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Les musées à l’heure du consumérisme

L'Oeil - n° 593 - Juillet - août 2007

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La concurrence entre les loisirs culturels est devenue telle que les musées doivent aujourd’hui adapter l’environnement de la visite des collections aux exigences légitimes de leurs « clients ».

La visite d’un musée est le plus exigeant de tous les loisirs cultu­rels. Les familles privilégieront le plus souvent une séance de cinéma à un circuit au milieu des tableaux. Raison de plus pour les musées, d’améliorer l’accueil, « l’emballage », pour convaincre les rebelles. Même si ce n’est pas encore le Club Med, beaucoup a été fait dans ce domaine au cours des 15 dernières années. Voici les services minimums que les visiteurs sont aujourd’hui en droit d’attendre.

Les nouveaux standards d’accueil
Les conditions générales d’accueil se rapprochent lentement de celles du commerce. Si la plupart des grands musées sont ouverts entre midi et deux heures (excepté le musée d’Orléans, pourtant classé premier), seuls 38 musées organisent au moins une nocturne (jusqu’à 20 heures) par mois. La palme étant décernée au Centre Pompidou ouvert jusqu’à 22 heures, tous les jours, sauf le mardi. Pourtant le succès croissant de la Nuit des musées devrait inciter les directeurs à multiplier les nocturnes et à s’adapter ainsi aux horaires des actifs.
Une fois entré dans le musée, encore faut-il que les salles d’exposition soient ouvertes. La contrainte n’est évidemment pas la même pour Clermont-Ferrand et ses 3 400 m2 de surface d’exposition que pour le Louvre et ses 68 000 m2. Le premier peut ainsi ouvrir toutes ses salles alors que le second affiche un taux moyen d’ouverture de 90 %. Un désagrément qu’il compense par une information régulière sur son site Internet.
L’accès aux visiteurs à mobilité réduite progresse lentement : 52 % des musées ouvrent aujourd’hui plus de 70 % de leurs salles aux handicapés. Ils étaient 48 % en 2006. Ce service est devenu une obligation naturelle pour figurer dans le haut du classement. Tout comme la présence d’une librairie ou d’une cafétéria, deux prestations quasi imposées pour toute institution qui veut agrémenter le séjour de ses visiteurs. Leur nécessité est d’autant plus grande que le musée est plus ou moins éloigné du centre-ville commerçant.
Reste cependant un indicateur que notre enquête a du mal à mesurer : la convi­vialité des lieux. À l’exemple de la Piscine de Roubaix (20e du classement Accueil) qui offre à ses visiteurs une atmosphère familiale et décontractée, où le restaurant chaleureux voisine avec les collections, où la déambulation offre des surprises architecturales. Bien loin de la froideur des nouveaux musées d’Art contemporain qui, tel celui de Saint-Étienne (195e au classement), construits sur le concept du White Cube, c’est-à-dire des grands volumes dépouillés et des murs blancs, ont recréé des temples désincarnés.

Expliquer, commenter, raconter
Mais plus encore que le confort des lieux, les visiteurs ont une immense attente d’explication. Ce que les techniciens de la culture appellent la médiation. On ne répétera jamais assez dans ces colonnes que la plus minimaliste et conceptuelle des œuvres peut fasciner le regardeur, pour autant qu’on la lui commente ou, mieux encore, qu’on la lui raconte. Fiches explicatives et plans de visite gratuits sont un minimum pour figurer dans le Top 20. Mais cela reste insuffisant surtout lorsque les textes sont hermétiques. Les visites guidées restent à ce jour la meilleure façon d’entrer dans une œuvre.
Le musée des Beaux-Arts de Rouen (8e) fait d’une pierre deux coups. Un dimanche par mois, il organise des visites « à deux voix », un circuit pour les parents et un autre pour les enfants. En semaine, à l’heure de la pause déjeuner, il programme des parcours parmi les collections permanentes.
Étonnamment, seuls 16 % des musées proposent des audioguides. Un chiffre qui montre bien à quel point la pédagogie muséale a des progrès à faire. À ce rythme-là, on ne voit pas quand on verra (ou entendra) les premiers podcasts. Le téléchargement sur Internet des visites guidées audio serait pourtant un service très apprécié.
En attendant, retour aux vieilles techniques. Par exemple, les conférences, pour peu que le musée dispose d’un auditorium (ils sont 35 % dans ce cas). Le musée des Beaux-Arts d’Orléans bat en la matière tous les records avec 250 conférences par an, loin devant Orsay (105) ou les Abattoirs (140), le musée d’Art contemporain de Toulouse.

Il faut com-mu-ni-quer !
La qualité de l’accueil, c’est aussi informer le public local sur les événements du musée, les expositions temporaires, les nouveaux accrochages. Informer, c’est donner envie. Plus la communication est forte et festive, plus elle signale que « ça bouge » au musée et plus elle donne envie d’y aller. Songeons aux succès publics que sont les Journées du patrimoine, la Nuit des musées, ou les Nuits blanches, maintenant bien installées dans le calendrier annuel.
Les chiffres sont éloquents : 21 % seulement des musées éditent une lettre électronique, 29 % produisent une brochure programme et 50 % disposent d’un site Internet le plus souvent squelettique. Car trop souvent ces derniers sont rattachés au site de la ville, qui les réduit à une fiche signalétique. À côté des mastodontes qui ont parfaitement intégré la fonction communication (le Quai Branly en est un exemple), de trop nombreux musées ont encore une vision archaïque de la promotion, qui ne suppose pas nécessairement de gros moyens.
Et puisque l’on parle argent, il est opportun de rappeler que le client consommateur est à la recherche du meilleur rapport qualité-prix. Or le tarif médian est à 3,50 euros, bien moins cher qu’une place de cinéma. À cela s’ajoute les multiples gratuités, qu’elles soient totales (les musées de la Ville de Paris) ou partielles, pour les jeunes de moins de 18 ans par exemple (Rouen, Clermont-Ferrand). Les musées sont aussi les moins chers des loisirs culturels. Ceci explique peut-être cela.

Jean-Christophe Castelain

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