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La vision éblouie de Vieira da Silva

L'Oeil - n° 594 - Septembre 2007

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Le jour même du vernissage de l’exposition rétrospective que lui consacre le centre culturel Calouste Gulbenkian à Paris, elle serait entrée dans sa centième année. Mais Maria Elena Vieira da Silva, née à Lisbonne en 1908, est décédée il y a quinze ans. Figure singulière de la seconde école de Paris, elle avait fait de la France sa patrie d’élection et participé à sa façon à l’élaboration d’une esthétique qui se moquait pas mal du débat entre figuration et abstraction.
Arrivée à Paris à l’âge de vingt ans, elle s’essaie à la sculpture chez Bourdelle, suit l’enseignement de Fernand Léger et de Roger Bissière. Mariée au peintre hongrois Arpad Szenes, exilée au Brésil pendant la guerre, Vieira da Silva y fait la connaissance de Torres-Garcia. Le style géométrique de ce
dernier et son langage symbolique inspireront l’artiste pour élaborer une mythologie très personnelle.
Après toutes sortes de jeux de Lignes (1936), d’images de Désastres (1942) et d’écritures entrelacées de Tisserands (1936-1948), Vieira da Silva trouvera la marque d’un style en d’étonnantes
perspectives contrariées. Elle invente un nouvel espace pictural, fait de grilles et de percées qui ne cessent de jouer de la lumière et de l’ombre, de paysages urbains structurés et de pertes de vue.
Ses peintures des années 1950-1960 revendiquent une liberté formelle qui joue d’écart entre effusion et retenue, rigueur construite et débordement visuel. L’artiste qui inscrivait sur ses tableaux des réseaux de lignes enchevêtrées, évocateurs de lieux où l’on se perd, les définissait elle-même comme étant avant tout une organisation soumise aux recherches de structure et de profondeur.
Au fil du temps, l’art de Vieira da Silva gagne une troublante « blancheur aux griffures de grisaille », comme l’écrira le critique d’art Raoul-Jean Moulin. C’est que sa peinture qui se fait de plus en plus immatérielle offre du monde une vision éblouie, quasi aveuglante. Comme si le peintre cherchait à se débarrasser de tout ce qui pouvait parasiter la quête de quelque chose d’essentiel, voire d’existentiel. Peut-être Vieira da Silva avait-elle atteint cette Voie de la sagesse, titre de l’un de ses tout derniers tableaux ?

Philippe Piguet

« Vieira da Silva - œuvres de la fondation Arpad, Szenes-Vieira da Silva et de la fondation Calouste Gulbenkian, Lisbonne », centre culturel Calouste Gulbenkian, 51, avenue d’Iéna, Paris XVIe, tél. 01 53 23 93 93, www.gulbenkian-paris.org, jusqu’au 28 septembre 2007.

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