Lundi 24 septembre 2018

Ventes publiques

Aristophil sur la voie de la liquidation

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 27 juillet 2015 - 646 mots

PARIS [27.07.15] - Le tribunal de commerce de Paris est en passe de prononcer la liquidation de la société de vente de manuscrits Aristophil. Après l’audience qui s’est tenue mercredi 22 juillet, la décision est attendue pour le 5 août. Elle sera suivie du long et difficile processus de la vente des manuscrits.

Gérard Lheritier
Gérard Lheritier
Photo Christophe Beauregard pour L'oeil

Le tribunal de commerce de Paris s’est résolu à l’inévitable. Mercredi 22 juillet, lors d’une séance à huis clos, tous les intervenants ont reconnu comme inévitable la liquidation de la société Aristophil. Le jugement est rendu le 5 août. La seule option pendante est celle d’une liquidation totale ou d’une poursuite partielle d’activité, pour mettre en place la vente des 135 000 documents de la collection. Mercredi à l’audience, le parquet a tenu à rappeler l’énormité d’une « escroquerie », dont le préjudice dépasserait les 700 millions d’euros et du « trouble à l’ordre public » allégués.

L’activité de la compagnie ayant été interrompue par la Justice, qui a voulu mettre un terme à ce qu’elle estime être « une pyramide de Ponzi », elle a été placée en redressement le 16 février. Gérard Lhéritier, son fondateur, a été mis en examen pour escroquerie et blanchiment, avec sa fille et son comptable. Placé en liberté surveillée, après versement d’une caution de 2 millions d’euros, il s’est retiré sur ses terres niçoises. Devant la juge, qui l’a auditionné, il a contesté toutes les accusations. Mais les comptes bloqués, son petit musée a été fermé et l’essentiel du personnel congédié. L’hôtel de la Salle, en face de Gallimard, son éditeur attitré, vient d’être vendu à la Foncière LFPI pour quelque 25 millions d’euros. L’argent ira cependant à la Société Générale, qui en avait financé l’achat sous hypothèque, alors que Lhéritier se trouvait au faîte de sa gloire, il y a seulement trois ans.

La perte risque d’être bien plus massive pour les épargnants qui ont acheté des parts de la collection de manuscrits. Une première expertise a été rendue sur le noyau de la collection napoléonienne. Pour régler les frais immédiats, l’administrateur provisoire, Me Gérard Philippot, escomptait mettre aux enchères à Fontainebleau (la vente, contestée par le parquet, a été annulée) un demi-millier de documents qu’Aristophil avait vendu pour un total de 13,4 millions d’euros comme première tranche d’une collection Grands manuscrits de l’empereur. L’expertise a considéré qu’elle pouvait valoir entre un et deux millions. Son sérieux est cependant contesté par Gérard Lhéritier: « c’est une rigolade; cette expertise, que je n’ai pas vue, a été conduite par un expert en livres et un jeune débutant, qui n’y connaissent rien en manuscrits ». Mais un avocat qui représente 1 500 parties civiles, Me Nicolas Lecoq-Vallon, craint que le résultat final ne soit plus dur encore: « il y a des survalorisations qui atteignent 300 fois la valeur réelle ». A côté de trésors comme le manuscrit des 120 journées de Sodome de Sade, qu’Aristophil a revendu en parts de 5 000 € pour un total de 12,5 millions, il y aurait un grand nombre de pièces anecdotiques. Il faudra au moins deux ans pour mener à bien l’inventaire, et des années encore pour débroussailler le statut juridique de chaque lot.

Gérard Lhéritier se dit « serein ». Avec l’administrateur provisoire qu’il a fait nommer, il juge possible une reprise d’activité par une société appelée Patrimoine écrit qui regrouperait des associations d’investisseurs et de courtiers qui bénéficient de son soutien: « avec des maisons comme Sotheby’s et Artcurial, elle pourrait vendre la collection de manière ordonnée et sauver le patrimoine des épargnants ». Une association de victimes comme l’Adilema se montre favorable à une poursuite d’activité. Ce n’est pas le cas du parquet, qui s’est opposé à toute mainlevée de liquidités. Pour Me Hélène Feron-Poloni, associée de Lecoq-Vallon, «  la reprise est illusoire, des précédents le prouvent ». Elle verrait bien davantage « engagée la responsabilité des banques qui ont financé Aristophil et permis son essor ». La mêlée ne fait que commencer.

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Gérard Lhéritier (2011) © Photo Christophe Beauregard pour L'oeil

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