Sociétés de contrôle

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 31 juillet 2007 - 246 mots

Qui surveille qui et comment ? La question est et fut largement examinée par les artistes jusqu’à l’usure, empruntant aussi bien à Deleuze, à Foucault, aux réseaux Internet qu’à la vidéosurveillance ou à la mise en scène (science)-fictionnelle de Big Brother. La jeune galerie 13 Sévigné en fait un prétexte plastique et prend le modeste parti d’un réel anticipé, façonné par l’ultrasurveillance. Ainsi les toiles polissonnes de Todd Narbey optent-elles pour une contamination des deux parties : jeunes femmes dénudées offertes ou abandonnées à leurs plaisirs solitaires, version érotisme japonais, sous l’œil froid de satellites. Ou comment la surexposition de l’intime pourrait contre-attaquer
face au flux croissant des dispositifs de surveillance.
Mais c’est à Gilles Cenazandotti que revient le registre proprement fictionnel. Habilleur de vitrines, graphiste, photographe, illustrateur, designer sobre, ludique et inventif repéré par de grandes enseignes comme par Jean Paul Gaultier ou Starck, ce touche-à-tout gourmand prolonge ici ses expérimentations en libérant de drôles de sculptures à potentielle valeur d’usage. Entre maquettes et micro-organismes en attente de couleur, ces objets laiteux en néoprène pourraient bien figurer des modèles urbains autonomes et mobiles, ici, et, pourquoi pas, comme une extension extraterrestre. Conçues comme des corps de réseaux et de connexions, ces structures promises à la vie par un système de « clonage de la nature » formulent alors comme une hypothèse de paysage halluciné.

« Global privacy », galerie 13 Sévigné, 13, rue de Sévigné, Paris IVe, tél. 01 42 74 32 61, jusqu’au 28 avril.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°590 du 1 avril 2007, avec le titre suivant : Sociétés de contrôle

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