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Les riches heures du gothique parisien

L'Oeil - n° 622 - Mars 2010

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L’histoire de l’art est jalonnée par quelques révolutions stylistiques. Celle que Paris a connue vers l’an 1230 a été déterminante dans l’évolution de l’art gothique.

Baptisé « rayonnant », le nouveau style qui apparaît alors prend son nom de la forme dynamique du remplage des grandes roses perçant les façades de la cathédrale Notre-Dame, à Paris. Car si c’est à la basilique Saint-Denis que le premier gothique est né, c’est bien à Paris que se joue ce deuxième acte.
 
La cité marchande est en effet devenue une ville de premier plan, résidence favorite du roi Louis-Philippe qui lui donne des allures de ville moderne et agrandit son périmètre grâce à une nouvelle enceinte. La croissance démographique est telle que de nombreux chantiers doivent être ouverts. Celui de la cathédrale, entrepris en 1160, se poursuit au XIIIe siècle et se met au goût du jour alors que la construction de la Sainte-Chapelle démarre. Ce reliquaire de pierre et de verre construit pour Saint Louis pour abriter les reliques de la passion du Christ, rapportées des croisades, deviendra le symbole de cette architecture rayonnante.
 
Les  innovations stylistiques sont rendues possibles par la perfection technique atteinte par les maçons et tailleurs de pierre. Certains d’entre eux sortent alors de l’anonymat, comme Jean de Chelles et Pierre de Montreuil, tous deux actifs à Notre-Dame.
 
Réunissant quelque deux cents pièces, cette nouvelle exposition du musée de Cluny témoigne de l’émergence de ce nouveau style qui colonise rapidement la sculpture. Celle-ci devient plus autonome par rapport à l’architecture, s’anime de draperies plus légères, devient plus naturaliste, est envahie par les décors végétaux. Tous les arts seront bientôt concernés, orfèvrerie, travail de l’ivoire, enluminure, et d’autres foyers vont émerger, comme Reims en Champagne. Le dépliant proposé par le musée incite judicieusement à poursuivre la visite par un parcours dans les monuments du XIIIe siècle proches du musée.
 
Si ces vestiges sont fragmentaires, ils permettent aussi aux commissaires de battre en brèche une idée persistante sur l’art rayonnant, qui ne serait qu’un art de cour. Or celui-ci a manifestement colonisé tous les chantiers parisiens dans le courant du XIIIe siècle, à une échelle qui demeure aujourd’hui difficile à percevoir du fait des nombreuses destructions et transformations de la ville.

Sophie Flouquet

Voir

« Paris, ville rayonnante », musée de Cluny, Musée national du Moyen Âge, 6, place Paul-Painlevé, Paris Ve, www.musee-moyenage.fr, jusqu’au 24 mai 2010.

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