Foire & Salon

Tendance : Le grand retour de l’art moderne à la Fiac

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 24 septembre 2015 - 819 mots

PARIS

Dans un marché de l’art de plus en plus ébranlé par la crise, l’art moderne redevient la valeur la plus sûre auprès des collectionneurs… et de la Fiac, qui s’appuie sur son histoire et sa géographie pour hisser les voiles !

Elle a beau se prévaloir du qualificatif de « contemporain », la Fiac – « Foire internationale de l’art contemporain » – n’a jamais pour autant négligé l’art moderne. Loin de là. Seule l’habitude d’employer l’acronyme de Fiac pour la désigner nous a fait oublier qu’en réalité elle a de tout temps jeté son dévolu sur l’art du XXe siècle, toutes périodes confondues. S’il fut même une époque, au début, où l’on pouvait y voir des œuvres de la toute fin du XIXe, c’est une simple question de temporalité. Ce qui était contemporain à sa création en 1974 commence aussi à passer pour moderne.

Une forte présence du surréalisme
Le cru 2015 marque notamment un regain d’intérêt pour toute une production d’après la Première Guerre mondiale jusqu’à l’avènement du postmodernisme au tournant des années 1970. Il y va d’ailleurs de la volonté appuyée des organisateurs qui, réaffirmant les points forts de l’identité de la foire, soulignent sa « vocation généraliste qui permet de proposer un panorama équilibré de l’art moderne et contemporain ». À parcourir les allées du Grand Palais, le visiteur ne manquera pas d’observer la présence de « nombreuses galeries spécialisées en art moderne » et l’amateur averti de constater qu’elle est renforcée par l’arrivée de nouvelles, ainsi de Landau Fine Art de Montréal et Elvira González de Madrid. L’art moderne bénéficie aussi de la présentation de certains ensembles, tel le one-man-show de Maurice Estève à la Galerie Applicat-Prazan, voire ici et là de quelques purs chefs-d’œuvre comme une Étude pour “La Grande Parade” de Fernand Léger (1953), chez Landau Fine Art.

Toutefois, un œil exercé relèvera très vite la forte représentation du surréalisme : ainsi des œuvres festives de Joan Miró (Landau Fine Art, Ubu Gallery, Guillermo de Osma), celles oniriques d’Yves Tanguy (Galerie Scheidecker et Ubu Gallery), un frottage de Max Ernst aux allures de bateau vapeur (Galerie 1900-2000), une étrange peinture d’Óscar Domínguez (Guillermo de Osma) ou bien un puissant buste ensablé d’André Masson (Galerie Bucher). Encore faut-il ajouter les troublantes photographies qu’Hans Bellmer a faites en jouant de sa fameuse poupée désarticulée (Natalie Seroussi, Scheidecker, Ubu), une Tête qui regarde de Giacometti, simplifiée à l’extrême (Jeanne Bucher), ou un étonnant trompe-l’œil géométrique de Roberto Matta (Sophie Scheidecker). Anticipant le surréalisme de quelques années, on trouve par ailleurs deux œuvres sur papier de style Dada, l’une de Suzanne Duchamp, Usine de mes pensées, l’autre de son mari Jean Crotti, Poésie sentimentale, qui sont de purs joyaux (Natalie Seroussi).

À la frontière du postmodernisme
Si l’amateur de la période des années 1910 se régalera à découvrir certaines pièces singulières de Sonia Delaunay (Guillermo de Osma), de Marcel Duchamp (Galerie 1900-2000) ou d’Alberto Magnelli (Landau Fine Art), ceux qui affectionnent un art moderne plus avancé dans le temps – celui d’après la Seconde Guerre mondiale – ne seront pas en reste. Ils y trouveront entre autres : Calder avec ses mobiles et ses stabiles (Peter Freeman Inc., Van de Weghe, Natalie Seroussi, Nahmad) ; Jean-Paul Riopelle (Zlotowski) et sa peinture gestuelle de la fin des années 1940 ; Jean Dubuffet (Jeanne Bucher), Manolo Millares (Guillermo de Osma) et Jean Fautrier (Zlotowski) en puissants représentants du matiérisme ; ou bien encore Lucio Fontana et ses Concetti spaziali (Tornabuoni), et Fausto Melotti, ce magnifique artiste italien mal connu, préfigurateur d’une forme d’art pauvre (Natalie Seroussi).
Enfin, versant art moderne à la frontière du postmodernisme, la curiosité devrait encore conduire l’amateur à découvrir la peinture du Suisse Jürg Kreienbühl, décédé en 2007 à l’âge de 75 ans. Sa série intitulée Décharge de 1952 (Gabrielle Maubrie) – il n’a que 20 ans – prélude à une œuvre puissante, riche en matière, dont l’iconographie du quotidien, de l’urbain et de l’objet relève d’une vision pionnière de notre société, entre constat et procès, ordre et chaos, qui mérite d’y porter un regard appuyé.

À voir absolumentcette tête de Lehmbruck
Caractéristique de l’art de ce sculpteur allemand, qui a séjourné à Paris entre 1910 et 1914 et y a fréquenté Archipenko et Brancusi, ce buste qui conjugue tradition du sujet et modernité du traitement présente un cou et un visage exagérément allongés. C’est la marque du style de cet artiste dont les figures portent les stigmates de la mélancolie et de l’abattement de l’être humain [Galerie Michael Werner].

À voir absolument Carnaval de Louis Soutter
Une vie intense, en proie à des difficultés existentielles d’une rare violence ; une œuvre marginale, toute entière brute d’images, sans autre intention que décliner une vision intérieure : tel est l’art de cet artiste suisse dont les figures, même carnavalesques, souvent métaphores d’une nouvelle apocalypse, émergent dans la matière inextricable de la peinture [Galerie Karsten Greve].

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°683 du 1 octobre 2015, avec le titre suivant : Tendance : Le grand retour de l’art moderne à la Fiac

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