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Un entretien inédit avec Bernard Kouchner sur la diplomatie culturelle

Le Journal des Arts - n° 335 - 19 novembre 2010

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Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes, a été l’artisan de la réforme de la diplomatie culturelle française - Il revient sur la création de l’Institut français.

Une grande réforme de la diplomatie culturelle était annoncée. Elle est finalement de moindre envergure. Quels ont été les principaux blocages à ce projet ?
Je ne sais pas quelle réforme vous souhaitiez… La réforme que j’ai réalisée est la plus importante jamais engagée dans ce domaine par notre pays. Elle créera en janvier une grande agence publique chargée de promouvoir notre culture, nos idées, nos savoirs. Pour lui servir de relais à l’étranger, nos services de coopération d’ambassade et nos centres culturels seront fusionnés en un établissement unique. Un même nom, « Institut français », sera donné à cette agence à Paris et à sa centaine de relais à l’étranger. Notre pays disposera donc de la marque qui, à l’heure de la mondialisation, faisait tant défaut à sa diplomatie publique.
Il n’y a pas eu de blocage mais beaucoup de conservatisme d’un côté et de radicalisme excessif de l’autre. J’ai fait une réforme politique. Le sujet important, humainement, socialement, était celui du statut de nos représentations culturelles à l’étranger, sur lequel nous avons décidé de prendre le temps d’expérimenter afin de trouver la bonne solution. Nous ferons un bilan dans trois ans. Je le souligne, je parle de 8 000 agents. Pour eux et pour leur famille, la préoccupation était essentielle. Ce n’est pas le sujet qui intéresse les artistes et intellectuels français, encore moins nos partenaires étrangers ! Que leur importe de savoir si les centres que pilote l’Institut français sont ou non juridiquement distincts de celui-ci ! L’important est que la France ait su fédérer le dispositif jusqu’ici très dispersé qui servait à promouvoir sa culture, qu’elle se soit enfin dotée d’un instrument moderne, permettant à notre pays d’avancer dans le monde de façon plus visible, plus cohérente. Les enjeux de cette réforme sont essentiels. Une bataille des idées, des images, des savoirs, se joue à l’échelle mondiale. On ne peut se reposer sur nos acquis. Nous devons avoir une attitude résolument volontariste. Je suis fier d’avoir contribué à cette prise de conscience et doté notre pays des moyens de répondre à ce défi.

Pourquoi les ambassadeurs n’ont-ils pas cédé leur mainmise culturelle alors que très peu d’entre eux mettent en place une politique cohérente dans ce domaine ?
Il n’y a pas de « mainmise culturelle ». Le rôle de l’ambassadeur est de mettre en œuvre la politique étrangère de la France dans son pays de résidence, en veillant à la cohérence des actions publiques françaises. L’action culturelle extérieure fait partie, au même titre que la coopération économique ou militaire, de ces actions que doit coordonner et soutenir le chef de mission diplomatique. Il n’est pas envisageable, vu les enjeux, qu’il s’en désintéresse. Il doit s’en occuper comme nous en France, dans le respect de la liberté des artistes et de l’autonomie de la sphère culturelle.

Quelles sont les avancées concrètes de la réforme ?
La première avancée, c’est un dispositif plus visible et plus lisible. Notre dispositif était devenu très complexe. On s’y perdait. Les choses seront beaucoup plus simples avec une entrée unique à Paris et à l’étranger pour notre diplomatie culturelle. La deuxième nouveauté tient aux missions de l’Institut français. Ce sont des missions élargies. L’agence reprend les compétences de l’association CulturesFrance en faisant la promotion de nos artistes et de nos contenus culturels. Mais elle doit aussi diffuser la langue française, promouvoir nos savoirs, faire en sorte que la France soit plus présente dans les grands débats qui agitent le monde. Ensuite, elle est chargée de former les personnels qui concourent à la politique culturelle extérieure de la France, de contribuer à la professionnalisation de notre politique. La troisième nouveauté est relative au statut de l’agence. Son statut d’établissement public industriel et commercial offre une plus grande souplesse de gestion et permet d’évoluer dans un contexte concurrentiel. Enfin, autre avancée, l’agence associe de façon plus forte tous ceux qui concourent à notre politique culturelle extérieure, en particulier le ministère de la Culture, les grands établissements culturels, les collectivités territoriales, les représentants des industries culturelles, de l’audiovisuel, des cultures numériques. Tous auront leur place dans les organes de gouvernance de l’agence. C’est ce qui lui donnera sa légitimité. Et puis, c’est très important, un partenariat nouveau est établi avec le réseau associatif des Alliances françaises, qui complète et prolonge celui de l’Institut français. J’ai signé une convention qui prévoit notamment un logo et des projets communs pour un réseau public-privé comptant près de mille implantations à travers le monde.

Quels seront les moyens financiers disponibles quand ceux-ci ne cessent de baisser ?
De baisser ? Je suis heureux, dans un contexte marqué par de fortes réductions budgétaires, d’avoir préservé l’essentiel des crédits d’action culturelle et d’avoir augmenté les financements consacrés à la réforme. J’ai ainsi obtenu le maintien d’une « rallonge » de crédits de 20 millions additionnels pour le prochain triennum 2011-2013, ce qui équivaut depuis 2009 à 100 millions d’euros de plus sur cinq ans. Les financements que mon ministère attribuera au futur Institut français passeront d’environ 23 à 37 millions d’euros. On ne peut donc pas parler de baisse, mais d’un effort significatif.

Quels devraient être les grands axes stratégiques de la politique culturelle française à l’étranger ?
Nous poursuivons simultanément cinq grands objectifs stratégiques. Le premier est d’accroître la part qu’occupent les créations françaises sur les scènes artistiques et sur le marché des industries culturelles à l’étranger. Le deuxième objectif concerne les médias : nous devons renforcer la présence française dans le paysage audiovisuel mondial et sur Internet. La langue française et sa promotion, en particulier dans les espaces éducatifs étrangers et dans les institutions internationales, reste évidemment un autre objectif majeur de notre diplomatie culturelle. Il doit continuer de nous mobiliser. Le débat d’idées, l’influence de nos intellectuels et de nos chercheurs sont tout aussi importants pour notre rayonnement. Enfin, je tiens à ce que la France reste engagée dans l’aide au développement culturel des pays du Sud et dans la promotion des échanges entre cultures.

Faut-il cibler seulement quelques pays ?
La diplomatie française a une double ambition. Elle se reconnaît une vocation universelle. C’est pourquoi elle a construit le plus grand réseau culturel du monde. Présent dans 160 pays, ce réseau compte plus de 140 centres culturels, près de 900 Alliances françaises dont 460 sont soutenues par le ministère. C’est aussi le formidable réseau des lycées français. En même temps, notre diplomatie culturelle doit s’adapter à la diversité des régions du monde et définir pour chacune d’elles des priorités claires. C’est ce que nous faisons pour les quatre grandes catégories de pays dans lesquels nous voulons renforcer notre présence : l’Europe, où nous devons asseoir notre influence ; les pays du G20, qui jouent un rôle prescripteur dans tous les domaines ; la Méditerranée, où se joue pour une grande part la stabilité mondiale ; l’Afrique et les pays francophones en développement, auxquels nous attachent des liens de solidarité et où se joue l’avenir à long terme de notre langue.

Quels ont été les facteurs qui ont contribué à la nomination de Xavier Darcos, qui n’est pas un familier du secteur culturel ?
Je suis très heureux que Xavier Darcos ait accepté de prendre la direction de l’Institut français. Xavier Darcos n’est pas seulement une figure politique nationale, connaissant parfaitement les rouages de l’État et de la vie publique. C’est aussi un homme de savoir et de culture, auteur de nombreux ouvrages. Sa stature intellectuelle vient d’être reconnue par son élection comme secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques. Il a donc toutes les compétences et qualités pour mener à bien cette réforme dont notre pays a tant besoin.

Roxana Azimi & Philippe Régnier

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Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères. © Photo : F. de La Mure/MAEE.

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