La peinture selon Bustamante

L'ŒIL

Le 1 avril 1999 - 323 mots

Prolongement des travaux amorcés lors de l’exposition au Jeu de Paume en 1996, les œuvres récentes de Jean-Marc Bustamante mettent cette fois plus clairement en avant des thèmes, en réalité existants depuis une vingtaine d’années, relatifs à la question de la peinture et à la notion de présence. Si les traces de gestes nettement visibles sur le métal dans la série des Sites et les images de villes et de lieux périurbains plus ou moins vidés de leurs habitants dans les productions photographiques dialoguaient déjà par d’autres moyens avec le pictural, avec le spectateur se transportant dans l’image, la série de photographies présentée à la galerie Obadia, Something is Missing (une partie de l’exposition de la Tate Gallery), et la série de sculptures présentée à la galerie Templon, Panoramas, doivent être perçues sous un angle beaucoup plus subjectif qu’auparavant. Les Panoramas – grands plexiglass réalisés à partir de dessins abstraits sur papier, fortement agrandis, puis sérigraphiés sur le support – se situent ainsi entre la gestuelle picturale, l’objet sculptural et l’instantané photographique. Parfois transparents, parfois tendant vers la monochromie, semblant tantôt flotter dans l’espace, tantôt s’y découper nettement, les Panoramas peuvent simultanément absorber le spectateur et le tenir à distance. L’absence de géométrie des dessins, la rapidité de leur exécution, donnent ainsi une impression de spontanéité qui le dispute au caractère réfléchi et contrôlé des supports eux-mêmes.
Cet espèce d’indécidable corporel et optique du spectateur peut se retrouver sur un tout autre plan dans les photographies de villes qui, non légendées, sont à la fois des lieux parfaitement reconnaissables et non identifiables. Mises ensemble, ces images relèvent toutes de la vie urbaine la plus contemporaine sans pour autant le céder à une géographie précise. Comme les Panoramas, ces vues de Buenos Aires, Miami, Tel-Aviv, d’Écosse ou d’Espagne, poussent le spectateur à désigner et définir des lieux, là même où ceux-ci tendent à disparaître.

Galerie Daniel Templon et galerie Nathalie Obadia, 10 avril-20 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°505 du 1 avril 1999, avec le titre suivant : La peinture selon Bustamante

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