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Documenta... l'anti best of quinquennal

L'Oeil - n° 594 - Septembre 2007

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Sorte d’université d’été de l’art d’aujourd’hui, Documenta 12 défend un parti pris radical, où les cartels sont aussi absents que les artistes sont peu disputés par le marché.

Plus de cinq cents œuvres et à peine quelques poids lourds à se mettre sous la dent. La Documenta 12 avait annoncé la couleur bien avant le vernissage : elle résiste. Bien peu de noms avaient été livrés au public et le propos – quoique sibyllin – prenait clairement le contre-pied des best of de l’art contemporain dont les expositions internationales se sont faites les spécialistes.
Ici, à Kassel, pas de liste qui tienne ; on cultive la philosophie de mise depuis une vingtaine d’années : un commissariat tout puissant – cette fois un brin arrogant –, une sélection prospective ouverte sur l’état du monde, un contenu lorgnant volontiers du côté du sociopolitique et la volonté affichée de s’extraire du diktat du marché.

La contre-Biennale
Pour cette fois, plus encore que pour les précédentes, les quelques noms familiers ne sont pas de nature à faire transpirer les collectionneurs ; tout juste débusque-t-on un bel assortiment de peintures blanches d’Agnès Martin ou une micro-toile de Gerhard Richter au Fridericianum.
La manifestation associe lignes oubliées des années 1960 et 1970 et sélection mondialisée – Europe de l’Est et Afrique en tête – bannissant stars et routiers du marché occidental pour un tissage vertueux réécrivant une histoire de la modernité. « Nous l’avons d’abord faite pour nous, pour les artistes et ensuite pour le public », reconnaît laconique la commissaire Ruth Noack. Au public donc de s’en débrouiller, de prendre des risques et de responsabiliser sa visite sans trop de béquilles.

Un tricotage historique
Le principe qui veut régir cette édition joue la carte des mélanges de genre et des réévaluations historiques. Le couple Buergel/Noack donne un coup de projecteur historicisé sur une scène mondiale en passe d’être homogène et s’essaie à montrer comment migrent les formes d’une époque l’autre. En poussant l’affaire dans ses retranchements, l’histoire de l’art pourrait se lire comme une succession d’équivalences.
Au gré des bâtiments, le visiteur trouve calligraphies persanes du XVIe, miniatures indiennes, l’Angelus Novus de Klee, un Manet et une bonne poignée d’icônes conceptuelles reléguées par l’histoire ou tenantes d’un art concret mal connu, jusqu’aux plus fraîches installations imaginées in situ.

Au rythme des récurrences
Si la mise en scène peu rigoureuse peine à débroussailler les registres, c’est pourtant bien le parti pris du panachage qui donne toute sa saveur à l’édition 2007. À commencer par le jeu des récurrences qui lui donnent forme. Comme de légers fils rouges, le parcours est séquencé par une poignée d’artistes dispersés dans les bâtiments et alentours.
Lee Lozano, Agnès Martin (1912-2004) hantent les lieux, au même titre que le minimaliste américain McCracken, spécialiste des volumes élémentaires carrossés dont on découvre dans l’Aue Pavillon d’étonnantes œuvres de jeunesse d’obédience ésotérique. Au rayon des récurrences, se succèdent encore dessins et dispositifs de la chorégraphe Trisha Brown parmi lesquels celui qui suspend ses danseurs à des vêtements fixés à mi-hauteur sur un praticable de grosses cordes, ou la subtile activiste américaine Martha Rosler, trop rarement montrée et bien sûr les provocations picturales tristement formatées par Juan Davila.

Du constat au symbole
Pour beaucoup et quelle que soit la provenance géographique, la partition se joue sur l’interprétation du monde. Matière première pessimiste, ce monde-là pose peu de questions esthétiques mais suscite nombre de constats enregistrés sur différents modes : documentaire, à l’image de George Osodi dont les clichés rendent compte des crimes écologiques perpétrés par les multinationales pétrolières sur la côte nigérienne.
Autre registre sollicité, celui du symbole ; Ai Wei wei assemble une tour-totem à partir de portes et fenêtres glanées sur les ruines des vieux bâtiments (mais qu’une tempête a fait s’effondrer dès les premiers jours) dont les autorités chinoises se débarrassent massivement, tandis que Romuald Hazoumé opte pour le jerrican comme matériau de construction et qu’Abdoulaye Konate encolle drapeau israélien et keffieh palestinien.
Sida, écologie, conflits, discriminations, tout y est ou presque. Sans doute est-ce là que l’exercice atteint ses limites : témoigner de la brutalité du monde n’assurant ni solution formelle ni contenu, nombre d’œuvres confinent à la démonstration littérale ou au simple enregistrement.
Reste dans cet exigeant fatras quelques redécouvertes ou découvertes, à l’image de la belle proposition de Gerwald Rockenschaub, toute de carrés monochromes feuilletés posés au sol en écho aux tapis qui émaillent le parcours. Reste l’activation – d’abord effacée par le service de voirie de Kassel ! –  d’une performance de Lotty Rosenfeld déplaçant le marquage blanc au sol en un geste aussi minimal que frondeur. Reste encore l’installation mélancolique et combative de Zoe Leonard dont les trois cents clichés organisent une chaîne d’images de boutiques, marchés, bars et bazars cueillis dans quelques zones déqualifiées. Tout se contamine, chaque pièce doit être lue par le prisme d’une autre, semble dire cette Documenta.
Pas de nationalités sur les cartels, pas d’explications non plus. Une Documenta qui voudrait une déambulation aussi vierge que possible, quitte à abandonner le visiteur à ses perplexités.

Manou Farine

Autour de l’exposition

Informations pratiques Documenta 12, jusqu’au 23  septembre 2007. Commissaires : Roger Buergel et Ruth Noack. Documenta et musée Fridericianum Veranstaltungd-GmbH, Friedrichsplatz 18, Kassel. Ouvert tous les jours de 10 h à 20  h. Tarifs : 18 € et 12 €. Tél. 00 49 561 70 72 70, www.documenta.de La brochure pliante gratuite distribuée à l’entrée des sites est indispensable pour s’orienter. Elle offre aussi le grand mérite de lister les artistes par site.

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