Tourcoing (59)

La chimie du peintre

Le Fresnoy jusqu’au 7 mai 2017

Par Stéphanie Lemoine · L'ŒIL

Le 13 avril 2017 - 330 mots

À l’explication scientifique des phénomènes naturels, Hicham Berrada, Edith Dekyndt, Melissa Dubbin & Aaron S. Davidson substituent au Fresnoy une «Â poétique des sciences ».

Son objet : fonder les métamorphoses de la matière sur un jeu savant avec les lois de la nature, transmuer la connaissance des processus chimiques en expérience esthétique. À l’entrée de l’exposition, une installation d’Hicham Berrada annonce la couleur – et surtout la méthode – d’une brillante métaphore : quatre-vingt-dix cubes en acier agencés font une palette du tableau périodique de Mendeleïev, et désignent le fer, le nickel, le cuivre ou le cobalt comme matières premières de l’artiste. De fait, chez le jeune homme, les propriétés des métaux ouvrent vers l’élaboration de tableaux « vivants », traversés de nuées et de turbulences, et voués à évoluer tout au long de l’exposition. L’expérience scientifique se confond alors avec la performance artistique : dans la série des Présages, Berrada performe et saisit au moyen de caméras en très haute définition un fascinant processus de morphogenèse où l’absence d’échelle et les conditions de l’expérience (densité du milieu, variations du pH…) tournent à la réinvention démiurgique de la peinture de paysage. Même procédé à l’œuvre dans les toiles et photographies de Melissa Dubbin & Aaron S. Davidson : grâce à la corrosion, l’impression de fossiles, la mise en visibilité de phénomènes acoustiques, elles livrent une empreinte du monde où se mêlent géologie, histoire et anthropologie. Chez Edith Dekyndt, il s’agit moins d’orchestrer des métamorphoses que de révéler l’invisible. Dans L’Ennemi du peintre (2010-2011), l’artiste belge déploie sur un bon tiers de la nef une installation synesthésique qui croise Hildegarde de Bingen, les Cathares ou la science-fiction et brode, textes, images et animations sonores à l’appui, autour des capacités mélodiques de la fleur de lys. Variation sur le thème de la nature morte, l’œuvre dévoile l’un des traits propres à la « poétique des sciences » orchestrée au Fresnoy. À savoir : sa capacité à puiser dans la démarche scientifique les clés d’une relation renouvelée à l’univers des formes, qui tourne forcément à la réinvention des genres picturaux…

« Poétique des sciences »

Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains, 22, rue du Fresnoy, Tourcoing (59), www.lefresnoy.net

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°701 du 1 mai 2017, avec le titre suivant : La chimie du peintre

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