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Patrimoine biblique

Des manuscrits très politiques

Le Journal des Arts - n° 325 - 14 Mai 2010

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La Bibliothèque nationale de France consacre une exposition aux manuscrits de la mer Morte. Une première en France.

PARIS - L’histoire tient du roman sur fond de troubles politiques. En 1947, des Bédouins découvrent, dans une grotte située à proximité du site de Qumrân, en Cisjordanie sur les bords de la mer Morte, une jarre contenant trois manuscrits qui semblent très anciens. Un intermédiaire, le brocanteur Kando, leur permet de les vendre au métropolite de l’Église syriaque orthodoxe, Mar Athanase Samuel, qui va tenter de spéculer sur l’affaire. D’autres manuscrits sont ensuite rapidement exhumés des grottes voisines et alimentent le marché.

Échaudés par un précédent de faux – l’affaire Shapira, du nom d’un libraire russe installé à Jérusalem qui, en 1884, avait tenté de vendre des manuscrits considérés comme ayant été artificiellement vieillis au British Museum (il s’était ensuite suicidé) –, les savants israéliens se montrent dubitatifs. Ils pensent d’abord à des textes byzantins jusqu’à ce que l’universitaire Eleazar Sukenik identifie une écriture hébraïque très ancienne. Une course contre la montre s’engage alors pour racheter les textes. Mais le contexte politique contrarie les projets des protagonistes. Le site de la découverte, situé en Cisjordanie, à une vingtaine de kilomètres de Jérusalem, passe du mandat britannique sous contrôle de la Jordanie, qui dénonce l’illégalité des fouilles des Bédouins.

C’est dans ce contexte que surviendra un rocambolesque épisode, en 1954, lorsque Mar Samuel passe une annonce dans le Wall Street Journal afin de vendre, pour 250 000 dollars, l’un des manuscrits exportés illégalement. Grâce à un prête-nom, le fils de Sukenik parvient à acheter le texte au profit d’Israël.

Dès 1949, en Cisjordanie, les fouilles archéologiques ont été organisées entre le service des antiquités de Jordanie et les Français. La règle du partage des fouilles permet au père Roland de Vaux de revendre, en 1953, à la Bibliothèque nationale de France (BNF) 377 fragments afin de pouvoir continuer à financer les fouilles de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem qu’il dirige.

D’autres découvertes sont déposées au Musée archéologique de Palestine (ou Musée Rockefeller) situé à Jérusalem-Est. Or, en 1967, lors de la guerre des Six Jours, Israël occupe le territoire, saisit les manuscrits comme prise de guerre et les transfère au Sanctuaire du livre, à l’ouest de Jérusalem, où ils sont toujours exposés. Lors des accords de 1996, les négociations concernant le patrimoine culturel et archéologique de Palestine ont été reportées sine die, laissant la question en suspens.
Le sujet étant brûlant, la BNF expose principalement des fragments issus de ses collections et n’a fait venir qu’un seul des manuscrits israéliens, le Rouleau du Temple, acquis légalement en 1967.

L’exposition préfère ainsi s’adresser aux chercheurs, en présentant pour la première fois en France ces documents. Pourquoi ces textes, dont les plus anciens datent du IIe siècle avant J.-C., ont-ils suscité un tel engouement ? « Ils ont fait gagner mille ans de connaissance de la Bible », explique Laurent Héricher, commissaire de l’exposition. Au total, les fouilles de Qumrân ont révélé quelque 900 manuscrits, retrouvés dans 11 grottes sur plus de 275 à avoir été fouillées.

La plupart des textes ont toutefois été découverts en fragments d’où un travail d’épigraphie considérable. Un quart correspond à des textes bibliques, le reste appartenant au registre de la littérature communautaire. Or, les scientifiques n’en finissent pas de s’interroger sur leur origine. Pourquoi ces textes ont-ils été cachés ? Quels liens ont existé avec le site de Khirbet Qumrân, ville inconnue dans la Bible, assimilée pour certains à Gomorrhe, et où quelque 1 200 tombes ont été exhumées ? Dans une scénographie un peu brouillonne, l’exposition tente de donner quelques éléments de compréhension sur un sujet trop longtemps resté otage d’un conflit politique, au détriment de la communauté scientifique.

Sophie Flouquet

QUMRÂN, LE SECRET DES MANUSCRITS DE LA MER MORTE, jusqu’au 11 juillet, BNF, site François-Mitterrand, Grande Galerie, quai François-Mauriac, 75013 Paris, www.bnf.fr , tlj sf lundi 10h-19h, dimanche 13h-19h. Cat. éd. BNF, 180 p. 130 ill., 29 euros, ISBN 978-2-7177-2452-3

QUMRÂN

Commissaire :Laurent Héricher, conservateur en chef au département des Manuscrits à la BNF

Scénographie : Agence [MAW], Philippe Maffre et Favio Bonucelli

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