Vols

Les rhinocéros suscitent la convoitise

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 13 décembre 2011 - 605 mots

Corne brute de l’animal naturalisé ou corne sculptée, l’attribut du rhinocéros est l’objet de nombreux vols perpétrés récemment dans plusieurs musées et maisons de ventes en France et en Europe. Appâté par une cote très élevée, un gang organisé alimente le marché asiatique sur lequel la corne, une fois broyée, est prisée pour ses vertus dites « thérapeutiques ».

PARIS - Le 6 décembre dans la journée, deux individus ont neutralisé à l’aide de gaz paralysant les agents de surveillance du Musée de la chasse et de la nature, à Paris. Puis ils ont filé au premier étage pour arracher la corne d’un trophée de rhinocéros blanc qui avait été capturé en Afrique du Sud dans les années 1980, avant de disparaître dans la voiture d’un troisième comparse qui les attendait à l’extérieur. Ce n’est pas le premier scénario du genre en France et dans toute l’Europe, où les vols de cornes de rhinocéros se sont multipliés dans les musées ces derniers mois. Selon le service des Musées de France, des vols similaires ont eu lieu au Muséum d’histoire naturelle de Rouen (Seine-Maritime) en mars 2011 ; dans celui de Blois (Loir-et-Cher) et au Musée africain de l’île d’Aix (Charente-Maritime) en juillet 2011. Une tentative a échoué au Muséum d’histoire naturelle de Bourges (Cher). Certaines institutions remplacent les vraies cornes par des factices, tel le Museum d’histoire naturelle de Tring, dans le sud de l’Angleterre, dont deux copies de cornes ont été dérobées fin août, ou encore l’Institut de paléontologie humaine, à Paris, qui a substitué l’authentique corne de son rhinocéros laineux préhistorique par une fausse. Par précaution, le zoo de Thoiry (Yvelines) a mis sous haute surveillance ses trois rhinocéros blancs, de peur que des braconniers ne les tuent pour s’emparer de leur attribut.

Si les cornes de rhinocéros font l’objet d’un tel trafic, c’est que leur prix a littéralement explosé en Asie, où il atteint 50 000 euros le kilo. La poudre de corne de rhinocéros est utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise pour ses légendaires vertus thérapeutiques et aphrodisiaques, voire d’immortalité. En réalité, consommer de la corne revient à se manger les ongles. Pire, les cornes de trophées peuvent être toxiques une fois broyées, à cause des composants chimiques contenus dans les traitements et vernis pour leur conservation muséale.

Le gang des Irlandais
Le gang qui sévit implique des « gens du voyage irlandais », selon l’OCBC (Office central de lutte contre le trafic des biens culturels), qui enquête sur les vols dans les musées, mais aussi dans les salles de vente publique, ce qui est nouveau. Le 5 décembre, la maison Piasa exposait dans ses locaux du 5, rue Drouot, à 100 mètres de l’hôtel des ventes, les lots de sa vente d’art d’Asie du 13 décembre à Drouot. Deux hommes munis de gants demandent à examiner une coupe libatoire, richement sculptée dans une corne de rhinocéros du XVIIe-XVIIIe siècle. À l’aide d’une bombe lacrymogène, ils asphyxient la personne qui garde les vitrines, puis prennent la poudre d’escampette. La corne sculptée d’un poids de 400 grammes était estimée 50 000 euros. Mais son prix aurait pu s’envoler au-delà de cette évaluation tant ces objets, lorsqu’ils sont anciens et authentiques, sont prisés des collectionneurs chinois. Bien que sa valeur artistique dépasse largement celle de son poids en poudre, la corne sculptée volée chez Piasa est malheureusement destinée à être broyée comme les cornes brutes. Car les malfaiteurs ne sont pas des trafiquants d’art. Idem pour une corne sculptée de la même époque, estimée 15 000 euros, emportée par le même gang des Irlandais, le 26 novembre chez le commissaire-priseur Rémy Fournié à Toulouse.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°359 du 16 décembre 2011, avec le titre suivant : Les rhinocéros suscitent la convoitise

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