1955 : La « naissance » artistique de Daniel Buren

En France, quel fait artistique marquant (exposition, artiste, œuvre…) retenez-vous depuis 1955 ?

Par Bernard Marcelis · L'ŒIL

Le 16 mars 2017 - 566 mots

« En 1955, j’avais 17 ans et décidais de partir seul, faire une étude sur les influences possibles du paysage provençal sur la peinture de Cézanne à Picasso.

J’ai dormi dans l’atelier de Cézanne, j’ai assisté à une partie du tournage du Van Gogh, à Arles, avec Kirk Douglas dans le rôle principal […], j’ai rencontré une cinquantaine d’artistes vivant en Provence, des moins connus aux plus fameux […] en passant par André Masson, Marc Chagall et Pablo Picasso. En 1955, j’avais 17 ans et décidais de devenir un artiste » [Daniel Buren dans le catalogue Dix-sept artistes à 17 ans, Ensba, 2004.]

Que de chemin parcouru depuis cette même année, fortuitement commune avec celle de la fondation de L’Œil. Clin d’œil assurément. Les premières peintures acryliques sur toile rayées blanches et noires de Daniel Buren datent, elles, de 1965. Depuis, celui-ci n’aura cessé d’occuper les avant-postes de l’art contemporain, tant au niveau international que français, territoire qu’il n’a jamais délaissé : ses expositions au CAPC de Bordeaux, au Magasin de Grenoble, au Nouveau Musée/IAC de Villeurbanne, aux musées de Strasbourg ont fait date, y compris toutes celles qui se sont déroulées dans les institutions parisiennes.

On ne compte plus – sauf lui – ses innombrables manifestations personnelles et collectives de par le monde – près de 2 700 –, sans négliger les plus de 4 000 pages que constituent ses Écrits. Alors que tant d’artistes français, relayés par les différents opérateurs du secteur, se plaignent de leur peu de visibilité à l’étranger et même de leur manque de reconnaissance sur le plan national, on peut dire que Buren constitue de ce point de vue également une notable exception.

Ses interventions in situ, concept dont il revendique la paternité, auront contribué à sa renommée. Elles nous auront surtout appris à voir autrement et à considérer différemment l’enveloppe comme le contenu des lieux où il est amené à œuvrer, en s’intéressant de près à leur fonctionnement et en l’élargissant à leur contexte, qu’il s’agisse de l’espace urbain ou, dans une moindre mesure, du paysage.

S’il lui arrive encore de devoir souligner que son motif récurrent d’alternance de bandes verticales blanches et colorées n’est qu’un « outil visuel », celui-ci est de plus en plus souvent réduit à une portion congrue. Il s’est mué en une référence discrète permettant par ailleurs aux couleurs de prendre une ampleur au risque de se faire qualifier d’artiste décoratif. Son propos est ailleurs : jouer ou déjouer l’architecture, souligner ses lignes de force ou, a contrario, ses faiblesses, dans des interventions aussi spectaculaires qu’éphémères, manifestations d’une réflexion approfondie sur les structures qui l’accueillent ou qu’il investit depuis plus de soixante ans.

Historien de formation, critique d’art et commissaire d’expositions, Bernard Marcelis (né en 1953) vit et travaille à Bruxelles. Il collabore à art press depuis 1982, ainsi qu’à d’autres magazines français et belges. Il a été le conseiller artistique du Prix HSBC pour la photographie en 2010. Il est l’auteur de monographies sur André Cadere, Bernar Venet, Dominique Gauthier, Jan Fabre, Johan Muyle, Pol Quadens et Gérard Garouste, dont il était le cocommissaire de la récente exposition « À la croisée des sources » à Mons en 2016. Pour cet été, il prépare une exposition de sculptures intitulée « Métallifère » pour le Centre d’art contemporain du Luxembourg belge et une autre consacrée aux Prints de Bernar Venet pour L’Orangerie à Bastogne.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°700 du 1 avril 2017, avec le titre suivant : 1955 : La « naissance » artistique de Daniel Buren

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