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César Domela géomètre tactile

L'Oeil - n° 603 - Juin 2008

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Un bref documentaire de 9 minutes que lui consacra Alain Resnais en 1947, une grande rétrospective au musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1987, une passionnante exposition à Strasbourg l’an passé autour de ses photomontages, le parcours discret mais exemplaire de César Domela (1900-1992) fait l’objet d’une trop rare attention.

Brillant graphiste et typographe, photographe et peintre engagé dans l’abstraction picturale, Domela développe dès la fin des années 1920 un langage personnel tout de courbes, contre-courbes et matériaux contrastés qu’il fixe sur des plans. C’est à ces reliefs que s’identifie encore aujourd’hui son œuvre et à ces mêmes tableaux-objets que le LAAC consacre l’essentiel de son exposition.
Revenir sur le parcours de Domela, c’est revisiter les questions posées
par les avant-gardes. Un curieux assemblage de fréquentations dada et d’ascèse géométrique. Berlin, Paris – où il s’installe définitivement en 1933 –, affiches, photomontages, typographie publicitaire, il fut lié à Schwitters, Haussmann, comme à Lissitzky, Kandinsky, Moholy-Nagy, Arp ou aux frères Pevsner. À l’ombre de Mondrian et Van Doesburg, la jeune peinture de Domela emprunte dans les années 1920 la grille noire et les couleurs primaires néoplastiques dont il bouscule rapidement l’ordre par l’introduction de la diagonale. Le schéma finit de se briser – non sans indigner Mondrian – avec l’émancipation du plan : d’abord de petits cubes et lattes de bois peint, puis des bandes de laiton ou plaques de verre strictement organisés sur la toile avant que peau de requin, cuivres précieux, ébène, écailles ou plexiglas coloré ne viennent animer la surface par la multiplication des plans et de savants contrastes de densité, de tons ou de textures.
À propos de ses tableaux-objets, Domela expliquera : « Le sens profond que je voudrais transmettre est repos en soi, et je souhaite qu’ils soient la représentation d’une certitude et d’un savoir qui emplit l’âme et reflète un ordre strict ». La composition se fait baroque, tactile, installant arabesques et nœuds mouvants. Mais elle reste sous contrôle. Courbes et éclosions organiques apparues dans les années 1930 jouent encore une partition toute d’équilibre rigoureux, de transformation spirituelle de la matière et de forces constructives.

Manou Farine

'Relief 105' (1966)
César Domela
© B. Huet/Tutti

Voir

« César Domela, la vision tactile », LAAC, Dunkerque (59), tél. 03 28 29 56 00, jusqu’au 21 septembre 2008.

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