Samedi 7 décembre 2019

HOMMAGE

Adieu à Enrico Castellani, pionnier du minimalisme

Par Stéphane Renault · Le Journal des Arts

Le 13 décembre 2017 - 498 mots

Viterbe (Italie). Le peintre italien s’est éteint le 1er décembre à l’âge de 87 ans, laissant derrière lui une œuvre qui aura marqué le XXe siècle.

Ses Superfici sont des icônes du minimalisme, dont les prix s’envolent sur le marché. Dans un manifeste fondateur, Specific Objects, publié en 1965, Donald Judd voit en lui l’un des pères du minimalisme. Après s’être formé à la sculpture et à l’architecture en Belgique, Castellani s’implique dans la nouvelle scène artistique milanaise. Sa carrière débute à la fin des années 1950, un temps proche du Groupe Zero, fondé en 1957 à Düsseldorf par Heinz Mack et Otto Piene. En Italie, il se lie d’amitié avec Lucio Fontana, Agostino Bonalumi et Piero Manzoni. Avec ce dernier, il ouvre en 1959 la galerie Azimut et lance une revue du même nom : ­Azimuth (avec un h). Éphémère, la galerie expose ses premiers ­Superfici, qui vont devenir sa marque de fabrique : des clous plantés à ­l’intérieur du châssis confèrent leur tridimensionnalité à des toiles monochromes. Jouant avec l’espace, l’ombre et la lumière, il déclinera ce processus de création durant des décennies, variant les couleurs, explorant la plasticité des matières. Castellani fut régulièrement invité à la Biennale de Venise. En 1966, une salle entière lui est consacrée. Son Dittico Rosso (Diptyque rouge) de 1963, présenté l’année suivante dans la Sérénissime, figurait en 2011 parmi les œuvres de la très belle exposition à la galerie Tornabuoni Art, qui l’a mieux fait connaître auprès du public parisien, un an après l’attribution du Praemium Imperiale.

Discret comme son art
Dans le catalogue, Bernard Blistène écrivait : « Savant et inventif, l’art de Castellani est un subtil outil de connaissance. Il allie concept, idée et forme. Cette vérité est trop rare pour que l’histoire ne lui ait pas rendu justice et ne lui octroie pas désormais la place de premier ordre qui lui revient. » Pour Michele Casamonti, qui a bien connu l’artiste : « Avec Castellani disparaît un protagoniste de premier plan de la scène culturelle italienne des années 1960, le dernier grand témoin de cette époque. C’était vraiment un maître, un homme qui avait fait de la discrétion sa marque, son identité. Il a refusé récemment les demandes d’expositions des plus grands musées parce qu’il voulait rester discret, comme l’est son art. En tant qu’artiste, il a suivi un langage absolument cohérent. Durant presque un demi-siècle, il a exploré jusqu’à l’obsession les possibilités des jeux de lumière pour obtenir des effets optiques. En le fréquentant dans son atelier, j’ai eu le privilège de voir cette cohérence extraordinaire dans son œuvre. Il représente aussi pour moi l’artiste dont la lettre m’avait touché lors de notre exposition parisienne. Il n’avait pas pu venir, mais avait été tellement généreux. Je n’oublierai jamais que c’est à l’occasion de cette exposition et pour parler de notre galerie qu’il a fait la dernière interview de sa vie. Malgré sa discrétion, il savait témoigner l’estime qu’il avait pour les personnes avec qui il travaillait. Ciao Enrico ! »  

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°491 du 15 décembre 2017, avec le titre suivant : Adieu à Enrico Castellani, pionnier du minimalisme

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