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La Nuit blanche à la rue ?

L'Oeil - n° 595 - Octobre 2007

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Comme chaque année et le temps d’une nuit, c’est aux arts visuels de prendre le pouls de Paris et de s’offrir à un large public encore intimidé par les lieux labellisés « art contemporain ». En cinq ans, l’événement s’est installé dans un registre bien balisé, bien réglé, réussites et spectacularisations comprises. Du moins le croyait-on. C’était sans compter sur la petite révolution à inscrire dans les annales de la Nuit blanche : pour cette édition 2007, c’est à l’art de rue qu’il revient de reprendre son terrain de jeu naturel.
Après le duo Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans, estampillé arty pointu, Paris cède donc l’essentiel de la direction artistique à Jean-Marie Songy, directeur du Festival international de théâtre de rue d’Aurillac, référence majeure du genre. Un sérieux virage dont on ne sait pas s’il annonce une inflexion pérenne.
À ceux qui s’alarmeraient de voir un registre chasser l’autre ou craindraient d’assister à une Nuit blanche confisquée par des compagnies de rue ou des spectacles de comédiens, Songy répond prudemment qu’il s’est refusé à « étirer des spectacles sur douze heures », soucieux de régler son pas sur celui de l’art contem­porain. À voir. Mobiles, itinérantes, interactives, poétiques, vivantes, les propositions favorisent malgré tout l’espace-temps et l’expérience urbaine plutôt que l’exposition à ciel ouvert comme les éditions précédentes s’y étaient parfois essayées. Et, comme pour mieux s’assurer de l’implication d’œuvres dans la ville, c’est à Jérôme Delormas, familier de la danse, des nouvelles technologies et de l’image numérique, qu’il revient de compléter la direction artistique de cette sixième édition.
Au final, la programmation affiche bien peu de plasticiens, laissant aux compagnies et structures collectives l’orientation générale de la manifestation. On attend comédiens, graphistes, designers, slameurs, parades, ici l’apparition d’un cheval mécanique, là l’installation d’un set de Vjing, la mise en flamme d’un site par la compagnie Carabosse ou la programmation concoctée par l’Expanded Cinema de Yann Beauvais sur la grande pelouse du parc de Bercy. Cheminant pour beaucoup le long de la ligne 14 du métro, des Batignolles à Tolbiac, la sélection devrait dessiner une Nuit blanche privilégiant davantage atmosphères et expériences urbaines qu’artistiques.

Manou Farine

Nuit blanche, divers lieux à Paris, samedi 6 octobre 2007, programme complet sur www.paris.fr.

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