Vendredi 26 février 2021

Musée - Politique - Spécial Covid-19

André Laignel : « J’espère que les maires de France me suivront »

Par Fabien Simode & Itzhak Goldberg · lejournaldesarts.fr

Le 16 février 2021 - 988 mots

ISSOUDUN

Le maire d’Issoudun explique sa décision de rouvrir certains espaces du Musée de l’Hospice Saint-Roch.

André Laignel. © Thomas Samson / AFP
André Laignel.
© Thomas Samson / AFP

Tandis que le tribunal administratif a suspendu, lundi 15 février 2021, la réouverture des musées de Perpignan, le maire PS d’Issoudun et président de l’EPCC qui gère le Musée de l’Hospice Saint-Roch, dans l’Indre, affiche sa sérénité et affirme avoir bien l’intention de gagner le référé du tribunal administratif de Limoges. 

Pourquoi avez-vous décidé de rouvrir le 13 février le Musée de l’Hospice Saint-Roch contre le décret du 16 octobre 2020 imposant la fermeture des Établissement recevant du public ?

C’est une décision mûrement réfléchie, prise avant les vacances de Noël. Le musée est traditionnellement fermé au mois de janvier pour rouvrir en février. C’est pourquoi je n’ai annoncé sa réouverture que le vendredi 12 février pour le lendemain. Je considère que le musée, comme l’ensemble de la culture d’ailleurs, ne peut pas être confiné indéfiniment. Les musées sont essentiels à la vie intellectuelle et culturelle de nos concitoyens, comme à leur santé mentale. D’abord, nos voisins européens ont ouvert leurs musées : à Madrid, à Florence, à Luxembourg, à Bruxelles… Ensuite, il y a une inégalité grave, en France, de traitement entre les médiathèques, les églises et les supermarchés d’une part, et les musées d’autres part, qui sont pourtant probablement les lieux les plus propices à la réouverture. 

Par ailleurs, j’ai décidé de rouvrir le musée de manière responsable, en renforçant les règles sanitaires (j’impose une limite de fréquentation de 30 m² par personne, contre les 8 m² actuellement demandés pour les lieux publics) et en ne rouvrant qu’une partie du musée. Le décret autorise en effet l’ouverture des galeries d’art commerciales et des librairies ; c’est pourquoi nous ne rouvrons que la « galerie d’art contemporain » (les espaces d’expositions temporaires) et la librairie du musée, où nous vendons des gravures d’artistes. Les salles anciennes du musée, elles, restent fermées au public. Nous appliquons strictement, et finement, le décret. 

Quelles sanctions le musée encoure-t-il du tribunal administratif, qui doit rendre son verdict jeudi 18 février ? 

La seule sanction serait la fermeture, mais elle ne serait juridiquement pas justifiée. J’ai bien l’intention de gagner ce procès. 

Président de l’EPCC du Musée de l’Hospice Saint Roch et maire de la ville d’Issoudun, vous êtes également premier vice-Président délégué de l’Association des maires de France (AMF). Ne risquez-vous pas d’inciter d’autres maires à la désobéissance civile ?

Je ne lance aucun appel. Chaque maire est libre de prendre ses propres décisions et de les adapter à la réalité de ses musées (tous les musées ne possèdent pas les mêmes espaces, par exemple). Toutefois, j’espère qu’ils me suivront. Dans un musée, on ne boit pas, on ne mange pas, on ne touche pas aux œuvres… C’est probablement le lieu le plus sûr qui existe actuellement. 

Je n’ai eu que des réactions favorables de la part des maires de France, sans savoir s’ils passeront eux-aussi aux actes. Beaucoup m’ont demandé de montrer l’exemple. Je l’ai donc fait d’abord par amour du Musée d’Issoudun, mais aussi pour que ceux qui le souhaitent puissent rouvrir, à leur tour, leur musée…

La fermeture des musées est également destinée à éviter des brassages de personnes, dans les transports par exemple… Dans un département comme l’Indre, il y a bien d’autres lieux où les brassages se font. La différence de brassage entre un supermarché et un musée est flagrante. Or, comme l’a dit le Conseil d’État, il faut préserver les libertés essentielles : la liberté d’expression, la liberté de création artistique comme celle d’accéder aux œuvres d’art. Seules des circonstances exceptionnelles dans un lieu donné peuvent donc légitimer une fermeture. En l’occurrence, rien ne légitime la fermeture de tous les musées.  

Avez-vous contacté Louis Aliot, le maire Rassemblement national de Perpignan, qui a décidé de rouvrir, quelques jours avant vous, ses musées ?

Ma démarche n’a rien à voir avec celle du maire de Perpignan, ni sur le fond – le maire de Perpignan a voulu faire un acte politique, tandis que ma décision s’inscrit dans une politique culturelle qui a plus de trente ans ! – ni sur la forme – il a ouvert systématiquement l’ensemble des musées de Perpignan, ce que je ne fais pas au Musée de l’Hospice Saint-Roch.

Les visiteurs ont-ils répondu présents pour la réouverture de l’institution les 13 et 14 février ?

Nous avons accueilli plus de deux cents visiteurs pendant le week-end, ce qui pour un musée de province, dont la presse a annoncé sa réouverture le matin même, est tout à fait remarquable. Les visiteurs sont venus me voir pour me remercier de les sortir de la morosité ambiante, de leur apporter une bouffée d’oxygène et de leur redonner accès aux œuvres d’art. Les médecins sont de plus en plus nombreux à réclamer la réouverture des lieux de culture pour tous nos concitoyens qui sont dans la souffrance psychique et morale. 

Agrandissement du musée, résidences d’artistes – dont a bénéficié en 2020 Wendy Vachal, actuellement exposée au musée –, création d’un parc de sculptures en 2020… Pourquoi faire le pari de la création contemporaine à Issoudun, ville de 12 000 habitants ?

C’est vrai qu’il est rare d’avoir un musée d’art contemporain comme le nôtre et de le développer autant sur plusieurs années. Toutefois, il ne s’agit pas seulement de développer l’art contemporain, mais de proposer une politique culturelle générale – outre le Musée de l’Hospice Saint-Roch, Issoudun compte La Boîte à musique pour les musiques actuelles, le Centre culturel Albert Camus, où nous programmons plus de quarante spectacles chaque saison… Le Musée de l’Hospice Saint-Roch préserve et valorise un patrimoine historique extraordinaire (les arbres de Jessé, l’apothicairerie, etc.), mais l’art contemporain est fondamental : il sera l’art ancien de demain. Ce n’est donc pas un hasard si nous sommes le premier musée d’art contemporain du département. Et puis, un désert culturel entraîne toujours un désert économique : c’est donc aussi une réflexion de fond que je mène sur le développement économique du territoire.

Propos recueillis par Fabien Simode et Itzhak Goldberg

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