Aller directement au contenu
Logo accueil

Accueil > Le Journal des Arts > Archives > Des majoliques disparues d’un musée allemand durant la guerre ont été vendues aux enchères en Allemagne

Les enchères de la honte

Des majoliques disparues d’un musée allemand durant la guerre ont été vendues aux enchères en Allemagne

En toute discrétion

Le Journal des Arts - n° 325 - 14 Mai 2010

Pour agrandir ou diminuer le texte, utilisez la molette de votre souris + appuyer sur la touche Ctrl de votre clavier Envoyer à un ami Imprimer Twitter Google Plus Partagez sur facebook

Trois majoliques italiennes de la Renaissance d’un musée allemand, disparues durant la Seconde Guerre mondiale, ont été vendues aux enchères le 17 avril à Quedlinbourg, en Allemagne. L’origine de ces pièces, cédées en dessous du prix du marché, était pourtant connue des spécialistes. Un véritable scandale.

QUEDLINBOURG (ALLEMAGNE) - Estimées à des prix ridiculement bas au regard de leur valeur, trois majoliques italiennes de la Renaissance ont été offertes discrètement aux enchères par la petite maison de ventes allemande Breitschuh, le 17 avril à Quedlinbourg, ville de Basse-Saxe. L’information de leur vente s’est néanmoins répandue comme une traînée de poudre auprès d’amateurs européens de céramiques et d’objets d’art de la Renaissance.

Leur provenance, qui n’était pourtant pas signalée au catalogue de vente, était un secret de polichinelle : ces trois pièces font partie d’un ensemble de majoliques disparu à la fin de la dernière guerre mondiale du Musée Herzog Anton Ulrich, à Brunswick en Basse-Saxe. Dans l’appendice du catalogue de la collection de majoliques du musée, rédigé par Johanna Lessmann et publié en 1979, il est expliqué qu’entre 1939 et 1945, le musée a stocké des majoliques à Boernecke, dans le Harz. Le contenu de trois caisses, soit 39 pièces, a depuis disparu.

Ces pièces sont recensées en fin de catalogue, avec descriptifs détaillés et photos en noir et blanc. Certaines d’entre elles, très précieuses, sont signées de Francesco Xanto Avelli, le plus grand peintre sur céramique de la Renaissance après Nicola da Urbino qui a été son maître. Ainsi estimé 5 000 euros, un grand plat représentant une scène de la bataille de Marathon, daté au dos 1537 et signé FXR pour Francesco Xanto Avelli da Rovigo, a été emporté pour 257 500 euros par un acheteur au téléphone, contre une vingtaine d’autres personnes également en ligne. L’acquéreur serait un antiquaire européen. Selon des spécialistes, le vrai prix du plat avoisinerait le million d’euros.

Rappelons qu’un autre grand plat du même artiste, daté de 1530 et décoré d’une allégorie du sac de Rome de 1527, est parti à 481 250 livres sterling (532 000 euros), le 8 décembre 2009 à Londres chez Sotheby’s, alors qu’il était brisé en deux et recollé. Pourquoi le plat vendu en Allemagne n’a-t-il pas fait un plus gros prix ? Pour débourser une importante somme aux enchères, il est courant que des professionnels s’associent pour un achat en commun. Il est possible que, connaissant l’origine de la pièce, les marchands n’aient pas été fiers de faire équipe.

Quant à la maison de ventes, elle savait ce qu’elle vendait puisqu’elle a précisé, avant la vente, à des enchérisseurs qui s’inquiétaient de la légalité d’un tel achat, que la loi allemande était de leur côté. En d’autres termes, il y aurait une prescription acquisitive, au-delà d’un certain délai, pour des biens meubles issus de collections publiques en Allemagne.

Les deux autres lots vendus à Quedlinbourg sont un petit plat de Francesco Xanto Avelli, cassé et recollé, représentant Hercule tuant l’hydre de Lerne, et un petit plat de Pesaro daté de 1576 du Maître de la lettre S, adjugés 36 800 et 14 700 euros, au-dessous des prix du marché, vraisemblablement à des marchands. Le musée de Brunswick n’a été informé qu’après coup de la dispersion d’une partie de sa collection dérobée. « Tout cela est très embêtant pour la réputation du marché de l’art », indique un antiquaire qui n’a pas voulu se porter acquéreur des pièces pour une question d’éthique.

Armelle Malvoisin

Légende photo

Francesco Xanto Avelli da Rovigo, Grand plat représentant une scène de la bataille de Marathon, 1537, majolique à décor polychrome, diamètre : 46,5 cm, estimé 5 000 euros, adjugé 257 500 euros le 17 avril 2010 à Quedlinbourg, par la maison de ventes Breitschuh.

EN SAVOIR PLUS
L'oeil : abonnez-vousAbonnez-vous au Journal des Arts
Toutes les Unes de L'oeil :

2016 -  2015 -  2014 -  2013 -  2012 -  2011 -  2010 -  2009 -  2008 -  2007 -  2006 -  2005 -  2004 -  2003 -  2002 -  2001 -  2000 -  1999 -  1998

Toutes les Unes du Journal des Arts :

2016 -  2015 -  2014 -  2013 -  2012 -  2011 -  2010 -  2009 -  2008 -  2007 -  2006 -  2005 -  2004 -  2003 -  2002 -  2001 -  2000 -  1999 -  1998 -  1997 -  1996 -  1995 -  1994
MOTEUR DE RECHERCHE
Retrouvez les archives du Journal des Arts (depuis 1994),
de L’œil (depuis 1998) et du JournaldesArts.fr (depuis 2008)
Revue :
Mots dans le titre :
Mots dans l'article :
Auteur :
Date de parution du :
au :
RECHERCHER UN ARTICLE
Mot-clef :
RECHERCHER UNE EXPOSITION
Mot-clef :
Ville :
SONDAGE

Etes-vous favorable à ce que des salles de musées portent le nom de donateurs de manière permanente ?

Oui
Non
Sans opinion

Paris by Night
Annuaire du monde de l'art
Palmares des musees 2016
Artindex France