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J.-J. Henner

Fragrances d’une époque révolue

L'Oeil - n° 594 - Septembre 2007

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En attendant sa réouverture, le musée Henner a prêté une partie de ses collections au musée de la Vie romantique pour une courte monographie. Une immersion dans l’éclectisme de la fin du XIXe.

Habitué à voir les œuvres exposées dans de grandes salles impersonnelles, on en oublie le contexte dans lequel elles ont été créées. Le mérite principal de cette petite rétrospective Jean-Jacques Henner (1829-1905) au charmant musée de la Vie romantique est justement d’évoquer l’esprit et l’ambiance de la seconde moitié du XIXe.
Les quatre salles du parcours sont aux antipodes du traditionnel « White Cube ». Papier peint cramoisi au mur, boiseries, mobilier d’époque, plantes vertes, accrochage presque bord à bord, le tout plonge le visiteur dans l’intimité éclectique et un peu étouffante de la IIIe République. C’est pour ce type de lieu que les tableaux de Henner étaient conçus et son atelier devait ressembler à quelque chose de ce genre.

Des taches blanches sur des fonds sombres
On comprend mieux alors ce qui distingue la démarche des peintres impressionnistes, contemporains d’Henner, de celle des peintres académiques. Peignant en plein air, les premiers s’intéressaient d’abord aux paysages et à la lumière naturelle. Point de paysage chez Henner, « ce serait déchoir » pour un peintre de figures. Le seul paysage présent à l’exposition, une forêt alsacienne baignant dans une inquiétante pénombre, aurait retenu l’intérêt du peintre, selon les conservateurs, en raison du crime qui y aurait été commis !
Une tache blanche sur un fond sombre : c’est l’impression générale qui se dégage des toiles. Plus précisément des corps nus sur un paysage obscur à peine esquissé. En digne représentant des artistes « officiels » (prix de Rome, membre de l’Institut), Henner peint des chairs humaines. Surtout celles de jeunes et jolies rousses. Conscient de son peu de talent pour composer des scènes historiques à plusieurs personnages, il limite son pinceau à la figure unique.
Le parcours plus ou moins chronologique permet de suivre l’évolution de son style. Entre son prix de Rome (1858) et La Liseuse (1880-1890), les contours s’estompent, un brouillard envahit la toile et dissout les formes, le clair-obscur s’impose. Quelques portraits et d’intéressants dessins préparatoires, dont l’aspect non fini séduit l’œil contemporain, ponctuent l’exposition. Il faudra attendre la réouverture en 2008 du musée qui lui est consacré, pour avoir une vue d’ensemble d’un peintre au croisement de plusieurs influences.

Jean-Christophe Castelain

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