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Metteurs en scène de l’entre-deux

L'Oeil - n° 593 - Juillet - août 2007

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Un an après la rétrospective de l’Américaine Cindy Sherman, le Jeu de Paume invite deux autres dignes représentants de la photographie mise en scène : les très Français Pierre et Gilles.

En 1976, à l’inauguration d’une boutique Kenzo, Pierre, photographe, né en 1950 à La Roche-sur-Yon, rencontre Gilles, plasticien, né trois ans plus tard au Havre. Pour les deux hommes, c’est le début d’une vraie histoire d’amour ; pour les deux artistes, le commencement d’une aventure qui dure depuis plus de trente ans et que le Jeu de Paume prend plaisir à retracer aujourd’hui.

Décors de Prisunic
Pierre et Gilles. Pour beaucoup, il s’agit d’abord d’une signature, d’un style immuable, d’une recette qui n’a jamais changé les ingrédients de son succès : de beaux modèles, souvent masculins, ou des people mis en scène dans des décors « léchés » mais de carton-pâte – de Prisunic dit Paul Ardenne –, pour un rendu assurément kitsch.
Kitsch ! Le mot s’impose. Pierre et Gilles réalisent en effet une œuvre colorée, immédiatement lisible, si « facile » qu’elle en devient suspecte. Pourtant, à mieux y regarder, leurs tableaux vivants ne sont pas de ceux qui se livrent d’emblée aux premiers spectateurs venus. Volontiers populaire, puisant ici dans la série B (Les Pistolets), là dans l’imagerie religieuse commerciale (La Madone au cœur blessé), ailleurs dans la plus grande trivialité (Vive la France), le résultat final s’avère trop efficace pour le lire au seul premier degré.
C’est que Pierre et Gilles cultivent un art de l’entre-deux. Ni tout à fait réelles ni vraiment factices, leurs images se situent aux frontières du précieux et du ridicule, du consensus et de la provocation. Surtout, ils se placent à la lisière de la photographie et de la peinture !
En cela, ils s’inscrivent dans ce pan de l’histoire de la photo qui, de Rejlander (1813-1875) à Jeff Wall (né en 1946), en passant par le pictorialisme au tournant du xixe siècle, s’attache à raconter des histoires comme en peinture. L’Autoportrait en noyé d’Hippolyte Bayard (1840), première œuvre de fiction narrative, marque les prémices de l’art « pierre et gillien ». Le Premier Négatif de Rejlander (1857), détournement humoristique du récit par Pline l’Ancien de l’invention des beaux-arts, annonce leur goût pour les sujets traditionnels. Ici, comme chez Bayard, décor, acteurs, accessoires… tout est mis en scène en vue de servir la narration.
« Ce n’est pas par la peinture que la photographie touche à l’art, a écrit Roland Barthes, c’est par le théâtre. » Dans le cas de Pierre et Gilles, c’est par l’union des trois disciplines.

Fabien Simode

Autour de l’exposition

Informations pratiques « Pierre et Gilles, double je », jusqu’au 23 septembre 2007. Commissariat : Elena Geuna. Jeu de Paume, site Concorde, 1, place de la Concorde, Paris VIIIe. Métro : Concorde. Ouvert du mercredi au vendredi de 12 h à 19 h, les samedis et dimanches de 10 h à 19 h, le mardi de 12 h à 21 h. Tarifs : 6 € et 3 €. Tél. 01 47 03 12 50, www.jeudepaume.org

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