24 conservateurs face au défi de l’an 2000

L'ŒIL

Le 1 décembre 1999

Ce serait pure hypocrisie que de soutenir que les départs intempestifs, les nominations plus ou moins pertinentes, les transformations structurelles et les changements de cap dont la presse s’est fait l’écho ces derniers mois n’ont pas entamé le moral des conservateurs du Musée national d’Art moderne. La formule « malgré tout, nous sommes une grande famille » ne peut faire illusion. Sans doute, le monde du travail ne va pas sans heurts, conflits d’intérêts, enjeux sociaux ou intellectuels divers. Rien dans tout cela que de très banal. Mais nous ne sommes pas en présence de n’importe quelle entreprise du service public d’environ un millier de salariés. Le Centre Pompidou/Musée national d’Art moderne doit accomplir une tâche ambitieuse : un projet culturel. Sans doute, les contraintes politiques, financières, fonctionnelles pèsent énormément sur cette lourde machine qu’est le Centre, mais il ne faudrait pas oublier que ce qui importe dans l’idée d’un « projet culturel » est avant tout la notion de projet. À cette échelle, il ne doit pas être uniquement la vitrine de la patrie de la culture, car il transcrit une vision de l’art et le rôle que celui-ci doit jouer au sein d’une société. Un projet d’exposition n’est pas uniquement un excellent accrochage et un catalogue de référence, c’est aussi une pensée de l’art et sur l’art, une pensée des œuvres et sur les œuvres. Et lorsque l’on connaît les batailles que se livrent les grands musées pour la reconnaissance de leur programmation – aussi bien aux États-Unis qu’en France, en Allemagne, au Pays-Bas, en Espagne ou au Canada –, cela n’est certes pas une chose aisée. D’autant que la collusion du politique et de l’économique, qui inocule plus que jamais le libéralisme à la culture, fait que l’on applique presque systématiquement la célèbre maxime affirmant que « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Face à ce que l’on peut désormais qualifier de mondialisation de la compétition des musées ou autres institutions qui montrent de l’art moderne et contemporain, une seule solution : une grande qualité des expositions et le flair pour dénicher les jeunes artistes susceptibles de devenir importants. Les conservateurs du Centre Pompidou/MNAM – actuellement au nombre de 24 –, doivent donc, comme l’on dit plaisamment, « relever le défi de l’an 2000 », et alimenter en concepts et programmes les six grandes sections du Centre : collections historiques, architecture, design, photographie, vidéo, cinéma. Les collections, dont la responsable est Isabelle Monod-Fontaine, se divisent à leur tour en trois périodes : de 1905 à 1940, pilotée par Didier Ottinger ; de 1940 à 1970, avec Jean-Paul Ameline ; enfin, de 1970 à nos jours, avec Catherine Grenier, le responsable de la programmation du Musée étant Bernard Blistène. La section architecture est dirigée par Alain Guiheux, le design par Marie-Laure Jousset ; la vidéo par Christine Van Assche, et le cinéma par Jean-Michel Bouhours. Comme auparavant, le Centre présentera un large panaroma des productions artistiques françaises et étrangères dont l’avantage, en même temps que l’inconvénient, par manque de place, est d’être réuni sur un même site, donnant ainsi au public l’occasion d’apprécier presque simultanément les influences ou les divergences des champs de la création passée ou récente.
Parmi les innombrables expositions qui vont couvrir ces domaines, citons l’exposition attendue de Daniel Soutif, « Le Temps vite », programmée pour l’ouverture du Centre, « Brassaï » (avril), « Picasso sculpteur » (juin), « Les Années Pop » (février 2001), « Jean Dubuffet » (juin 2001) « La Révolution surréaliste » (novembre 2001). Et le Centre continue bien évidemment ses programmations de danse, de musique, de lecture, de performance ou de théâtre, mélangeant parfois les médias.
À première vue, et d’après les informations dont on dispose actuellement, le Centre ne changera donc pas beaucoup dans ses orientations culturelles – au grand dam de certains et pour l’agacement des autres –, et il faudra observer les premiers mois de la réouverture pour estimer s’il existe une continuité dans le changement ou un changement dans la continuité. Mais en matière de culture, ces notions sont encore moins précises que celle de « flou artistique ».

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°512 du 1 décembre 1999, avec le titre suivant : 24 conservateurs face au défi de l’an 2000

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque