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Promenades dans le jardin de Niki

L'Oeil - n° 625 - Juin 2010

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Beaux livres. « Tout ce qui leur reste [aux hommes], c’est la tête ou ses apparences, et c’est pour ça qu’aujourd’hui ils sont incapables [...] de continuer de créer. Et c’est pour ça justement, aujourd’hui, que moi, femme, je peux vraiment faire une œuvre fulgurante poétique. »

En 1965, lorsqu’elle accorde un entretien à l’historien et académicien Maurice Rheims pour Vogue, Niki de Saint-Phalle vient tout juste de modeler sa première Nana, quatre ans après être entrée en peinture avec sa série des Tirs. À 35 ans – elle est née en 1930 –, cette autodidacte a donc l’intuition d’une œuvre qu’elle veut « fulgurante et poétique », et qui verra son acmé dans un jardin, celui « des Tarots ».

À ce chef-d’œuvre ultime, hélas peu connu du public français, Niki de Saint-Phalle a travaillé plus de vingt ans, de 1978, quand elle obtint un terrain d’un demi-hectare à Capalbio, jusqu’à sa mort en 2002. Là-bas, dans l’Italie toscane, l’artiste a accouché, aidée d’assistants, de céramistes et de Jean Tinguely, de vingt-deux sculptures monumentales et habitables, certaines de plus de quinze mètres, inspirées des figures du tarot : la Papesse, le Magicien, la Fortune, le Fou… Un jardin dont l’idée était en germe depuis la découverte en 1955 du parc Güell de Gaudí et, en 1960, du Palais idéal du facteur Cheval.

Collant à la rétrospective Niki de Saint-Phalle organisée au château de Malbrouck (jusqu’au 29 août 2010), deux ouvrages consacrés au Jardin des Tarots viennent de paraître chez Actes Sud et Hazan. Le premier affiche des mensurations moyennes (120 p., 64 ill., 32 euros), tandis que le second se veut plus vitaminé : légèrement plus grand, il revendique deux fois plus de pages et donc d’illustrations, avec un prix lui aussi gonflé : 49 euros.

Et c’est la vitamine que l’on préfère, car si du côté d’Actes Sud le texte très – trop – dense de Mélanie Gourarier, jeune doctorante, pèche par gourmandise, avec son excès d’informations et de lourdeurs, l’étude de la critique d’art Jill Johnston (Hazan), certes moins complète mais plus mesurée, est limpide comme l’eau qui alimente les fontaines du jardin. Dommage que la qualité de l’impression, très en deçà de celle défendue par Actes Sud, ruine les efforts de l’auteur. Sur ce point, Hazan a de la graine à prendre chez son concurrent.

Fabien Simode

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