Un souverain à la pointe de son temps

L'ŒIL

Le 1 juillet 2006 - 500 mots

Parmi d’autres trésors de la fin du Moyen Âge, l’exposition révèle des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie transylvaine et de rares peintures, notamment trois portraits de Sigismond.

Après une évocation des années qui précèdent le début de la carrière politique de Sigismond – une Couronne (1350-1370) au décor alterné de rubis et d’émeraudes montre notamment la qualité de l’orfèvrerie de cour à l’ère des Anjous de Hongrie –, l’exposition du Musée national d’art et d’histoire de Luxembourg brille par deux ensembles d’œuvres exceptionnelles : l’orfèvrerie et la peinture.
L’une des pièces les plus spectaculaires est sans doute la Grande coupe de corne du roi Sigismond, produite autour de 1400 et destinée à l’art de la table dans les festins royaux. Cette coupe ornée de l’aigle impérial (dont le pendant est conservé au trésor d’Esztergom) aurait été offerte à Sigismond par l’ordre Teutonique, qui entretenait d’excellentes relations avec le souverain. Le calice offert à la cathédrale de Gyulafehérvár par l’artiste Benedek Suki représente l’un des plus luxueux exemples de l’orfèvrerie gothique de Hongrie. D’une grande finesse, l’objet réunit trois sortes d’émaux, offrant une synthèse des différentes techniques d’orfèvrerie pratiquées à l’époque.

Pisanello, Albrecht Dürer, Jan Van Eyck réunis à Luxembourg
Côté peinture, le parcours réunit des œuvres rares, dont l’unique portrait de Sigismond de Luxembourg encore existant peint de son vivant, dans les années 1420. Le visage allongé, les tonalités douces et harmonieuses, la barbe et la moustache, les cheveux longs, la toque de fourrure rendent le souverain identifiable. En revanche, l’attribution de ce tableau reste incertaine.
L’œuvre est manifeste de l’évolution de l’art du portrait initiée dès le xive siècle, lorsque les traits des portraiturés commencent à prendre le pas sur le rang, le statut du personnage.
L’autre portrait important présenté dans l’exposition est celui de Pisanello (musée du Louvre), une œuvre graphique au trait précis et fin, réalisée en 1431-1433. L’artiste a vraisemblablement pu rencontrer Sigismond à Ferrare ou à Mantoue à ce moment-là. L’homme est de profil, arborant l’emblème de l’ordre du Dragon sur sa poitrine. Enfin, une troisième œuvre à l’effigie de l’empereur est attribuée à Albrecht Dürer, commandée par le conseil municipal de Nuremberg et peinte autour de 1514.
Parmi les peintures importantes réunies pour illustrer le contexte artistique de l’époque de Sigismond, un Portement de Croix, copie réalisée vers 1530 d’après un tableau disparu (1420-1425) du maître des Heures de Turin (peut-être de la main de Jan Van Eyck), est remarquable. Tout comme le Retable de la crucifixion de Thomas de Coloswar, datant de 1427, que Sigismond n’a probablement jamais pu voir. Ce triptyque, à l’iconographie complexe, destiné à l’église de Garamszentbenedek, fut commandé par maître Nicolas, clerc de la cour du roi Sigismond.

Autour de l’exposition

Informations pratiques « Sigismond roi et empereur » se tient jusqu’au 15 octobre 2006 au Musée national d’art et d’histoire de Luxembourg. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 h à 17 h, le mardi jusqu’à 22 h. Tarifs 6 €/3 €. Musée national d’art et d’histoire, place du Marché-aux-Poissons, Luxembourg, www.mnha.public.lu

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°582 du 1 juillet 2006, avec le titre suivant : Un souverain à la pointe de son temps

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