Musée des Beaux-Arts de Reims

Longuet et Boisecq, deux sculpteurs dans la ville

Jusqu’au 6 juin 2011

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 14 mars 2011 - 452 mots

Les rétrospectives de sculpteurs ne sont pas si fréquentes dans les musées ! L’exposition « De la sculpture à la cité rêvée » retrace le parcours d’un couple d’artistes, Karl-Jean Longuet (1904-1981), né à Paris, et Simone Boisecq, née en 1922 à Alger.

Ils se rencontrent en 1946 et se marient en 1949. Mais toujours ils travailleront dans des ateliers bien distincts et conserveront au fil des ans une réelle autonomie de création. 

Arrière-petit-fils de Karl Marx, fils de Jean Longuet, avocat et homme politique proche de Jean Jaurès, Karl-Jean Longuet est profondément marqué par l’enseignement classique reçu aux Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Jean Boucher. Homme et sculpteur engagé, il réalise avant guerre les bustes de Marx, de Schoelcher (qui obtint l’abolition de l’esclavage) ou de Jules Guesde, ce dernier destiné au pavillon du travail de l’Exposition internationale de 1937. Pendant l’occupation, l’état-major national clandestin des FFI se réunit fréquemment dans son atelier parisien. 

En 1949, le couple noue des relations avec Constantin Brancusi. L’évolution déjà amorcée de Longuet vers plus d’abstraction s’en trouve confortée, sa volonté de simplification se radicalise. À partir des années 1950, il travaille avec des architectes et réalise de nombreuses œuvres au cœur de grands ensembles, au sein de groupes scolaires ou universitaires (Créteil, Vigneux, Montreuil, Massy, Lille, Toulouse) et dans des parcs (Hommage à Allende, 1981, Châtenay-Malabry). Ses sculptures n’ont pas l’ambition de se fondre dans l’architecture, mais plutôt de l’accompagner. Elles-mêmes très architecturées, elles déploient leurs formes et leurs forces en résonance avec les lignes et les masses de l’architecture environnante.

Simone Boisecq, animée par une totale passion pour les arts premiers et les paysages algérois et bretons de son enfance, développe dès ses premières sculptures ses mythologies « sauvages » nourries de thèmes qui ne la quitteront plus : soleil, couple, vanité, totem, ville (Théâtre de verdure, 1964). « Je sculpte pour me battre contre quelque chose d’aussi dur que moi, matériaux contre matériaux. » Elle réalise entre 1956 et 1986 une dizaine de sculptures monumentales pour l’espace public, entre autres à l’École nationale d’administration.

Ces cent trente sculptures, dessins, peintures et photographies de Longuet et de Boisecq, mais également des artistes amis du couple, tels Bissière, Ubac, Brancusi ou Vieira da Silva, apportent un éclairage particulier sur cette génération d’artistes confrontée à des questionnements esthétiques et formels renouvelés. Un accrochage dense et touffu dans les salles pas bien grandes du musée des Beaux-Arts de Reims restitue une ambiance d’atelier d’artiste incontestablement chaleureuse, mais ne facilite pas toujours l’appréhension de chaque œuvre en particulier.

Voir

« Karl-Jean Longuet et Simone Boisecq. De la sculpture à la cité rêvée », Musée des Beaux-Arts, 8, rue Chanzy, Reims (51), www.reims.fr, jusqu’au 6 Juin 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°634 du 1 avril 2011, avec le titre suivant : Longuet et Boisecq, deux sculpteurs dans la ville

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