Mercredi 21 février 2018

L'actualité vue par

Antoine de Galbert

Initiateur à Paris d’une fondation pour l’art contemporain

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 12 novembre 2007

Agé de 48 ans, ancien galeriste, Antoine de Galbert est amateur d’art contemporain. Aujourd’hui, il s’attelle à la création d’une fondation dédiée à l’art contemporain. Située 10, boulevard de la Bastille dans le 12e arrondissement parisien et bénéficiant d’une surface de plus de 2 000 m2, dont 1 300 d’espaces d’exposition, la “Maison rouge”? sera inaugurée au printemps 2004. Préparant cette ouverture, Antoine de Galbert commente l’actualité.

Quel est votre sentiment sur la trentième édition de la FIAC ?
La question revient chaque année : qu’avez-vous pensé de la FIAC ? Comme s’il s’agissait d’une exposition, qui pourrait être réussie ou ratée. En réalité, une foire est un événement commercial qui réunit collectionneurs et galeristes, lesquels sont satisfaits s’ils ont négocié des œuvres. Dans une foire, tout ne se voit pas, un achat peut se faire dans la réserve ou six mois après. Une très bonne foire devrait regrouper 10 000 personnes pendant seulement deux ou trois jours.

À l’instar des biennales, les foires ne cessent de se multiplier. Cette croissance ne risque-t-elle pas de lasser exposants et amateurs ?
Le surnombre des foires épuise les exposants qui doivent sélectionner leurs participations (à cet égard, la date choisie par Frieze Art Fair est étonnamment proche de celle de la FIAC). Le travail d’une galerie consiste à défendre sur le long terme un petit nombre d’artistes. Les collectionneurs qui visiteraient les dix foires existantes reverraient souvent les mêmes œuvres des mêmes artistes. Les foires nous permettent de voir beaucoup de choses en peu de temps, mais la galerie reste le meilleur endroit pour découvrir une œuvre.

Votre décision d’ouvrir une Fondation pour l’art contemporain en plein cœur de Paris date de plusieurs années. Pouvez-vous revenir sur sa genèse ?
Une réflexion sur le devenir d’un patrimoine personnel, une passion pour l’art et souvent pour l’art contemporain, et la nécessité de laisser une trace. Je suis collectionneur, mais ce projet n’est pas lié à ma collection. J’ai dissocié celle-ci de l’idée de la fondation. La Maison rouge sera un lieu de vie actif, un centre d’art contemporain privé.

Estimez-vous que les mesures récemment prises par le ministère de la Culture dans le domaine du mécénat sont de nature à favoriser des démarches proches de la vôtre ?
Je pense que les lois récemment votées sont encore un peu timides pour réellement inciter des personnes privées à faire des demandes de reconnaissance d’utilité publique. Néanmoins, les fondations déjà existantes devraient en profiter au travers des dons de personnes privées (ou d’entreprises), et peut-être aussi des donations temporaires d’usufruit de capitaux privés.

Dans le fonctionnement, et plus encore dans la programmation, quels sont les écarts et les points communs entre une structure comme la vôtre, privée, et une autre, publique, de type centre d’art ?
Toute structure, privée ou publique, doit avoir des règles de fonctionnement, des méthodes professionnelles, une programmation. Ce qui différencie une fondation privée d’une institution publique est sans doute un peu plus de liberté, la fondation n’ayant pas à se justifier sans cesse auprès d’une hiérarchie ou du public. La programmation de la fondation insistera beaucoup sur l’initiative privée en présentant environ deux fois par an des grandes collections privées du monde entier. Pour le reste, le choix de certains artistes correspond aux mêmes processus que ceux existant dans d’autres lieux publics, ce qui peut entraîner des collaborations avec des centres d’art ou des musées. La fondation est d’utilité publique, elle ne vient pas contredire mais compléter l’action de l’État.

Un des grands thèmes de la programmation est celui des collections privées. Pouvez-vous revenir sur cette idée ?
Notre intention est de montrer de grandes collections internationales. Ce sont des collections pointues et respectées dans leurs domaines particuliers, celui de la vidéo, de l’art brut ou de l’art conceptuel par exemple. Ce ne seront pas des extraits de pages de catalogues de Christie’s mais de vraies démarches personnelles de collectionneurs. Quant à la première exposition, “L’intime, le collectionneur derrière la porte”, elle traite du rapport intime du collectionneur à ses œuvres et présente certaines formes de cette relation particulière en reproduisant grandeur nature des pièces d’habitations. L’exposition ne considère pas chaque collection dans son intégralité, mais tente de faire apparaître différents modes de vie avec les œuvres, au travers d’un fragment de chacun des espaces privés. Ce qui m’intéresse dans ce projet de collections privées, c’est la prise de risque de ces individus, leur droit à l’erreur. C’est aussi tout ce que le musée ne montre pas. Au musée, les œuvres sont conservées ; chez eux, elles ont une autre manière de vivre.

Les missions du Site de création contemporaine du Palais de Tokyo vont être élargies au design et à la mode, et sa surface sera agrandie. Quel est votre sentiment sur cette décision et vos attentes quant à un tel lieu ?
Le Palais de Tokyo est souvent critiqué, ce qui est signe de bonne santé et de contemporanéité ; quels que soient leurs choix, les deux directeurs actuels ont parcouru un chemin remarquable et respectable. La voie semble toute tracée pour que ce site devienne celui du XXIe siècle. Il y a une sorte d’évidence dans la géographie culturelle – Orsay XIXe, Pompidou XXe, Tokyo XXIe –, mais je suis très loin d’être un spécialiste de la politique culturelle et j’imagine sans peine la complexité d’inventer un tel lieu.

Quelles expositions ont attiré votre attention récemment ?
Après la très pénible Biennale de Venise, celle de Lyon a été un réel plaisir. À Paris, j’ai beaucoup apprécié les expositions de deux artistes brésiliens. L’un au Jeu de paume, Arthur Bispo do Rosário, l’autre, Nelson Leirner, chez Gabrielle Maubrie, à Paris (1). À la FIAC, j’ai aimé (entre autres choses) les photographies de Pavel Wolberg à la Dvir Gallery, celles de Paul Kooiker à la galerie Van Zoetendaal, ainsi qu’une vidéo de Samuel Rousseau à la galerie Anton Weller.

(1) Jusqu’au 8 novembre, lire le JdA n° 178, 10 octobre 2003.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°179 du 24 octobre 2003, avec le titre suivant : Antoine de Galbert

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