Espagne

Accord signé pour le sauvetage de la cathédrale de Burgos

Après des années de polémique, l’État et la région se sont entendus

Le Journal des Arts

Le 1 juin 1994 - 571 mots

Après que l’Unesco eut menacé de rayer la cathédrale de la liste du Patrimoine culturel mondial, l’État et la région s’entendent enfin sur leur rôle respectif dans sa restauration.

BURGOS - Après des années de polémiques stériles opposant l’État et la région, le 9 avril, un plan d’intervention d’urgence a enfin été signé, par le ministère de la Culture, la Junta de Castilla y León et le Cabildo Catedralicio, propriétaire du monument. Le coût de la restauration cesse ainsi de peser sur le seul ministère qui, depuis 1975, y a consacré l’équivalent de 140 millions de francs. Plusieurs éléments ont forcé la décision : l’état très préoccupant de l’édifice, le débat national sur l’emploi des fonds publics en matière de conservation du patrimoine, lancé à la suite de l’incendie du Théâtre lyrique du Liceu, et la menace de voir l’Unesco retirer à la cathédrale son inscription au patrimoine de l’humanité.

Établir des priorités financières et techniques
Les trois signataires se sont réparti la tâche et ont immédiatement commencé les travaux. La première intervention porte sur les deux flèches ajourées hautes de 25 m, rendues instables par les vibrations externes et qui constituent donc un danger. Construites au XVe siècle par Juan de Colonia, elles montrèrent des signes de détérioration dès 1692. Les 150 millions de pesetas (6 millions et demi de francs) nécessaires à leur remise en état seront fournis par le ministère, pour la tour nord, et par la région, pour la tour sud, la plus endommagée. Le ministère financera la restauration de la dentelle de pierre, dont le coût est estimé à 15 millions de pesetas, soit 620 000 francs, tandis que les autorités régionales veilleront à régler le problème des infiltrations d’eau dans le cloître inférieur et à remettre en état les bas-reliefs de l’abside de Felipe de Vigarny, chaque opération coûtant environ 12 millions de pesetas (500 000 francs). Le Cabildo Catedralicio finance de son côté la réfection des vitraux créés par Arnao de Flandres au XVIe siècle et "étudie l’éventuelle restauration d’un intéressant ensemble de tableaux de l’école hispano-flamande", souligne son président, Ramón del Hoyo.

La collaboration de l’État et de la région se traduira aussi par la rédaction d’un plan directeur qui définira les problèmes, établira les priorités et coordonnera les interventions. Une commission de spécialistes, dirigée par les architectes Dionisio Hernández Gil et Pío García Escudero, est chargée d’effectuer une étude archéologique, historique, architecturale et géologique, de la structure et du sous-sol de l’édifice, ainsi que de la carrière d’où proviennent les pierres, afin de trouver une solution à la maladie de la pierre qui ronge la façade de ce fleuron du gothique espagnol. D’autre part, le département de géologie de l’université d’Oviedo étudie, depuis deux ans, les incidences de la pollution sonore et atmosphérique, des variations thermiques, des vibrations dues à la circulation et du passage de milliers de visiteurs. Bilan : seules des zones circonscrites sont touchées. La situation s’avère grave mais pas irréversible.

Un certain optimisme semble donc de mise, d’autant plus que des initiatives privées et publiques s’efforcent de réunir un capital d’un milliard de pesetas (41,5 millions de francs) dont les intérêts couvriraient les dépenses liées à la conservation du monument. La signature de l’accord a été suivie d’un concert donné par l’orchestre du Théâtre du Liceu de Barcelone, dont les recettes se sont élevées à plus de 200 millions de pesetas, près de 9 millions de francs... Très encourageant.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°4 du 1 juin 1994, avec le titre suivant : Accord signé pour le sauvetage de la cathédrale de Burgos

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