Le Douanier Rousseau passe en Suisse

L'ŒIL

Le 23 février 2010 - 365 mots

La fondation Beyeler, en Suisse, commémore cette année le centenaire de la mort d’Henri Rousseau (1844-1910) en organisant une grande exposition de ses œuvres à Bâle.

L’occasion d’une séance de rattrapage, pour ceux qui auraient raté l’exposition de 2006 au Grand Palais. Près de quarante tableaux les plus emblématiques de celui que l’on surnomme le Douanier Rousseau sont ainsi réunis. Le Lion, ayant faim, se jette sur l’antilope, seule œuvre appartenant à la fondation, est accompagnée de la célèbre Charmeuse de serpents d’Orsay dans la grande salle dédiée aux jungles du peintre.
 
Mais l’exposition ne se cantonne pas à une simple monographie : l’intérêt réside surtout dans les parallèles mis en place entre l’œuvre de Rousseau et celles de ses héritiers, Picasso, Léger et Matisse en tête. Les commissaires, Philippe Büttner et Christopher Green, ont puisé dans les collections permanentes de la fondation pour proposer, dans des salles adjacentes, des associations d’œuvres. Ainsi, les portraits monumentaux du Douanier trouvent des échos formels dans les portraits de femmes de Picasso. Le peintre espagnol, grand admirateur de l’œuvre de Rousseau, collectionna ses tableaux, en majorité des portraits. Il dira d’un Portrait de femme qu’il avait acquis pour quelques sous : « C’est l’un des plus véridiques portraits psychologiques français. » Les artistes de l’avant-garde ont vu en Rousseau un précurseur du primitivisme, bien loin d’un art si longtemps décrit comme « simpliste » ou naïf par les critiques.
 
Le parcours de la visite permet de comprendre le processus créatif du Douanier et sa fascination pour la notion de seuil et de frontières : zones de passage entre ville et jungle, entre rêve et réalité, entre monde domestiqué et monde sauvage. La subtilité de l’accrochage invite à considérer les grands thèmes et la riche iconographie de l’œuvre de Rousseau comme un tout cohérent, une vision de la nature formée à partir d’observations au Jardin des plantes, de photographies et de l’imaginaire de l’artiste. Les harmonies chromatiques, entre tonalités vertes et irruption de couleurs chaudes dans les jungles, confèrent à ses tableaux une beauté picturale indéniable.

Voir

« Henri Rousseau », fondation Beyeler, Baselstrasse 101, Bâle (Suisse), tél. 00 41 0 61 645 96 00, www.beyeler.com, jusqu’au 9 mai 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°622 du 1 mars 2010, avec le titre suivant : Le Douanier Rousseau passe en Suisse

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