Mercredi 17 octobre 2018

EAU - Un fonds pour le patrimoine en péril

Abou Dhabi au chevet du patrimoine en péril

À Abou Dhabi, la France et les Émirats ont appelé à une « grande alliance » pour le patrimoine menacé

Par Vincent Noce · Le Journal des Arts

Le 6 décembre 2016 - 705 mots

La conférence internationale réunissant dans les Émirats arabes unis de nombreux pays et institutions privées a approuvé la constitution d’un fonds financier et d’un réseau de « lieux refuges » pour protéger le patrimoine culturel dans les zones de conflit.

ABOU DHABI - La conférence internationale sur la protection du patrimoine culturel dans les zones de conflit, les 2 et 3 décembre à Abou Dhabi (Émirats arabes unis), s’est mieux terminée qu’elle n’avait commencé. Proposée par le président François Hollande au sommet du G7 en mai, elle a souffert d’avoir été montée à la va-vite, par un trio de diplomates réunis autour de Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe à Paris. Alors que ce dernier avait souhaité un débat informel susceptible de frayer des voies nouvelles, elle s’est ouverte par l’étouffante litanie de hauts fonctionnaires internationaux. Il aura manqué à ce forum la voix des archéologues et conservateurs d’Irak, de Syrie, de Libye ou du Yemen.

Il est revenu aux directeurs de musée de réveiller une salle entre-temps dépeuplée. Thomas P. Campbell a plaidé pour des « initiatives qui viennent du terrain et des solutions simples », en donnant l’exemple des panoplies conçues par le Metropolitan Museum of Art (New York) permettant aux militaires et archéologues de préserver les sites et d’établir un premier diagnostic des dommages. Venu de Bamako, Samuel Sidibé a rappelé le sauvetage de 377 000 manuscrits par les habitants de Tombouctou. Richard Kurin, de la Smithsonian Institution (Washington), a évoqué le musée bombardé de Maarat al-Noomane, en Syrie, dont les mosaïques ont été protégées par une accumulation de couvertures et de sacs de sable. Anne-Marie Afeiche a abordé la question de la formation, en rappelant le précédent survenu dans son musée à Beyrouth, dont les collections avaient été déménagées dans les caves, où elles se sont retrouvées flottant dans l’eau à la première inondation.

« Sans la communauté, il ne sera pas possible de préserver le patrimoine ; mais la prévention est cruciale. Tous, il nous faut nous préparer, car aujourd’hui personne n’est à l’abri d’un acte de guerre », a lancé Anna Paolini, directrice du bureau de l’Unesco à Doha. Le commandant des carabiniers, Fabrizio Parrulli, a relaté la mise en place par l’Italie, avec l’Unesco, d’une unité spéciale d’urgence, fondée sur l’expérience acquise avec les séismes.

Un réseau de refuges
François Hollande, tout comme les dirigeants des Émirats, a appelé à « une grande alliance pour la grande bataille pour l’humanité contre la barbarie ». Les quarante nations représentées ont adopté une déclaration préconisant la « création d’un réseau international de refuges » pour les collections en danger. La Suisse a déjà aménagé une caserne désaffectée près de Lausanne et le Louvre prévoit d’y affecter une partie de ses futures réserves. Jean-Luc Martinez a cependant précisé que ces lieux ne serviraient qu’en « dernier recours », si une protection ne peut être trouvée sur place. Jack Lang a surtout souligné la création d’un « fonds international pour la protection du patrimoine en péril » dans les zones de conflit, en escomptant trouver 100 millions de dollars (93,8 M€) pour son lancement. La France en a promis trente, les Émirats une quinzaine, la Chine et l’Allemagne se sont engagées. Les États-Unis ne peuvent rien décider avant l’année prochaine. Le Royaume-Uni a déjà mis en marche son propre fonds, doté d’un budget de 30 millions de livres (près de 36 M€), destiné à des projets ponctuels. La Commission européenne, elle, a brillé par son absence, Jack Lang s’avouant « scandalisé » par ce « désintérêt lamentable ».

La veille de la conférence, la France a annoncé son adhésion au protocole additionnel de 1999 à la convention de La Haye. Cependant, au fonds d’urgence alors mis en place par l’Unesco, dont les moyens sont modestes, elle a préféré une formule « plus dynamique » de partenariat public-privé, basé à Genève, sur le modèle du Fonds mondial de lutte contre le sida. L’Unesco a néanmoins déployé les grands moyens pour revenir dans le jeu et Jean-Luc Martinez a reconnu qu’il faudrait bien « s’appuyer sur son expertise ». « Le fonds est un outil, pas un objectif. La sauvegarde du patrimoine est une entreprise de longue haleine », a averti son directeur pour la Culture, Francesco Bandarin, rappelant que la réhabilitation d’Angkor avait « duré vingt ans et mobilisé deux milliards de dollars ». Une nouvelle conférence, envisagée l’année prochaine, devrait permettre de mieux identifier les enjeux.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°469 du 9 décembre 2016, avec le titre suivant : Abou Dhabi au chevet du patrimoine en péril

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