Mercredi 19 décembre 2018

2006, année Rembrandt

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 3 février 2006 - 839 mots

De Leyde à Amsterdam, et ailleurs, de nombreuses festivités célèbrent le 400e anniversaire de la naissance du peintre hollandais. Guide des manifestations phares autour du maître.

Pour fêter le 400e anniversaire de la naissance de Rembrandt (1606-1669), les Pays-Bas vont multiplier les événements tout au long de l’année. Le Rijksmuseum d’Amsterdam dévoile ainsi pour quelques semaines seulement tous les tableaux du maître hollandais qu’il conserve, à l’exception du Reniement de saint Pierre, présenté à l’exposition « Rembrandt-le Caravage » au Musée Van Gogh, autre manifestation phare de cette année (lire p. 17). Constituées à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle, les collections du Rijksmuseum en font le plus grand musée d’art hollandais, couvrant toutes les périodes, du XVe au XIXe siècle, avec d’importants ensembles de Hals, de Maes, de Vermeer ou de Rembrandt. Certes, ce n’est pas la plus importante collection en nombre du maître de Leyde, mais elle compte un impressionnant corpus de chefs-d’œuvre. En témoignent les douze tableaux réunis, dont La Ronde de nuit (1642) – son plus grand format et le plus connu – et La Fiancée juive, une œuvre de ses dernières années (1665), délicate et empreinte d’une grande tendresse, dans une palette d’influences vénitiennes de rouge et d’or subtils. Le Syndic des drapiers, Autoportrait en saint Paul, Paysage avec un pont de pierre, Jérémie se lamentant ou Anna accusée par Tobit figurent également parmi les pièces majeures des quelque six cents tableaux produits par le maître. Sans oublier La Mère de Rembrandt (1631), portrait délicat d’une femme absorbée dans sa lecture, une œuvre de jeunesse au clair-obscur déjà parfaitement maîtrisé. Le Rijksmuseum mettra ensuite en perspective la question du « faux » à travers des pièces un temps attribuées à l’artiste et qui se sont finalement révélées ne pas être de sa main (lire p. 18). Cet été et à l’automne, une exposition en deux parties – « Le narrateur », avec nombre d’épisodes bibliques, et « L’observateur », davantage tourné vers les scènes intimistes – présentera au public les cent vingt dessins environ qui sont conservés dans les collections du Rijksmuseum.

Demeure familiale
Moins prestigieuse, mais tout aussi passionnante, l’exposition « La mère de Rembrandt, mythe et réalité » a été inaugurée à la mi-décembre au Stedelijk Museum De Lakenhal, à Leyde, ville natale de Rembrandt, marquant le début des festivités. « L’idée la plus répandue est que Rembrandt était un naturaliste qui s’inspirait de son environnement familial. Dans cette exposition, nous nous demandons si c’est bien la réalité », résume Christiaan Vogelaar, directeur de l’institution. Dès la fin du XVIIe siècle et jusqu’à très récemment, les chercheurs considéraient que la vieille femme représentée régulièrement par Rembrandt était Neeltgen Van Zuijtbrouck, la mère de l’artiste. De même, certains personnages récurrents dans son œuvre – mais aussi dans les productions de son élève Gerrit Dou ou de son ami Jan Lievens – furent associés au père de Rembrandt, Harmen Gerritsz (meunier à Leyde), à son frère Adriaen, à sa sœur Lysbeth ou à d’autres membres de son entourage. Si un certain nombre d’identifications s’avèrent fondées, d’autres semblent tenir plus du mythe que de la réalité. À travers 42 tableaux, 22 eaux-fortes et 3 dessins (provenant de Berlin, Cassel, Saint-Pétersbourg ou Amsterdam), le musée de Leyde tente de mettre à jour la vérité derrière les interprétations parfois anecdotiques des historiens. L’établissement exposera également différents paysages – témoignant, ici encore, de l’utilisation dramatique du clair-obscur chez Rembrandt –, et la série des gravures de la collection Frits Lugt (lire p. 19), des scènes de genre, des récits bibliques ou mythologiques, développés de manière réaliste. Les talents de graveur de Rembrandt seront aussi mis en lumière à Amsterdam, dans la maison où il vécut. La demeure familiale évoquera le vide artistique et la crise personnelle que connut le maître après le décès de sa femme, en 1642.
Leyde et Amsterdam ne sont pas les seules à célébrer ce 400e anniversaire. Le Mauritshuis de La Haye met lui aussi en exergue ses propres collections, de L’Hymne de Siméon, datant de 1631, à l’autoportrait de 1669, année de la mort de Rembrandt. Ces deux tableaux ont été restaurés pour l’occasion, tout comme Homère dictant à ses secrétaires, de 1663. Le musée dévoile les procédés de restauration et les recherches techniques et scientifiques menées sur la peinture ancienne.
Des promenades pédestres « sur les traces de Rembrandt » ou une comédie musicale au Théâtre Carré d’Amsterdam sont encore organisées… Autant de manifestations qui permettront d’attirer, comme l’espèrent les organisateurs, plus de 1,5 million de visiteurs.

Un peintre devant la caméra

À l’occasion de cet anniversaire ressort en salles le très rare film de Jos Stelling, Rembrandt Fecit 1669. Ce long-métrage de 1977, qui plonge le spectateur dans l’atmosphère des peintures du maître, retrace tout en subtilité la vie de l’artiste, ponctuée d’autoportraits. Le film revient notamment sur les problèmes financiers de ce collectionneur maladif, mais aussi sur ses rapports difficiles avec les femmes. Un morceau de bravoure. Jos Stelling, Rembrandt Fecit 1669 (1977), en salles en France le 29 mars

Amsterdam - Tous les Rembrandt, jusqu’au 19 février, et Tous les dessins (exposition en deux parties : Le narrateur, du 11 août au 11 octobre, puis L’observateur, du 14 octobre au 31 décembre), Rijksmuseum, Jan Luijkenstraat 1, tél. 31 20 674 70 47, www.rijks museum.nl, tlj 9h-18h (jusqu’à 22h le vendredi) - Rembrandt et la gravure britannique vers 1900, jusqu’au 12 mars, Rembrandt, la recherche d’un génie, du 1er avril au 2 juillet, Rembrandt, le graveur, du 8 juillet au 3 septembre, et Uylenburgh et fils, le commerce de l’art à l’époque de Rembrandt, du 14 septembre au 10 décembre, Maison de Rembrandt, Jodenbreestraat 4-6, tél. 31 20 520 04 00, tlj 10h-17h (jusqu’à 21h le vendredi) - Le Juif Rembrandt, du 10 novembre 2006 au 4 février 2007, Musée historique juif, Nieuwe Amstelstraat 1, tél. 31 20 531 03 70, www.jhm.nl, tlj 11h-17h Leyde - La mère de Rembrandt, mythe et réalité, jusqu’au 19 mars, Rembrandt, le narrateur. Gravures de la collection Frits Lugt, du 13 avril au 3 septembre, et Les paysages de Rembrandt, du 6 octobre 2006 au 7 janvier 2007, Stedelijk Museum De Lakenhal, Oude Singel 28-32, tél. 31 71 516 53 60, www.lakenhal.nl, tlj sauf lundi, 10h-17h La haye - Un été avec Rembrandt, du 26 juin au 18 septembre, Mauritshuis, Korte Vijverberg 8, tél. 31 70 302 34 56, www.mauritshuis.nl, tlj sauf lundi, 10h-17h (11h-17h le dimanche) Rotterdam - Rembrandt à Rotterdam, jusqu’au 5 mars, Museum Boijmans Van Beuningen, Museumpark 18-20, tél. 31 10 441 94 75, www.boijmans.nl, tlj sauf lundi, 11h-17h Pour plus d’informations : www.rembrandt400.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°230 du 3 février 2006, avec le titre suivant : 2006, année Rembrandt

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