Bastien-Lepage

La troisième voie

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 1 août 2007 - 404 mots

Transfuge du système académique, Jules Bastien-Lepage est l’un des pionniers du « juste milieu », entre la tradition picturale et le renouveau naturaliste. Sa carrière fut aussi brève que glorieuse.

«Un météore dans le renouveau de la peinture française. » Dominique Lobstein, le commissaire de l’exposition d’Orsay, est enthousiaste. Et, de fait, la carrière de Jules Bastien-Lepage a une allure
solaire. Entre le Salon de 1878 où il expose Les Foins, qui lui assurent la célébrité, et son décès (des suites d’un cancer) en 1884 en pleine gloire, sa trajectoire ne dure que six ans.

Avec Les Foins, le peintre obtient la Légion d’honneur
Il y a un avant et un après Les Foins. Avant, c’est le parcours classique d’un artiste de la République. Il naît en 1848 à Damvillers, son père est agriculteur.
Bachelier et boursier, il monte à Paris et réussit le concours d’entrée des Beaux-Arts. Formé dans l’atelier de Cabanel, c’est un pur produit du système académique. Il expose au Salon dès 1870 et récolte quatre ans plus tard sa première médaille avec en prime un achat de l’État. Élève doué, il ne l’est cependant pas assez pour achever sa conquête du Graal, le Prix de Rome, qu’il tente deux fois. Déçu, il retourne dans sa Meuse natale, décide de tourner le dos à la tradition et travaille sur Les Foins.Le succès de cette scène paysanne est tel qu’il lui vaut la Légion d’honneur l’année suivante. Succès officiel mais aussi reconnaissance du côté du courant indépendant.

Portraits de bourgeois et tableaux d’enfants
Zola le remarque et l’intègre dans le renouveau naturaliste de la peinture française qu’il appelle de ses vœux, côtoyant Manet et les impressionnistes. Bastien-Lepage se situe entre les deux écoles. Mais dès qu’il s’écarte de l’orthodoxie réaliste, en représentant par exemple une apparition surnaturelle dans son envoi de 1880 (Jeanne d’Arc, absent de l’exposition), Zola le fustige.
Pour autant, Bastien-Lepage ne se réduit pas aux Foins. Une grande partie de sa production est constituée de portraits qui lui ont assuré de confortables revenus grâce à ses introductions au sein de la bourgeoisie commerçante.
Une autre partie est constituée par des tableaux d’enfants dont les titres (Pauvre Fauvette, Le Petit Colporteur endormi) annoncent le contenu. Une production qui date principalement de son séjour londonien : des commandes de marchands. Ce qui fait dire à Dominique Lobstein que si Bastien-Lepage n’était pas mort à trente-six ans, cette peinture nourricière l’aurait peut-être emporté.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°589 du 1 mars 2007, avec le titre suivant : Bastien-Lepage

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