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Tattegrain

Peintre-reporter en Côte d’Opale

L'Oeil - n° 595 - Octobre 2007

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Bienvenue dans l’univers chargé d’embruns du peintre Francis Tattegrain (1852-1915). Rien ne distingue en apparence cet homme de haute stature, vêtu comme un marin, arpentant les dunes, les plages et les ports du littoral du Pas-de-Calais, des travailleurs de la mer à la vie alors si rude, si ce n’est son chevalet et sa boîte de peinture. Avec un scrupuleux souci de la note juste, il a su transcrire sur la toile les multiples facettes de la vie des habitants et des pêcheurs de la Côte d’Opale à la Belle Époque.
Renonçant à une carrière de magistrat – il a soutenu avec succès une thèse de droit –,  le jeune homme s’inscrit à l’académie Julian, à Paris, pour étudier la peinture. Élève doué, remarquable dessinateur, il voit s’ouvrir, les portes du Salon officiel de la capitale en 1879 grâce à l’appui de ses professeurs Jules Lefebvre et Gustave Boulanger, tous deux Prix de Rome. Il y exposera désormais tous les ans jusqu’à sa mort, le 1er janvier 1915, la palette à la main, face au beffroi d’Arras dont il venait d’entreprendre l’étude.
Peintre reconnu à son époque, Tattegrain partage son temps entre Senlis en hiver et, au printemps, Berck-sur-Mer de juillet à Noël et Paris pendant la durée du salon. Il rencontre rapidement le succès dans un genre alors de moins en moins prisé : la peinture d’Histoire. Il réalisera une dizaine de grandes toiles historiques. Mais, pour un regard contemporain, la part la plus attachante de l’œuvre de l’artiste est certainement celle où, en totale empathie avec les gens de mer, il sait saisir la tête extraordinairement expressive d’un pêcheur en pleine action ou l’humanité d’une ramasseuse d’épaves ployant sous son lourd fardeau de peu de prix.
Très attaché au monde maritime, sa principale source d’inspiration, il n’hésite pas à s’embarquer à bord des bateaux de pêche afin de croquer sur le vif les manœuvres des marins dans le feu de l’action. Toujours  soucieux  de réalisme et d’authenticité, il s’inscrit dans un mouvement important de la fin du XIXe siècle : le naturalisme (lire L’oeil n° 589). Avec un égal bonheur, Tattegrain nous fait partager la folle inquiétude des femmes de pêcheur un soir de tempête ou la sérénité résignée des pensionnaires âgés de l’asile maritime de Berck, dont les portraits  émouvants et humains ne peuvent laisser personne indifférent.

Colin Cyvoct

« Francis Tattegrain, peintre en Côte d’Opale », Musée de Berck-sur-Mer, 60, rue de l’Impératrice, Berck-sur-Mer (62), tél. 03 21 84 07 80, jusqu’au 31 décembre.

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