Albertina, Vienne - Jusqu'au 16 janvier 2011

Picasso - peintre d’histoire ?

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 15 novembre 2010 - 372 mots

La peinture d’histoire, c’est un genre – majeur –, un genre avec ses normes et ses règles. Empruntant son sujet à une histoire passée ou actuelle, allégorique ou authentique, l’artiste tente moins d’illustrer que d’interpréter un événement.

De la sorte, le peintre d’histoire est moins littéral que littéraire, moins diariste que philosophe.
L’Albertina de Vienne, en dévoilant les liens qu’entretint Picasso avec la politique, pose précisément cette question, en apparence anachronique : le Catalan fut-il un peintre d’histoire ? Au terme d’un parcours limpide, nourri de quelque cent quarante œuvres, l’exposition sonde les années 1944-1973, trois décennies dont les pôles chronologiques sont, d’une part, l’adhésion de l’Espagnol au parti communiste et, d’autre part, la mort d’un artiste universel, voire universaliste si l’on en croit son implication dans le monde qu’il vient de quitter.
Aux photographies déclinant un Picasso thuriféraire de l’idéologie communiste répondent autant d’œuvres destinées à dire, et sans doute à guérir, le malaise dans la civilisation. Ici un portrait cubo-futuriste, presque outrecuidant, de Staline (1953), là une colombe comme une invite à la paix (1949), idéogramme génial que l’artiste reprendra ad libitum pour défendre les causes dont il devient le héraut malgré lui, fatigué d’être trop sollicité.
Ce Picasso engagé, faiseur d’affiches et producteur d’une imagerie un peu essoufflée, n’est pas grand-chose en comparaison du peintre qui digère les tragédies contemporaines pour les traduire en couleurs et hiéroglyphes merveilleux. Car les conflits sont alors nombreux : mondiale, froide, d’Algérie, de Corée, les guerres se succèdent et, sous le pinceau du maître, résonnent en natures mortes hantées par des crânes, en fresques bigarrées et en grisailles mélancoliques (Le Charnier, 1944-1945).
Certes, le chantre du communisme qui transforme la crise des missiles en un saisissant Rapt des Sabines (1962) est un exceptionnel peintre d’histoire. Mais que dire, alors, de son silence lors de l’invasion de Budapest par les chars soviétiques en 1956 ? Un silence tristement relayé par le silence de l’exposition. C’est que l’artiste est un saint et que la nuance eût été blasphématoire. Peintre d’histoire, Picasso est-il un contemporain capital ? Il faudra un jour affronter vraiment la question.

Voir

« Picasso, paix et liberté », Albertina, Albertinaplatz 1, 1010 Vienne (Autriche), tél. 43 (0)1 534 83-0, jusqu'au 16 janvier 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°630 du 1 décembre 2010, avec le titre suivant : Picasso - peintre d’histoire ?

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