Directrice du Belvédère

Agnès Husslein-Arco : « Le Belvédère reçoit un million de visiteurs par an »

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 2 septembre 2014 - 1019 mots

Issue du monde des enchères, l'historienne de l'art Agnès Husslein-Arco dirige les musées du Belvédère à Vienne, en Autriche.

Agnès Husslein-Arco (60 ans), historienne de l’art, a longtemps travaillé pour Sotheby’s avant de diriger les musées du Belvédère (Vienne) depuis 2007. Elle a également supervisé les activités de développement du Guggenheim en Europe.

Quel est le statut du Belvédère ?
Le Belvédère est un musée national, mais c’est une entité indépendante. En 2000, les cinq plus grands musées de la République autrichienne sont devenus indépendants. Chaque musée reçoit une aide de l’État, mais qui n’est pas suffisante pour couvrir l’ensemble des dépenses. Le Belvédère en l’occurrence doit trouver par lui-même 60 % de son budget.

Quel est le montant de votre budget de fonctionnement ?
Il s’élève à 22-23 millions euros.

Vienne est une ville richement dotée en musées, avec notamment l’ouverture du Quartier des musées. Quel est le positionnement du Belvédère ?
Le Belvédère est le musée de l’art autrichien. Notre collection s’étend du XIVe au XXe siècle. Quand j’ai été nommée directrice en 2007, j’ai également hérité de la 21er Haus. Ce pavillon construit pour l’Exposition universelle de Bruxelles en 1957 par Karl Schwanzer avait été transféré derrière le Belvédère et a ouvert en 1962. Ce fut notre premier musée d’art contemporain. En 2000, sa collection d’art moderne international fut transférée au Mumok. Le gouvernement décida alors de le rattacher au Belvédère et d’en faire le musée de l’art contemporain autrichien.

Pourquoi le Palais d’hiver est-il aussi rattaché au Belvédère depuis l’année dernière ? Quelles synergies souhaitez-vous mettre en place ?
Le Palais d’hiver est un édifice de style baroque exceptionnel. C’est le premier palais construit par le Prince Eugène, au cœur de la ville. Il y a deux ans, la ministre des Finances de l’époque, Maria Fekter, m’a appelée pour me demander si je pouvais imaginer investir le « Bel étage » du Palais d’hiver. Bien sûr, j’ai répondu positivement. Le bâtiment a été restauré. Et au mois d’octobre 2013, pour l’anniversaire des 350 ans de la naissance du Prince Eugène, nous avons ouvert au public. Quand les touristes viennent au Belvédère, nous leur proposons différentes options. Ils peuvent acheter un billet-combiné pour voir le Belvédère supérieur et le Belvédère inférieur, et aussi le Palais d’hiver. Nous mettons également à disposition des billets pour voir seulement les palais.

Quel est votre fréquentation ? Comment le Belvédère se situe-t-il par rapport au Palais de Schönbrunn ?
Nous recevons environ un million de visiteurs par an. Nous faisons le plus gros chiffre d’entrée de tous les musées autrichiens. Nous sommes suivis parfois par l’Albertina, parfois par le Kunsthistorishes Museum. En revanche, le Palais de Schönbrunn fait beaucoup plus puisqu’il reçoit près de 2 millions de visiteurs par an.

Sa fréquentation n’a-t-elle pas souffert de la réouverture de l’Albertina dont les campagnes de communication sont parfois très offensives, comme actuellement celle avec le Lièvre de Dürer ?

En Autriche, il existe une loi votée en 2002 qui définit les missions principales de chaque musée fédéral. Mais il n’est pas établi dans cette loi ce que chaque musée doit exposer. C’est à chaque directeur de décider ce qu’il expose. Ainsi, en 2003, lors de la réouverture de l’Albertina, Klaus Albrecht  Schröder a décidé de faire de grandes expositions à succès. C’est un homme de marketing. Quand j’ai été nommée directrice en 2007, le Belvédère comptait seulement environ 400 000 visiteurs. Depuis, j’ai organisé de grandes expositions comme Vienne-Berlin ou Vienne-Paris, mais le cœur de mes expositions reste l’art autrichien et nous sommes le musée qui enregistre le plus grand nombre d’entrées.

Quelle est votre politique d’exposition précisément ?
Nos principaux espaces d’expositions temporaires sont l’Orangerie et le Belvédère inférieur, où nous organisons trois grandes expositions annuelles dans chacun des espaces. Dans le Belvédère inférieur, il peut y avoir du baroque, du XIXe siècle, du XXe siècle. Dans l’Orangerie, je montre beaucoup d’art contemporain, de la sculpture, du XIXe siècle. Dans le Belvédère supérieur, deux fois par an, j’invite un artiste autrichien ou international à intervenir dans une salle ou à travailler avec notre collection. Dans la 21er Haus, il y a principalement de l’art contemporain national. Quant au Palais d’hiver, ma politique est de montrer essentiellement de l’art baroque. Mais je souhaite également y exposer de l’art contemporain. En ce moment, nous y présentons une partie de la collection d’art contemporain du couple franco-autrichien Anne et Wolfgang Titze. Tout est dans l’équilibre entre les différentes périodes.

Le Musée a restitué en 2006 cinq tableaux de Klimt dont le célèbre Portrait d’Adèle Bloch-Bauer. Quelles mesures avez-vous prises pour vous assurer que les œuvres de votre collection sont entrées légalement ?
Depuis 1997, nous avons un département entier qui fait des recherches sur la provenance des œuvres. Nous avons conduit ces recherches pour presque toutes nos peintures. Nous sommes le premier musée à l’avoir fait et nous sommes le premier musée à avoir fini, ou disons à 95 % car ce n’est jamais fini. Toutes les informations sont en ligne
sur notre site.

Quelle est votre politique d’acquisition ?
J’ai un budget consacré aux acquisitions, mais qui n’est pas très conséquent. Parfois, il peut dépasser le million, mais la plupart du temps, il s’élève à 500 000-600 000 euros. J’achète des pièces de chaque période, mais ma priorité va à l’art contemporain : c’est moins cher et notre collection sur cette période n’est pas très grande. Nous avons déjà une fantastique collection d’œuvres baroques et du XIXe siècle, il est vraiment difficile de trouver des objets de cette qualité sur le marché.

Menez-vous une politique de réameublement ?
Malheureusement, l’héritière du Prince Eugène, Victoria de Savoie, a tout vendu et la plupart des pièces sont maintenant conservées à la galerie de Sabauda à Turin. On ne trouve donc presque jamais sur le marché de mobilier ou de peintures ayant appartenu au Prince, sinon bien sûr nous l’achetons. Ceci étant, pour chaque salle du Palais, nous avons des gravures de Salomon Kleiner qui nous permettent de savoir à quoi cela ressemblait à l’époque. Nous essayons autant que possible de revenir à l’état original du Palais et d’y apporter du mobilier d’époque.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°418 du 5 septembre 2014, avec le titre suivant : Agnès Husslein-Arco : « Le Belvédère reçoit un million de visiteurs par an »

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