Dimanche 18 février 2018

Accord amiable

Les ayants droit Bacon jettent l’éponge

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 25 janvier 2008

Le litige opposant les ayants droit de Francis Bacon et la Marlborough Gallery s’est soldé à l’amiable quelques jours avant le début du procès le 18 février. Commencée depuis plusieurs années, la procédure aura engagé des frais atteignant un total de 10 millions de livres sterling (16,4 millions d’euros). À l’issue de cette affaire, les ayants droit
et l’exécuteur testamentaire souhaitent donner naissance à une fondation consacrée
à l’artiste britannique
mort en 1992.

Londres (de notre correspondant) - Le professeur Brian Clarke, exécuteur testamentaire de Francis Bacon, soupçonnant la galerie Marlborough Fine Art Ltd à Londres et son antenne du Liechtenstein d’avoir lésé Francis Bacon de quelque 100 millions de livres (164 millions d’euros), avait engagé une procédure judiciaire (lire le JdA n° 129, 8 juin 2001). Les ayants droit avaient également avancé que la Marlborough Gallery avait “fait chanter” l’artiste pour l’empêcher de rejoindre la Pace Gallery de New York. Toutefois, après plusieurs années de contestation, les ayants droit, “heureux d’annoncer le règlement du litige avec Marlborough”, ont souhaité mettre un terme à cette affaire. Le procès qui aurait pu durer trois mois, prévu pour débuter le 18 février, a été abandonné lors d’une audience préliminaire qui s’est tenue le 6 février.

Frais de procédure de 10 millions de livres sterling
En effet, l’unique bénéficiaire de la succession Bacon et ami proche de l’artiste, John Edwards, âgé de cinquante et un ans, souffre d’une forme grave de cancer du poumon. “Ce règlement a été accepté en raison de l’appréciation du professeur Clarke concernant le bien-fondé de l’affaire à la lumière des documents et témoignages fournis par Marlborough à la fin de l’année dernière”, ont expliqué les ayants droit. Les deux parties devront prendre à leur charge les frais de procédure respectifs qui, réunis, représenteraient un total de 10 millions de livres (16,4 millions d’euros). Satisfait de ce dénouement, Gilbert Lloyd, directeur de la Marlborough Gallery, s’est déclaré “heureux que les ayants droit aient finalement reconnu que toute cette affaire n’avait aucun fondement et qu’elle était parfaitement indéfendable. Contrairement à leurs déclarations, aucun tableau n’a disparu et il n’y a jamais eu fraude ni tentative de chantage. Le résultat de cette affaire est que nous devrons gaspiller des millions de livres en frais de justice”. Brian Clarke voudrait aujourd’hui “investir toutes les ressources de la succession dans des entreprises créatives en rapport avec Bacon, plutôt que dans des enquêtes longues et fastidieuses pour connaître les relations qui unissaient l’artiste à la Marlborough Gallery”. C’est pourquoi la “John Edwards Charitable Foundation”, présidée par Brian Clarke, verra bientôt le jour afin de faire progresser l’étude de l’œuvre de Bacon. Le financement des travaux de la fondation au cours des années à venir pourrait provenir de la vente de certains tableaux de l’artiste, dont la succession estimée il y a dix ans à 11 millions de livres (18 millions d’euros) s’est appauvrie du fait des frais de justice. Le projet le plus ambitieux de la fondation concerne la publication d’un catalogue raisonné de l’œuvre de Bacon, qui pourrait être confié à plusieurs historiens de l’art par Brian Clarke. Un ouvrage consacré à la relation entre Bacon et la photographie ainsi que d’autres publications devraient également faire l’objet d’une commande au mois d’avril. En raison des informations dévoilées lors du procès, Brian Clarke remarque que “pratiquement tous les ouvrages existants sur Bacon devront être revus et corrigés d’une manière ou d’une autre”. Les ayants droit, propriétaires de plusieurs tableaux importants, ont déjà été sollicités pour participer à quatorze expositions consacrées à Bacon. Que se soient pour le catalogue raisonné ou les rétrospectives, les ayants droit et la Marlborough Gallery réussiront-ils de nouveau à coopérer ? Les ayants droit risquent d’avoir besoin de consulter les photographies, des œuvres perdues ou détruites, que possède Marlborough. De son côté, la galerie n’aura que des droits de reproduction limités pour les tableaux de Bacon qu’elle souhaitera vendre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°144 du 8 mars 2002, avec le titre suivant : Accord amiable

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