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« Revenir à l’utopie originelle »

Le Journal des Arts - n° 324 - 30 avril 2010

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Laurent Le Bon, directeur du Centre Pompidou-Metz, retrace les origines du projet et détaille son cahier des charges. L’établissement est l’un des plus grands espaces d’expositions temporaires en France.

Directeur du Centre Pompidou-Metz, dont il a été l’ordonnateur de la préfiguration, Laurent Le Bon est conservateur du patrimoine. Après avoir été, dès 1993, en charge de la commande publique à la délégation aux Arts plastiques, il intègre le Centre Pompidou à Paris en 2000. Il a été également commissaire, au château de Versailles, de l’événement « Versailles off » ainsi que des expositions « Jeff Koons » et « Xavier Veilhan ». Il évoque ici l’élaboration et le cahier des charges du projet messin.

Ce projet est l’aboutissement d’une relance de la décentralisation par Jean-Jacques Aillagon. Comment la greffe a-t-elle pris au niveau local ?
C’était une volonté de Jean-Jacques Aillagon en tant que président du Centre Pompidou de prolonger l’aventure de la « centrale de la décentralisation », selon les propos de Michel Guy en 1975. On pourrait néanmoins remonter à la Révolution française, au moment où le Louvre a été créé : pour la première fois, une collection parisienne est devenue nationale. Tout le monde devait en profiter. Ensuite ont été créés les musées de province.
Deux siècles plus tard, le projet messin s’inscrit dans cette histoire. Au départ, il s’agit de la volonté d’une collectivité territoriale, celle de Jean-Marie Rausch à l’époque, à la fois président d’agglomération et maire de Metz. Sur ce projet, nous avons une grande continuité puisque, même avec le changement de majorité lors des récentes élections municipales, toutes les grandes décisions concernant le Centre Pompidou-Metz ont été prises à l’unanimité par la communauté d’agglomération. Avant d’être une greffe, c’est donc d’abord un souhait partagé. Plus prosaïquement, il fallait aussi un terrain – celui-ci est situé tout près de la gare –, et un budget, qui a été contenu dans une enveloppe d’environ 70 millions d’euros.
Le projet culturel devait avoir du sens dans ce contexte européen dit de la « Grande Région », au carrefour de quatre pays : Allemagne, Belgique, France et Luxembourg. Après, comme tous les mariages, il faut apprendre à se connaître. La force de cette aventure est la grande stabilité entre tous les intervenants, l’entreprise, les architectes, les collectivités territoriales et le Centre Pompidou. Les délais ont été contenus, puisque, entre le choix de la ville en 2003 et la livraison du bâtiment en 2009 puis l’inauguration en 2010, un peu plus de six ans seulement se sont écoulés.

Qui finance ce projet ?
Il faut distinguer l’investissement du fonctionnement. Pour l’investissement, le principal financeur est la communauté d’agglomération et nous avons été aidés grandement par le conseil régional de la Lorraine, le conseil général de la Moselle, la Ville de Metz, et, dans une moindre mesure, par l’État et les fonds européens, c’est-à-dire le Feder. En fonctionnement, l’on retrouve à peu près le même tour de table dans l’établissement public de coopération culturelle qui a été créé le 1er janvier de cette année. Les contributions sont seulement différentes. Les deux premiers financeurs sont la communauté d’agglomération et le conseil régional de Lorraine, qui apportent chacun environ 4 millions d’euros, sur un budget total de 10 millions d’euros par an. Nous bénéficions par ailleurs d’un mécénat important du groupe Wendel.

Le Centre Pompidou n’a donc pas participé au financement.
Cette aventure permet au Centre Pompidou de montrer plus largement sa très riche collection et différemment. Dans l’esprit du projet, il a toujours été très clair qu’il n’y avait aucune relation financière entre les deux institutions.
Mais, évidemment, il y a un coût induit pour le Centre Pompidou, notamment dans la mobilisation des équipes, qui se sont admirablement investies à tous les niveaux. Cela se chiffre en milliers d’heures. Sans évoquer l’apport de la collection qui, pendant ce temps-là, n’est pas prêtée ailleurs.

Quel était le cahier des charges pour ce projet ?
Revenir à l’utopie originelle du Centre Pompidou, tout en essayant de créer un centre, plus qu’un musée, dédié à toutes les formes de la création, dans l’esprit de la pluridisciplinarité du modèle parisien. Dans le programme architectural, nous avons repris beaucoup d’éléments qui ont fait le succès du Centre Pompidou de Paris, comme la transparence, la fluidité, la piazza, le forum, les galeries d’expositions flexibles, un grand plateau pluridisciplinaire au rez-de-chaussée avec un studio et un auditorium… On retrouve beaucoup des gènes du « Centre Pompidou-Paris ». Tout cela est reconfiguré selon une autre histoire, dans une structure indépendante et autonome. Nous ne sommes ni une antenne, ni une filiale, ni une succursale, ni une annexe : nous sommes simplement le « Centre Pompidou-Metz ».
Nous finissons une première histoire, celle de la création du bâtiment, et nous allons en commencer une autre. Sur le fond, nous sommes un peu une chimère. Nous ne sommes pas vraiment un centre d’art, ni un musée. Nous sommes un lieu uniquement dédié aux expositions temporaires, mais nous avons la chance de pouvoir bénéficier d’une des plus belles collections d’art moderne et contemporain du monde, que nous pouvons compléter par des prêts extérieurs ou des commandes à des artistes.

À la différence du Centre Pompidou de Paris, ce projet ne comprend pas de grande bibliothèque.
Cela a été un parti pris dès le départ, assumé par tous. Une médiathèque pourra éventuellement être construite à proximité, si les collectivités territoriales le souhaitent.

La volonté de ne pas constituer de collection autonome était-elle inhérente au projet ?
C’est le fondement même du projet. Nous nous inscrivons en complément à un paysage culturel existant. Ce n’est pas pour rien que nous avons appelé notre manifestation de préfiguration « Constellation ». Nous sommes une étoile parmi les autres et pas un ovni parisien. L’un des intérêts de s’installer en Lorraine, c’est qu’il n’y avait pas de grande collection d’art moderne. On travaillons en synergie avec très beaux équipements, comme le FRAC [Fonds régional d’art contemporain] Lorraine, le Mudam de Luxembourg, la Synagogue de Delme, les musées de Sarrebruck ou de Nancy. Nous apportons la force de cette collection incomparable.

Toutes les œuvres de la collection sont-elles disponibles pour le Centre Pompidou-Metz ?
Non, puisque certaines ne sont pas transportables pour des raisons de conservation préventive, tandis que d’autres sont déjà engagées par ailleurs ou accrochées dans les collections permanentes. Pour chaque prêt, nous devons dialoguer avec mes collègues de la conservation à Paris. Pour la première exposition, tout s’est très bien passé. « Chefs-d’œuvre ? » (lire p. 19) témoigne de prêts exceptionnels et est sûrement la plus grande opération de ce type dans l’histoire du Centre Pompidou.

Les expositions présenteront-elles toujours des œuvres de la collection du Musée national d’art moderne ?
Le Centre Pompidou-Metz est désormais l’un des plus grands espaces d’exposition temporaire en France. Cela crée une nouvelle plateforme constituée de quatre galeries de 1 200 m² chacune, qui peuvent aussi servir de catalyseur à d’autres projets qui viendront en synergie avec ceux fondés sur la collection du Centre Pompidou. Ce lieu pourra accueillir des itinérances d’expositions internationales qui ne passaient pas par la France, mais aucune exposition de Metz ne circulera à Paris et réciproquement. Le dialogue entre patrimoine et art contemporain m’a toujours passionné, et on peut imaginer dans ce cadre tout type de projet, comme une réponse aux musées d’art ancien qui invitent des artistes contemporains.

À titre personnel, allez-vous continuer à développer des projets en dehors du Centre Pompidou-Metz ?
Je l’ai toujours fait, et je continuerai probablement. Je crois que c’est sain. Par ailleurs, je serai le commissaire de quelques projets seulement du Centre Pompidou-Metz. Il est normal que je prenne mes responsabilités de direction pour la première exposition, grandement aidé en cela par nombre de mes collègues parisiens et messins. Ensuite, c’est à l’équipe du Centre Pompidou-Metz et notamment au pôle programmation dirigé par Hélène Guénin, qui vient du FRAC Lorraine, de lancer et de développer les projets.
Nous souhaitons également inviter des commissaires à faire des propositions : c’est pour cela qu’il n’y a pas d’équipe de conservateurs au sein de notre institution.

Philippe Régnier

Légende photo

Haut & Bas : vues de l'exposition "Chef-d'oeuvre ?" - Centre Pompidou-Metz - mai 2010 - Photographe F.S

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