Jeu de paume - Paris 8e

Berenice Abbott à l’avant-garde

Jusqu’au 29 avril 2012

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 23 février 2012 - 403 mots

Portraits modernistes des années parisiennes, photographies documentaires de New York ou photographies scientifiques menées pour le compte du Massachusetts Institute of Technology : à chaque étape de son parcours, Berenice Abbott (1898-1991) s’est inscrite à l’avant-garde.

À l’avant-garde d’abord des tenants de la photographie moderniste militant contre la photographie pictorialiste lorsqu’elle séjourne à Paris, elle apprend la photographie auprès de Man Ray avant d’ouvrir son propre atelier dans la capitale où viennent se faire tirer le portrait la bohème artistique, la bourgeoisie et les intellectuels français et étrangers. À l’avant-garde de la photographie documentaire ensuite à son retour à New York lorsqu’elle suit durant les années 1930 les changements urbanistiques et architecturaux de la ville soumise à un processus sans précédent de démolition et de reconstruction qu’elle interprète. À l’avant-garde enfin de la photographie scientifique, « nouvelle mission créatrice » comme elle l’écrit, qui, de 1944 à 1961, l’engagea à inventer des appareils à photographier et à mener des expériences portées par ce travail « d’intérêt public ». La science, en particulier la relativité et la mécanique quantique, représente à ses yeux le sujet le plus passionnant de son époque à faire comprendre au plus grand nombre.

À chaque période, son engagement fut absolu et les points de rupture d’une étape à l’autre furent tout aussi radicaux, comme le montre la fort instructive rétrospective du Jeu de paume associé au Ryerson Image Centre consacrée à la photographe américaine. Le parti pris chronologique de sa commissaire, Gaëlle Morel, conservatrice au RIC, entraîne à élargir, affiner, préciser voire corriger le statut des images d’Abbott dont l’intégration dans l’avant-garde se fit également par la diffusion du fonds d’Eugène Atget qu’elle sortit de l’anonymat  et promut en France, en Allemagne et aux États-Unis.

Mener de vastes et ambitieuses entreprises mêlant systématiquement recherche esthétique et ambition documentaire et pédagogique ont de fait forgé un parcours qui livre aussi des images de deux séries inédites : celles de la série Route 1, réalisée durant l’été 1954, couplées ici à celles prises dix-neuf ans plus tôt dans le sud des États-Unis en amorce de son projet de représenter la « scène américaine ». Derrière la diversité de l’œuvre pointe en effet une unité portée par le désir d’interroger et de révéler ce que l’on ne voit pas. Avec une opiniâtreté à toute épreuve.

Voir « Berenice Abbott (1898-1991), photographies »

Jeu de paume , 1, place de la Condorde, Paris-8e, www.jeudepaume.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°644 du 1 mars 2012, avec le titre suivant : Berenice Abbott à l’avant-garde

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