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Isidore Pils

Enfant de la patrie

L'Oeil - n° 595 - Octobre 2007

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Le tableau délicieusement académique d’Isidore Pils est l’une des œuvres phares du Musée historique de la ville de Strasbourg, qui a récemment rouvert ses portes.

C’était un événement très attendu. Après vingt ans de fermeture, le Musée historique de la ville de Strasbourg vient de rouvrir ses portes, le 30 juin dernier. Fondé en 1920, le musée occupe depuis son origine les anciennes Grandes Boucheries de la Ville, témoin spectaculaire de l’architecture strasbourgeoise du XVIe siècle, un bâtiment qui a subi depuis de très importants travaux de réhabilitation.

Une collection enrichie d’objets du quotidien
Au départ essentiellement consacrée à une vision militaire de Strasbourg redevenue française, la collection du musée s’est considérablement enrichie dans les années 1970, notamment d’éléments illustrant la vie civile et la période médiévale (plusieurs pièces sont issues des fouilles effectuées ces dernières décennies à Strasbourg à l’occasion des travaux du tramway). Ce sont ainsi près de 200 000 objets, parmi lesquels des uniformes, des livres, des œuvres d’art, du mobilier, des reliques, des plans de la ville, des portraits et des maquettes, qui retracent l’histoire de la ville où naquirent Goethe, Gustave Doré, le général Kléber, et où Gutenberg installa sa presse, faisant de Strasbourg l’une des principales capitales de l’imprimerie.
Après l’ouverture des deux premières sections du musée, qui couvrent la période allant du Moyen Âge à l’année 1800, une troisième section, dédiée à la naissance d’une métropole européenne de 1800 à nos jours, n’ouvrira qu’en 2009.

Une scénographie moderne du « dépaysement »
Ultramoderne, la scénographie du musée a été entièrement refaite par une équipe de muséographes québécois qui se sont appuyés sur une grande panoplie de médias contemporains. Ainsi, non seulement la présentation des pièces est souvent conçue comme une scène théâtrale, avec des lumières sophistiquées, des couleurs et des éclairages différents qui délimitent les espaces, mais certains objets peuvent être touchés par le visiteur, comme c’est le cas pour ce casque de combat, que l’on peut essayer.
Enfin, des bornes interactives et autres « boîtes magiques » jalonnent le parcours du visiteur. Exemple des prouesses de la mise en scène et de la restauration, le magnifique plan-relief de Strasbourg de 1727 (de onze fois 7 mètres), œuvre phare du musée, est présenté au public sous forme de spectacle audiovisuel virtuel visible depuis des gradins ou au niveau du sol.
La collection abrite tout naturellement la célèbre scène historique peinte par Isidore Pils (1813-1875), Grand Prix de Rome et spécialiste des tableaux d’Histoire. C’est en effet le maire de Strasbourg qui demanda à Rouget de Lisle, alors en garnison, de composer un hymne de guerre.

Rouget de Lisle
Poète et compositeur, il écrit en une nuit La Marseillaise
Officier français du Génie, Claude-Joseph Rouget de Lisle (1760-1836) chante pour la première fois La Marseillaise. La scène se déroule dans le salon du maire de la ville de Strasbourg, le baron de Dietrich, le 26 avril 1792. C’est à la demande de ce dernier que Rouget de l’Isle, en garnison à Strasbourg, écrit les paroles du Chant de guerre de l’armée du Rhin, rue de Grand’rue.
Quatre mois plus tard, lorsqu’il est entonné par le bataillon de Marseillais qui marche vers Paris, le chant prend le nom de La Marseillaise. Vêtu des couleurs de la République, main au cœur et regard déterminé, le personnage de Rouget de Lisle a plusieurs fois été comparé au Général Bonaparte au pont d’Arcole, dans le tableau de Jean Gros (1796, en vignette à droite). En plus d’avoir la même coiffure, la même jeunesse et le même geste enthousiaste et fédérateur, les deux hommes exaltent leur fougue, leur courage de conquérant. Ils symbolisent les valeurs patriotiques et républicaines françaises.

La famille du maire
La fille et la mère expriment le patriotisme
Subjuguée par le chant de Rouget de Lisle, la fille du maire (de face) amplifie l’émotion de la scène. Visage radieux, elle regarde le jeune officier avec admiration (amour ?) et serre un mouchoir contre ses lèvres. Accompagnant le chanteur au clavecin, la femme du maire détourne son visage du clavier pour mieux pouvoir l’admirer.
Bien que le tableau soit de style néoclassique, cette partie du tableau relève par certains aspects du baroque : surcharge du décor (les feuilles tombent, les livres jonchent le sol et le banc, le drapé couvre la surface du tabouret), et tension dramatique que ces deux femmes entretiennent. Dans un courrier adressé à son frère, Madame de Dietrich révélera que c’est le maire, et non Rouget de Lisle, qui chanta La Marseillaise : « Mon mari qui est un bon ténor a chanté le morceau qui est fort entraînant et d’une certaine originalité. C’est du Glück en mieux, plus vif et plus alerte. »

Le maire
À l’origine de la future Marseillaise
« Vous qui êtes musicien, faites-nous donc quelque beau chant pour nos soldats ! », s’écrie Philippe-Frédéric de Dietrich, le maire de Strasbourg.
Assis dans son fauteuil, le maître des lieux et maire de la ville alsacienne fronce les sourcils en écoutant attentivement le chant qu’il a demandé à Claude-Joseph Rouget de Lisle, poète et musicien à ses heures perdues, de composer la veille. Banquier avant la Révolution et savant chimiste, Philippe-Frédéric de Dietrich est devenu maire de Strasbourg de 1790 à 1792. Il était aussi très proche du marquis de La Fayette (1757-1834).
De Dietrich entre dans l’Histoire en étant représenté dans le tableau d’Isidore Pils, qui deviendra une véritable allégorie de la République, l’un des plus grands symboles de la patrie. Mais considéré par « l’incorruptible » Maximilien de Robespierre (1758-1794) comme un homme dangereux et « conspirateur de la République », le maire de Strasbourg fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire et guillotiné le 29 décembre 1793 à Paris.

Les amis du maire
Premier public du chant révolutionnaire
Tous intrigués et fascinés par le chant de Rouget de Lisle, les sept personnages dans la partie droite du tableau sont des notables, probablement des amis proches du maire de Strasbourg.
Dans son Histoire des Girondins (1847), Lamartine évoque la scène en ces termes : « De Dietrich appela quelques amis, tous passionnés comme lui pour la musique et capables d’exécuter la composition de De Lisle. […] Rouget chanta. À la première strophe les visages pâlirent, à la seconde les larmes coulèrent, aux dernières le délire de l’enthousiasme éclata. De Dietrich, sa femme, le jeune officier, se jetèrent en pleurant dans les bras les uns des autres. »

Anouchka Roggeman

Biographie

1813 Naissance d’Isidore Pils à Paris. 1838 Obtient le prix de Rome. Se spécialise dans les compositions religieuses et historiques. 1849 Il peint son plus célèbre tableau : Rouget de Lisle chantant La Marseillaise. 1854-1855 Il suit les troupes françaises en Crimée et en Orient et s’oriente vers la peinture militaire. Années 1860 Charles Garnier le choisit pour peindre le plafond du grand escalier de l’Opéra de Paris. 1875 Le peintre décède à Douarnenez.

Autour de l’exposition

Informations pratiques « Rouget de Lisle chantant la Marseillaise pour la première fois », Musée historique de la ville de Strasbourg, 2, rue du Vieux-Marché-aux-Poissons, Strasbourg (67). Ouvert tous les jours sauf le lundi de 12 h à 18 h, samedi et dimanche de 10 h à 18 h. Tarifs : 4 € et 2 €, tél. 03 88 52 50 00.

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