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La tête d’Henri IV authentifiée par l’ADN : quand la science reconstitue les filiations historiques

Par Sarah Barry · lejournaldesarts.fr

Le 4 janvier 2013 - 712 mots

PARIS [04.01.13] – Les récentes études menées sur la tête d’Henri IV ont mis en évidence ses correspondances génétiques avec le sang de Louis XVI : elles font de ces reliques des témoins fiables de l’histoire des Bourbons, et confirment la part grandissante que prend la science dans la reconstitution de l’histoire.

L’information est tombée à la fin du mois de décembre 2012 dans la revue Forensic Science International : dans le cadre d’une coopération orchestrée par le médecin légiste Philippe Charlier, des scientifiques français et espagnols ont dressé un parallèle évident entre le profil génétique de la tête momifiée d’Henri IV et celui du sang de Louis XVI, conservé sur un mouchoir. Ces deux reliques, à l’authenticité jusqu’ici controversée, ont donc gagné une reconnaissance peut-être définitive, tout en reliant génétiquement le premier et le dernier monarque absolu de la dynastie des Bourbons. « Henri IV et Louis XVI ont le même patrimoine génétique passant par les pères », déclare le Dr Charlier à l’AFP, ce qui balaye du même coup la rumeur selon laquelle Louis XIV aurait été le fils de Mazarin, et non de Louis XIII.

En 2010, le Dr Charlier et d’autres spécialistes authentifient la tête d’Henri IV par des analyses scientifiques et historiques, mais sans parvenir toutefois à en extraire l’ADN. Le doute pèse donc encore sur ce reste royal retrouvé en 2008 après un périple qui laisse perplexe. En effet, la tête du « bon roi Henri » est dissociée du corps en 1793 lors de la profanation de la basilique de Saint-Denis. Elle ne fait sa supposée réapparition que dans le courant du XIXe siècle dans la collection d’un comte allemand, avant de passer successivement entre les mains d’un antiquaire de Dinard, d’un couple de retraités férus d’histoire, et de Louis de Bourbon, actuel chef de la fameuse maison. Le brocanteur avait acheté l’objet 3 francs à Drouot en 1919, révélant l’incrédulité qui régnait autour d’une aussi prestigieuse attribution. Il faut attendre 2012 et les travaux de l’Institut de biologie évolutive de Barcelone sur un échantillon prélevé dans la gorge du monarque, pour que les incertitudes se dissipent. Un ADN partiellement exploitable est extrait, puis comparé aux résultats obtenus en 2011 sur le sang séché de Louis XVI dans une collaboration italo-espagnole menée par Charles Lalueza-Fox. Ce souvenir de l’époux de Marie-Antoinette s’en trouve lui-même crédibilisé ; certains avaient encore du mal à croire qu’un mouchoir ayant trempé dans le sang de Louis XVI le jour de son exécution ait pu parvenir jusqu’à nous dans une sorte de gourde, en passant par une famille aristocratique italienne.

Le Dr Charlier, médecin légiste à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, n’en est pas à sa première révélation spectaculaire. Celui que l’on surnomme parfois « l’Indiana Jones des cimetières » a également travaillé sur les ossements de la favorite de Charles VII, Agnès Sorel, mettant en lumière un éventuel empoisonnement au mercure. Ses derniers projets concernent l’étude des restes du cœur de Richard Ier d’Angleterre, plus connu sous le nom de Richard Cœur de Lion, et l’examen des squelettes de soi-disant vampires en Transylvanie. Une personnalité haute en couleurs donc, qui met sa science au service de l’histoire.

Cette collaboration interdisciplinaire est de plus en plus efficace dans la reconstitution de filiations historiques. En Égypte en 2010, l’équipe de Zahi Hawass, chef du Conseil suprême des antiquités égyptiennes au Caire, mène une analyse ADN sur une dizaine de momies apparentées à Toutankhamon, révélant que son père était bien Akhenaton, comme le véhiculait la tradition, mais que sa mère n’était ni la reine Nefertiti, ni la reine Kiya. Toutankhamon aurait été engendré par une sœur d’Akhenaton, dont la momie est connue sous le nom de Young Lady. De même, des comparaisons ADN ont révélé en décembre 2012 que le corps non identifié découvert dans la tombe de Ramsès III pourrait être celui de son fils Pentaour, qui conspira contre son père, le menant à une mort violente.

Dans une autre époque, des restes humains conservés dans une crypte en Toscane pourraient comprendre les ossements de Michelangelo Merisi, dit Le Caravage. Les tests ADN pourraient permettre d’identifier des descendants du peintre, et fournir des indications sur les circonstances de sa mort, comme cela a pu être fait pour Toutankhamon et Ramsès III.

Légende photo

Pierre Jean Philippe Baillet (1748-1824) - Henri IV (quatrième quart du XVIIIe siècle) - Huile sur toile - 76 x 60 cm - Musée des beaux-arts et d'Archéologie de Châlons-en-Champagne.

Antoine-François Callet (1741-1823) - Portrait de Louis XVI de France (ca. 1786) - Huile sur toile - 124 x 96 cm - Musée d'Art de São Paulo.

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