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Le dessin actuel retrouve meilleure mine

L'Oeil - n° 601 - Avril 2008

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Quittant son statut d’éternel parent pauvre de la peinture, le dessin contemporain s’est tracé depuis cinq ans un chemin dans le marché de l’art.

Le dessin est partout. Nous en sommes entourés, il fait partie intégrante de notre vie : nous le pratiquons au début de notre vie d’écolier et, devenus parents, nous conservons précieusement les dessins de nos enfants. Partout dans le monde les gens dessinent. Si la communication verbale échoue, le dessin peut même servir de langage visuel global », écrit Emma Dexter en préambule de l’excellent livre Vitamine D, Nouvelles perspectives en dessin aux éditions Phaidon.

Les institutions s’y mettent
Alors que les Cassandres ont souvent clamé la mort de la peinture, personne n’a invoqué celle du dessin. Néanmoins, si le trait constitue en quelque sorte l’alpha et l’oméga de l’art, il n’en a pas moins été asservi aux autres arts. Et de fait, il a longtemps peiné à se créer un marché à part entière.
Associé à l’idée de préparation et donc d’inachèvement, le dessin fut longtemps collectionné par défaut. Comprenez faute de moyens, histoire de se faire les crocs avant de passer à la vitesse supérieure. Aujourd’hui, ce médium s’est délesté du statut de parent pauvre, même si la majorité des dessins de jeunes créateurs s’échangent entre 300 euros et 6 000 euros. Au point que Thaddaeus Ropac lui dédie un étage entier de sa galerie, ou que Daniel Templon y consacre certaines expositions dans son nouvel espace Impasse Beaubourg. De leur côté, les collectionneurs Daniel et Florence Guerlain ont créé l’an dernier un Prix du dessin contemporain, remis pour sa première édition à Silvia Bächli.
Les institutions se sont aussi engouffrées dans la brèche. Le Fonds régional d’art contemporain (Frac) de Picardie a orienté une grande partie de sa collection autour du dessin. En 2002, le MoMA de New York consacrait une jeune génération de dessinateurs avec l’exposition « Drawings: Now ». Cette effervescence a donné des ailes au Salon du dessin contemporain, initié l’an dernier et dont la prochaine édition se tiendra du 10 au 14 avril 2008.
Fragile, instantané, sensuel, le dessin révèle la petite musique intérieure des artistes comme Françoise Pétrovitch ou Barthélemy Toguo. D’une précision mathématique, il se fait au contraire l’allié des conceptuels ou minimalistes, de Sol LeWitt à Richard Serra en passant par Mel Bochner. « Tout ce qu’on peut projeter d’expressif dans le dessin – idées, métaphores, émotions, structures linguistiques – résulte de l’acte de faire », disait Serra.

Un vrai médium d’expression
Condensé de l’art contemporain ramené à l’échelle du papier, le dessin accompagne les différents pôles de l’art contemporain, du postconceptuel au néoromantisme. Pourquoi ce médium est-il si prisé aujourd’hui ? « Parce qu’en tant que refuge peu considéré et peu théorisé, il offre aux artistes la liberté d’explorer des aspects de la créativité négligés ou refoulés jusque-là », explique Emma Dexter. Tour à tour poétique ou politique, le dessin permet d’exprimer des sentiments d’angoisse existentielle, de rage et de fureur, comme chez Raymond Pettibon. Il permet de brocarder avec efficacité les tics et tocs du milieu de l’art comme ceux, savoureux, de Laurina Paperina ou Nicolas Ledoux chez Magda Danysz.
S’il sort souvent du cadre pour être punaisé directement à même le mur, le dessin se libère aussi du périmètre de la feuille au gré des wall drawings, comme les lignes gorgées d’encre noire d’un Olivier Nottellet ou le chaos foisonnant de Jean-François Moriceau et Petra Mrzyk. Il prend vie aussi dans les dessins animés de William Kentridge ou Christine Rebet. Ou se mue en tatouage chez Dr Lakra ! Protéiforme, le dessin est devenu prolifique. En veux-tu en voilà, au point que les collectionneurs sont aujourd’hui noyés sous un océan de feuilles parfois médiocres.
« On est sur un marché qui, bizarrement, n’est pas très structuré, un peu comme l’était le marché de la photographie voilà dix ou quinze ans », observe Laurent Boudier, codirecteur du Salon du dessin contemporain. Aux amateurs de faire le tri entre les maîtres du trait et les rois du premier jet adolescent, de la bidouille ou du crobard.

Roxana Azimi

Repères

Raymond Pettibon
Nourris aussi bien par la BD, la scène punk ou le film noir, les dessins rageurs de cet Américain né en 1957 jouent un rôle salutaire de contre-pouvoir.
Ses feuilles dépassent aujourd’hui les 65 000 euros.

Marcel Dzama
Cet artiste canadien né en 1974 met en scène des personnages habillés dans des tons vert-de-gris ou bruns. Ses compositions, négociées entre 3 000 et 20 000 euros, se lisent comme autant de cadavres exquis.

Moriceau et Mrzyk
Leurs dessins rapides et drolatiques débordent bien souvent du cadre pour se projeter sur le mur, donnant lieu à des minirécits chaotiques.

Salons

Salon du dessin 2008,
Palais Brongniart, place de la Bourse, Paris, du 9 au 13 avril, www.salondudessin.com

Salon du dessin contemporain,
Saint-Augustin, 4, rue du général Foy, Paris VIIIe, tél. 01 44 07 21 87.

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