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Subtils enchantements du Trecento

L'Oeil - n° 594 - Septembre 2007

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Le trecento est souvent présenté comme une période de transition entre le formalisme byzantin et le naturalisme de la Renaissance. Cette conception repose sur une lecture simplifiée de l’art selon laquelle la peinture depuis le bas Moyen Âge ne serait qu’une lente quête du réalisme. Et d’ailleurs, on désigne communément les peintres siennois et florentins de cette époque sous l’appellation un peu péjorative de primitifs italiens. Il y a évidemment du vrai dans cette théorie, mais c’est oublier le poids des conventions et le goût des commanditaires qui conditionnent une esthétique, disons, moins moderne que celle de la Renaissance florentine.
Simone Martini (vers 1284–1344) appartient à cette génération. Moins connu du grand public que Cimabue, Duccio (dont il fut l’élève) ou Giotto son contemporain, on l’oppose souvent à ce dernier. Alors que Giotto tend à simplifier la composition, réduire le décor et donner de la vie aux figures humaines, Martini reste attaché au symbolisme des fonds d’or et au raffinement des détails.
Les figures de la Vierge et de Gabriel dans ce qui est l’un des chefs-d’œuvre du xive siècle, L’Annonciation, aujourd’hui aux Offices de Florence, sont très caractérisées. Les corps fins et élancés décrivent de précieuses courbes, les yeux en amande et obliques, la bouche arquée et boudeuse confèrent une expression que le peintre a voulu divine. Le Siennois accorde une grande attention aux éléments du décor : draperies, vases, fleurs. C’est une peinture raffinée destinée à magnifier le religieux mais aussi séduire l’aristocratie. Elle subit en cela l’influence du gothique français.

Une thèse trop érudite
Cette monographie est d’abord un superbe livre d’images. Tout l’œuvre peint de Martini y figure, avec une qualité de reproduction exceptionnelle. Le format et la qualité du papier mettent en valeur les illustrations. Le texte, une traduction de l’italien, est cependant bien trop érudit. L’auteur rédige ici une véritable thèse universitaire avec les lourdeurs que cela entraîne. Les longues dissertations sur les dates et attributions des œuvres et les multiples gloses sur les précédents écrits sur Martini font souvent tomber l’ouvrage des mains (d’autant qu’il pèse plus de 4 kilos).
Aussi, à moins de bien connaître Martini et le trecento, il est recommandé de lire une biographie simplifiée avant de se plonger dans cette somme, en définitive passionnante. On apprécie alors cette peinture pour ce qu’elle est et non pas pour ce qu’elle annonce.

Jean-Christophe Castelain

Pierluigi Leone de Castries, Simone Martini, Actes Sud, 384 p., 120 € prix lancement.

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