erna Hécey (Luxembourg) font leur retour. Cristallisé autour d’enseignes comme Beyeler (Bâle), Waddington (Londres), Krugier (Genève), PaceWildenstein (New York, Los Angeles) ou Gmurzynska (Cologne-Zug), le premier niveau de la foire – qui fait traditionnellement la part belle aux galeries modernes ou contemporaines renommées – est renforcé par les galeries St. Etienne (New York) et John Berggruen (San Francisco). Si l’on se réfère aux participations des marchands new-yorkais Robert Mann, Laurence Miller, Edwynn Houk, la photographie ancienne est toujours au centre des intérêts. « Par rapport à des foires spécialisées, le voisinage avec la peinture, la sculpture ou la vidéo importe bien sûr, mais Bâle est surtout un événement exceptionnel et où la qualité doit être au rendez-vous », souligne Michael Hoppen. Le Londonien consacrera la quasi-totalité de son stand à des lots de Photomatons réalisés à l’initiative d’André Breton entre 1927 et 1929. La série de bobines qui concentre les grandes figures du surréalisme a été acquise l’an passé lors de la dispersion de l’atelier de l’écrivain.
Valeur établie, la Foire de Bâle n’a cessé de consolider sa position en offrant une visibilité forte à de jeunes artistes. Depuis 1996, cette politique est conduite par le biais du secteur « Art Statements ». Regroupées au second étage, les 17 galeries participantes y proposent chacune une exposition monographique. 2004 sera l’occasion de retrouver des artistes remarqués ces derniers mois comme Tino Sehgal (Mot, Bruxelles) et Aleksandra Mir (Jousse, Paris), et d’approcher plus avant les travaux de Dirk Bell, (BQ, Cologne), Pierpaolo Campanini (Francesca Kaufmann, Milan), Sunah Choi (Neff, Francfort), Icelandic Love Corporation (i8, Reykjavik), Alex Pollard (Mummery, Londres), ou encore Anselm Reyle (Nourbakhsch, Berlin). Avec Mai-Thu Perret (Pia, Berne) et Valentin Carron (Praz-Devallade, Paris), la nouvelle génération suisse sera à l’honneur. La première devrait profiter de l’occasion pour poursuivre la création par artefacts interposés de la communauté utopique de New Ponderosa. Quant au second, en territoire connu, il continuera à manier la culture vernaculaire suisse pour livrer un accrochage teinté d’exotisme indigène.

- ART BASEL 35, du 16 au 21 juin, Messe Basel, Messeplatz, Bâle, Suisse, tlj 11h-19h, journée professionnelle le 21 juin, vernissage (sur invitation) le 15 juin, www.art.ch/ - LISTE 04, du 15 au 20 juin, Burgweg 15, ancienne brasserie Warteck, tlj 13h-21h, vernissage ouvert au public le 14 juin de 18 à 22 heures, www.liste.ch/

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°195 du 11 juin 2004, avec le titre suivant : Bâle fait la foire et la Liste se déroule

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