Vendredi 23 février 2018

Age de raison pour Paris Photo

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 9 novembre 2007

Créée en 1996, Paris Photo est devenue une référence. Pour la septième année consécutive, plus de 100 exposants présentent au Carrousel du Louvre tirages vintages et créations contemporaines.

Pour Martin Rogge, de la Flatland Gallery, « Paris Photo est depuis le début une foire intéressante. D’abord, elle était inédite lors de sa création. » Présent dès 1996, date de la première édition, le galeriste d’Utrecht (Pays-Bas) est resté un fidèle. Aujourd’hui, le salon a atteint son âge de raison et sa vitesse de croisière. Condensée par sa durée (trois jours) et son espace (le Carrousel du Louvre), la manifestation accueille en 2003 une centaine d’exposants, en majorité étrangers. Au côté des quarante enseignes françaises, habituées (Baudoin Lebon, Michel Chomette, Liliane et Michel Durand-Dessert, Françoise et Alain Paviot…), ou nouvelles venues (Ludovic de Wavrin), seront présents dans les allées une dizaine de galeries américaines (Bruce Silverstein pour la première fois mais également Laurence Miller ou Howard Greenberg), une vingtaine d’allemandes (Büro für Fotos, NRW, Thomas Zander…), neuf anglaises, sept hollandaises, et deux espagnoles, sans oublier la participation pour la première fois de la Leica Gallery de Prague ou de la Taik Gallery d’Helsinki. Pour 2003, le secteur « Statement » est quant à lui consacré au Mexique (lire également pages 16 et 17). Il regroupe sept expositions monographiques et autant de galeries : Betsabée Romero (Ramis Barquet, New York), Claudia Fernandez (Nina Menocal, Mexico), Mauricio Alejo (OMR, Mexico), Yoshua Okon (Enrique Guerrero, Mexico), Inaki Bonillas (Galeria de Arte Mexicano, Mexico), ToroLab (Curaduria Express, Mexico), Francisco Larios (Emma Molina, Mexico), Gonzalo Lebrija et Jorge Méndez Blake (Arena Mexico, Guadalajara).
« Le tour de force de Paris Photo est d’avoir réussi à faire de cette foire un endroit où l’on a envie d’être », note Sam Sturdze, directeur de la galerie 14-16 Verneuil. Lors de cette édition, ce dernier présente quelques rares photogrammes du futuriste italien Tato, une série de Walker Evans sur le métro mais aussi une sélection de photographies d’agences de presse. « Paris Photo participe à un projet qui est le nôtre, poursuit Sam Sturdze en observateur. Depuis cinq ou six ans, Paris connaît une frénésie et s’est placée comme une capitale de la photographie. En certains aspects, elle dépasse New York. » Le salon a en effet accompagné la popularisation de la photographie, le développement de son marché, tout en jouant sur la porosité entre photographie et arts plastiques. « Pour ma part, je ne crois pas à la distinction entre la photographie et ce que l’on appelle la “photographie plasticienne”. Maintenant, il est vrai qu’il existe encore deux marchés », souligne Rik Gadella, fondateur et directeur artistique du salon.
Aujourd’hui, dans les allées du Carrousel du Louvre, les galeristes n’hésitent pas à sortir du strict champ de la photographie – comme la plupart des institutions dédiées au médium. Ainsi Flatland présentera sur un écran plasma, à côté des images d’Erwin Olaf ou de Karen Murphy, un travail de Rob Johannesma, et promet la dernière œuvre de Johan Grimonprez, artiste célèbre pour Dial History, documentaire sur l’histoire des détournements d’avion. Cette ouverture contredirait donc la supposée perte de vitesse de la photographie qui, à Bâle comme à la FIAC, semble avoir quitté les cimaises au profit de la peinture ou du dessin. « Peut-être que dans le domaine de l’art contemporain les gens sont plus frileux, mais pour le marché de la photographie en lui-même, il n’y a aucune crise », assure Rik Gadella. « Bien sûr, la photographie a connu un effet de mode, reconnaît pour sa part Martin Rogge. Mais, comme ailleurs, ce seront les bons artistes qui resteront ; la chose est valable pour Paris Photo, qui est une foire dont le succès continuera ».

Un public très spécialisé
« Aujourd’hui, la photographie est rentrée dans les mœurs, affirme Catherine Dérioz, de la galerie Le Réverbère. Nous ne sommes plus face à un handicap terrible qui consistait à demander si la photographie était de l’art. Il est désormais évident pour tous que c’est un médium à la base de beaucoup de bouleversements et d’interrogations dans le domaine des arts plastiques. » Installée à Lyon, cette dernière profite de la foire pour fidéliser son public parisien en présentant des travaux d’Alain Fleischer ou de Serge Clément, qu’elle expose actuellement. « La question n’est plus de savoir s’il s’agit d’un art ou non, renchérit Michael Hoppen, mais de savoir s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise photographie. Cette dernière décennie, le public a acquis une véritable connaissance. » Avec une sélection de vintages de Bob Abelman, ou encore de David Parker, le Londonien revient ici pour la sixième fois. « Je viens ici pour Paris où j’ai beaucoup d’amis et non pour la photographie, s’amuse-t-il. Paris est une ville qui soutient et comprend la photographie. Il y a ici une communauté très forte autour de celle-ci. Quant à Paris Photo, c’est une des meilleures foires du monde et pour tout. »
Alors que la dernière FIAC – pourtant achevée sur un bon résultat (lire le JdA n° 179, 24 octobre 2003) – bruissait des habituelles complaintes sur la faiblesse de la capitale à l’échelle internationale, Paris Photo a largement prouvé que la fatalité n’existait pas. « La FIAC attire 80 000 personnes et Paris Photo un peu plus de la moitié », note Martin Rogge, qui participe cette année aux deux événements. « Mais, selon moi, le public de Paris Photo est indéniablement plus spécialisé et initié. L’audience de la FIAC a été cette année très française, même si nous avons fait affaire avec des collectionneurs suisses et espagnols. À l’exception de ces deux dernières années, Paris Photo accueille habituellement beaucoup d’Américains. J’espère que cela sera de nouveau le cas en 2003. »

Paris Photo

Du 13 au 16 novembre, Carrousel du Louvre, 75001 Paris, après-midi professionnelle le mercredi 12 de 16h à 19h (sur invitation), jeudi 11h-20h, vendredi 11h-22h, samedi 11h-20h, dimanche 11h-19h, www.parisphoto.fr, cat. 15 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°180 du 7 novembre 2003, avec le titre suivant : Age de raison pour Paris Photo

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