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Préserver avant tout

Le Journal des Arts - n° 328 - 25 juin 2010

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Sécurité, gestion des inventaires, restauration des œuvres…, autant de sujets de fond qui doivent redevenir prioritaires pour les musées aujourd’hui.

La sécurité des œuvres des musées a fait un retour brutal dans l’actualité avec le vol spectaculaire, le 20 mai, de cinq chefs-d’œuvre au Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Passé le premier moment de consternation, personne dans le milieu des musées n’en a été véritablement surpris. Mais le sujet est tellement tabou, pour des questions à la fois de responsabilité et de sécurité des œuvres, que personne ne souhaite le commenter ouvertement. Or chacun sait que, dans le cas de nombreux établissements, la sécurité est souvent négligée, comme l’a confirmé un rapport de l’inspection de la Ville de Paris daté de 2007, dont plusieurs extraits ont été largement publiés dans la presse. 

Coûteux en matériel mais aussi en moyens humains, ce poste de dépense a parfois été le laissé-pour-compte. « Il faut bien comprendre que cet investissement représente beaucoup d’argent et s’avère peu rentable s’il ne se passe rien », confesse un chef d’établissement, qui reconnaît que les élus sont parfois difficiles à convaincre sur cette question. Car si le risque zéro n’existe pas, un plan de sécurité efficace doit combiner plusieurs éléments : vidéosurveillance ; alarme sur les œuvres ; gardiennage mais aussi mise en sécurité des entrées ; rationalisation du parcours de visite et contrôle du flux des visiteurs. Il doit aussi comprendre un volet de sécurité incendie. Cela alors que la multiplication de l’offre à l’intérieur de l’enceinte des musées (commerces, ateliers, conférences) a créé une porosité parfois difficile à maîtriser. Or, dans le cadre de la restriction des coûts et de la compression des personnels, les missions de gardiennage – qui sont pourtant loin d’être les postes les plus coûteux de la fonction publique – sont de plus en plus souvent confiées à des sociétés de gardiennage privées. Ce qui entraîne inévitablement une multiplicité des acteurs, donc des personnes susceptibles d’être informées de la défaillance de tel ou tel système de protection. L’enquête en cours au Musée d’art moderne de la Ville de Paris révèle ainsi que les auteurs du vol avaient une parfaite connaissance des failles de la surveillance du musée. Un directeur d’établissement se réjouit de son privilège : « Nous avons de la chance, notre système d’alarme est directement relié au commissariat de la ville, alors qu’en général il l’est vers des sociétés privées de surveillance. » Contribuer à la protection du patrimoine ne semble donc pas une priorité du ministère de l’Intérieur. Il y aurait pourtant là un levier important à activer. Question de choix politique. 

Sueurs froides
Car si la sécurité est l’affaire de professionnels, les conservateurs reconnaissent volontiers que cette culture n’est pas toujours conciliable avec celle du musée. « Il nous est difficile d’envisager de fouiller les visiteurs car nous sommes déjà contents d’en avoir ! », ironise l’un d’entre eux. Les chiffres de notre palmarès lui donnent raison : avec une médiane de 70 visiteurs par jour, la plupart des musées français demeurent encore largement sous-fréquentés. Dans d’autres, la course au chiffre et à l’événementiel peut se révéler difficile à assortir d’un strict principe de précaution. Un chef d’établissement ne cache pas avoir des sueurs froides, tous les ans, à l’occasion de la « Nuit des musées », un événement lancé par le ministère de la Culture pour renouveler les publics. « On nous demande d’ouvrir notre musée mais sans moyens supplémentaires pour en assurer la sécurité. Or c’est un vrai défi d’ouvrir la nuit. » De même la mesure de gratuité, qui permet d’entrer comme dans un moulin dans certains musées situés en zone très touristique, éveille-t-elle de craintes. Un autre phénomène suscite également l’inquiétude : l’externalisation, faute de place, des réserves des musées, laquelle se fait souvent vers des zones périphériques, dans des bâtiments où la présence physique est limitée. D’où une discrétion de rigueur dans la divulgation des adresses de ces annexes des musées…

Une autre question se pose : les conservateurs sont-ils suffisamment formés à ces questions ? Plusieurs d’entre eux avouent ne pas s’être vraiment souciés du sujet avant de devenir chef d’établissement. Tous savent, en revanche, qu’apporter des gages en la matière est indispensable pour obtenir des prêts lors de l’organisation d’expositions temporaires. Des précisions sur le plan de sécurité du musée – qui influe aussi sur le montant des primes d’assurance – sont en effet exigées par les prêteurs. La direction des Musées de France (DMF) a longtemps proposé son assistance aux musées sur ce sujet, dépêchant des inspecteurs pour mener à bien des audits. Expertises mais aussi publication de fiches en ligne et de documents techniques ou formation des personnels sont souvent des aides précieuses pour les responsables de musées de collectivités, sur des sujets où l’administration territoriale se révèle peu compétente. L’affaiblissement de la DMF dans le cadre de la réforme du ministère de la Culture suscite là aussi de fortes inquiétudes.

Inventaires peu informatisés 
Mais si ces vols spectaculaires sont une préoccupation légitime, certaines disparitions, notamment dans les réserves, ont parfois pour simple cause la négligence. Le travail de la commission de récolement des dépôts d’œuvres d’art (CRDOA) l’a mis en lumière, ce qui donne l’occasion de rappeler l’importance de la prévention par un travail constant mené sur les collections : inventorier, numériser, marquer les œuvres et les récoler, c’est-à-dire vérifier leur présence physique mais aussi leur état de conservation. Sur ce point, notre étude menée auprès des musées de France souligne une statistique inquiétante : la faible informatisation des inventaires, seuls 70 % des musées interrogés ayant répondu par la positive à cette question. 

Si la pratique du récolement semble aujourd’hui généralisée – la date médiane se situe en 2007 –, elle pourrait ne pas avoir eu d’impact notable sur l’amélioration de l’état sanitaire des œuvres. En très légère hausse, la somme globale consacrée par les musées à la restauration de leurs collections s’élève à 15 millions d’euros, alors que les dépenses pour l’organisation des expositions temporaires ont explosé pour atteindre 70 millions d’euros. En période de raréfaction des subsides, la priorité devrait être accordée à la préservation des collections, quitte à mener un travail plus ingrat et moins visible en termes de communication. La transmission de ce patrimoine aux générations futures en dépend.

Sophie Flouquet

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