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François Boespflug : "Dieu et ses images"

Dieu, ses images et deux mille ans d’histoire

L'Oeil - n° 609 - Janvier 2009

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Une histoire de la représentation du Dieu chrétien dans les arts est forcément une somme. Celle-ci l’est assurément, mais, bonne surprise, elle se laisse facilement dompter et s’avère passionnante.

Le christomorphisme
Dieu est réputé irreprésentable. Mais si les chrétiens, contrairement aux juifs et aux musulmans, ont pu s’affranchir de cette règle, c’est parce que Dieu s’est incarné dans le Christ. Pourtant, il n’y a aucune image religieuse au cours des trois premiers siècles du christianisme. Le poids du décalogue qui prohibe toute image cultuelle, et la réaction à l’idolâtrie païenne expliquent cet aniconisme. C’est à partir du ive   siècle que sarcophages funéraires et absides d’églises commencent à porter des images de Dieu à travers le Christ, ce que l’auteur nomme le christomorphisme, un principe fondamental qui fonde l’iconographie de Dieu.
À cela s’ajoute la prise en compte par les imagiers de la Trinité. Le dogme de la Trinité, complexe à saisir, naît dès le premier âge chrétien, mais «   ne s’est cependant imposé que progressivement, au prix de nombreuses polémiques   ». C’est lui qui contribue à l’individualisation de la représentation de Dieu. Au xiie siècle en Occident, alors que s’impose la figure de la Majestas Dominici, apparaissent les premières images de la trinité. L’embarras des artistes et de leurs commanditaires est manifeste : certaines Trinités sont constituées de trois personnages identiques. Lentement prend forme, le modèle du Père, du Christ et de la Colombe. Un Père/ Dieu qui acquiert son autonomie définitive à la Renaissance. Le Dieu de la Création peint par Michel-Ange sur le plafond de la chapelle Sixtine en est un bon exemple.
La période moderne renouvelle moins l’iconographie de Dieu qu’elle ne l’adapte aux évolutions esthétiques. C’est à cette époque que l’image de Dieu se fixe sous la forme d’une personne âgée, prélude à un long déclin avant une complète disparition, du moins dans le Grand Art, au profit de l’image du Christ en croix qui domine tout le xxe   siècle.
C’est un ouvrage remarquable en ce sens qu’il permet de relire deux mille ans d’histoire de l’art et d’histoire du christianisme. Son côté «   manuel   » peut agacer certains lecteurs, mais permet de bien comprendre une matière subtile.

Jean-Christophe Castelain

François Bœspflug, Dieu et ses images, Bayard, 530 p., 149 euros.

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