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« Incorrègible » Jean-Jacques Henner

L'Oeil - n° 594 - Septembre 2007

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Si les symbolistes ont vu dans la peinture de cet Alsacien un antidote au naturalisme dominant, Henner a été fasciné sa vie durant par les peintres de la Renaissance italienne, notamment par Le Corrège.

Maupassant, moqueur devant l’une des nymphes évanescentes montrées au Salon de 1886, persifle : « Je ne suis pas curieux, mais je voudrais bien savoir où M. Henner a rencontré la baigneuse, le bois et l’étang qu’il nous rapporte tous les ans, comme pour nous dire : “Hein ! Vous n’en avez jamais vu comme ça !” Non, Monsieur Henner, jamais, jamais, jamais ! Et pourtant nous en avons vu, mais pas comme ça. » Et le critique Octave Mirbeau d’enfoncer le clou l’année suivante, en ironisant sur « l’éternelle corrégienne de M. Henner, désolée au bord de la même fuligineuse mare (…) ».

La peinture plus que le sujet
La critique est acerbe, mais fréquente à mesure que le peintre alsacien connaît le succès et exhibe ses distinctions officielles au revers de son veston. Elles seront obtenues sans relâche de 1873 à 1903 avec la même régularité qu’Henner expose au Salon de la Société des artistes, le plus conservateur d’entre tous.
D’autant qu’après de brèves tentations novatrices d’obédience naturaliste, le peintre se détache de la représentation réaliste des corps et opte à partir de 1872 pour une manière quasi inflexible : trait souple, longues chevelures rousses, nus solitaires et chairs pâles, fondues dans un paysage à peine esquissé ou étendues sur un fond noir d’encre. Qu’il emprunte à la mythologie ou à la peinture religieuse, qu’il décrive Andromède, le Christ, Madeleine ou saint Sébastien, Henner se soucie moins de sujet que de peinture et use d’un même modelé délicat et vaporeux. Une texture picturale tendre et atmosphérique due pour beaucoup à sa fine culture muséale.

Les emprunts faits au Corrège
Henner fréquente incessamment le Louvre, et sa formation de peintre passe par l’exercice de la copie. Il connaît les maîtres italiens, Le Caravage, Raphaël, mais surtout Vinci et Le Corrège (1489-1534) qu’il étudie intensément lors de son séjour à la villa Médicis au seuil des années 1860.
Au contact de ces peintures, le jeune Henner éclaircit sa palette et emprunte bien vite au Corrège son usage du clair-obscur et la technique du sfumato, cet effet vaporeux obtenu par superposition subtile de couches de peinture. Ainsi La Dormeuse (1893) d’Henner exhibe-t-elle une chair laiteuse sans contours ni dessin, une chair lumineuse flottant sur un fond ténébreux. Quelques années plus tôt, La Source (1881) fondait déjà « l’éternelle corrégienne » raillée par Mirbeau, nue et blanche, lissant sa chevelure rousse, dans un paysage sombre privé de détails. Comme inachevé. Des contrastes et un aspect vaporeux qui doivent autant au sfumato de Vinci et Corrège qu’aux gracieux clairs-obscurs du néo-classique Prud’hon (1758-1823) qu’Henner tenait pour décisif.
Figures solitaires plutôt que compositions, corps idéalisés, mythes, scènes religieuses ou pastorales rejouées dans des décors inspirés de son Alsace natale, le peintre aura bâti un archétype aussi académique que personnel et obstiné. Un parcours mondain mais solitaire.

Manou Farine

Autour de l’exposition

Informations pratiques « Face à l’impressionnisme, Jean-Jacques Henner : le dernier des romantiques », jusqu’au 13 janvier 2008. Commissaire : R. Rapetti. Musée de la Vie romantique, Hôtel Scheffer-Renan, 16, rue Chaptal, Paris IXe. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 h à 18 h. Tarifs : 7 € et 5,50 €. Tél. 01 55 31 95 67.

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