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Italie

François Pinault ne fait pas l’unanimité à Venise

La nomination de Martin Bethenod à la tête du Palazzo Grassi et de la Punta della Dogana intervient alors que la gestion des deux sites vénitiens de François Pinault est critiquée

Le Journal des Arts - n° 327 - 11 Juin 2010

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Des voix s’élèvent en Italie pour critiquer la gestion par François Pinault de ses deux lieux vénitiens, le Palazzo Grassi et la Punta della Dogana. Sur fond de crise économique, l’ambitieux programme d’expositions des deux sites historiques a été revu à la baisse, pour ne plus favoriser que la collection personnelle de l’entrepreneur.

VENISE - Martin Bethenod, commissaire général de la FIAC, vient d’être nommé par François Pinault à la tête de ses deux espaces vénitiens, après le départ surprise de Monique Veaute (lire le JdA no 325, 14 mai 2010, p. 6). Martin Bethenod nous a confié qu’il travaillerait «à temps plein pour le Palazzo Grassi et la Punta della Dogana», avec une parenthèse pour organiser la Nuit blanche à Paris le 2 octobre. Cette nomination n’est pas encore assurée d’apaiser les critiques émises à Venise à l’endroit de Pinault et de sa gestion des deux sites historiques. Le malaise n’a fait que grandir depuis que Monique Veaute a révélé les raisons de son départ : la décision de François Pinault de ne pas poursuivre son programme d’expositions temporaires.

Les talents de médiateur de Martin Bethenod sont soulignés dans le communiqué annonçant sa nomination : «[Il sera] l’interlocuteur attentif et dynamique de la ville de Venise, des institutions vénitiennes et italiennes.» Bethenod a déclaré qu’il débuterait «en rencontrant et en écoutant tout le monde». Le projet actuel de François Pinault est d’exposer, dans les deux espaces, les œuvres de sa collection personnelle d’art contemporain, modifiant l’accrochage tous les deux ans en phase avec la Biennale de Venise. La dernière exposition, «Mapping the Studio», qui a ouvert ses portes en juin 2009 dans les deux lieux à l’occasion de l’inauguration de la Punta della Dogana, doit se tenir jusqu’en juin 2011. Inauguré en 2006, le Palazzo Grassi avait, à l’origine, une programmation ambitieuse. Pour l’exposition «Rome et les Barbares», le commissaire et directeur du lieu à l’époque, Jean-Jacques Aillagon, avait bénéficié d’un budget proche de cinq millions d’euros.

D’autres expositions historiques devaient suivre, sur les relations entre la chrétienté et l’islam, le Nouveau Monde, les relations Orient-Occident, l’Afrique et l’Océanie. Pinault s’est entretenu sur ce changement de programmation il y a quelques semaines avec le comité scientifique de la Punta della Dogana, où siègent Marino Folin, l’ancien doyen de la faculté d’architecture de l’université de Venise, les critiques d’art Carlos Basualdo et Angela Vettese, l’historien d’art Giuseppe Barbieri, et le directeur de la Fondation des musées municipaux de Venise, Giandomenico Romanelli. Seul absent, Achille Bonito Oliva avait tenu le rôle d’arbitre entre François Pinault et le Guggenheim en 2007, alors que les deux acteurs convoitaient la Punta della Dogana.

Difficultés financières
François Pinault s’est porté acquéreur de son premier espace à Venise en 2005, en achetant au conseil municipal de Venise 80 % du bail de quatre-vingt-dix ans du Palazzo Grassi. Il y a ensuite organisé des expositions de manière régulière, indépendamment de sa propre collection, comme le pratiquait déjà Fiat, son prédécesseur – après la mort de son fondateur Gianni Agnelli en 2003, le constructeur italien avait revendu le bâtiment à la mairie de Venise. En 2007, François Pinault obtient la location du bâtiment délabré de la Punta della Dogana pendant trente ans, acceptant d’y exposer au moins 141 œuvres de sa collection et s’engageant à rénover les lieux à hauteur de 25 millions d’euros. Franco Miracco, l’ancien porte-parole du président sortant du gouvernement régional de la Vénétie, Giancarlo Galan, et défenseur du projet du Guggenheim, déclarait alors: «En vérité, Pinault est le propriétaire de Christie’s. Pendant la Biennale de Venise, la Dogana et le Palazzo Grassi sont d’extraordinaires vitrines pour les œuvres de sa collection. Mais ces bâtiments ne sont pas des maisons de ventes aux enchères, et tout ceci n’est pas dans les intérêts de la ville

Vittorio Sgarbi, commissaire du pavillon italien pour la prochaine biennale, est également très critique, surtout envers la ville : «Venise a raté une opportunité en décidant de ne pas utiliser le Palazzo Grassi pour accueillir la collection Terruzzi [de tableaux vénitiens du XVIIIe siècle appartenant à l’entrepreneur génois Angelo Guido Terruzzi], laquelle a été rejetée en faveur de la collection Pinault. Sa complémentarité avec le Museo del Settecento à la Ca’Rezzonico, de l’autre côté du grand canal, aurait été extraordinaire ; et Pinault aurait pu avoir l’espace de la Dogana. Mais tout a été confié à Pinault». Le maire, Massimo Cacciari, a qualifié ces critiques d’«aberrantes». Il a d’ailleurs nommé François Pinault citoyen d’honneur de la ville et salué les restaurations effectuées.

Les raisons de ce ralentissement de la programmation sont sans doute financières. En 2009, les comptes du Palazzo Grassi ont accusé une perte de 1,7 million d’euros, contre 3,6 millions d’euros en 2008 et 6 millions en 2007 ; des déficits réduits grâce à la baisse du rythme des expositions. François Pinault et le comité scientifique de la Punta della Dogana ont désormais l’intention de lancer de nouvelles activités. D’après Marino Folin, «mise à part les rencontres liées à l’accrochage de la collection, il y aura également une série de “matches de boxe” entre personnalités du monde de l’art, de l’architecture et de la philosophie. Dès septembre, nous aimerions aussi commencer à organiser des nuits blanches dans les musées de la ville avec des visites guidées.» Et créer un prix Pinault pour récompenser un artiste émergent.

Harris Gareth & Tantucci Enrico

Légende photo

François Pinault et Massimo Cacciari, maire de Venise - D.R.

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