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Monuments historiques - Le CMN joue son va-tout

Quel avenir pour le CMN ?

Inspecté avant la relance de la décentralisation, le Centre des monuments nationaux abat ses dernières cartes

Le Journal des Arts - n° 323 - 16 avril 2010

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Alors que se poursuit l’audit général de ses finances, le Centre des monuments nationaux (CMN) est fragilisé par la perspective de nouveaux transferts de monuments historiques aux collectivités. La directrice du CMN, Isabelle Lemesle, veut tenir le cap en réaffirmant la rentabilité et le dynamisme du premier opérateur touristique de France.

PARIS - Regroupement et déménagement de ses services vers un nouvel immeuble de la Porte de Pantin, grands travaux de réaménagement à l’hôtel de Sully, à Paris, qui s’apprête à s’ouvrir davantage au public et à accueillir un restaurant dans son orangerie… Le Centre des monuments nationaux (CMN) poursuit sa phase de réorganisation, après une rentrée sociale agitée qui a dressé les syndicats contre la présidente de l’établissement, Isabelle Lemesle, contestée pour sa pratique du dialogue social à la hussarde.

Mais un autre séisme pourrait prochainement s’abattre sur l’ancienne Caisse nationale des monuments historiques, qui vit depuis plusieurs mois avec une épée de Damoclès : la relance de la décentralisation des monuments historiques. Un sujet auquel le gouvernement n’a pas renoncé malgré la censure par le Conseil constitutionnel de l’article 52, devenu article 116, du projet de loi de finances pour 2010 (lire le JdA n° 313, 13 novembre 2009). Une nouvelle proposition de loi, présentée par la députée Muriel Marland-Militello (UMP), reprenant l’intégralité de l’article 116, a d’ores et déjà été déposée à l’Assemblée nationale.

Dans son bureau temporaire, pour cause de travaux, à l’hôtel de Sully – prestigieux monument que la présidente a réussi à garder dans son giron alors que France Domaine l’aurait volontiers proposé à la vente –, Isabelle Lemesle élude la question de savoir si cette relance du processus de transfert, qui pourrait désormais concerner tous les monuments gérés par le CMN, signifierait la mort de l’opérateur. « Est-ce la vraie question ? interroge la présidente.

La vraie question n’est-elle pas plutôt de savoir si l’État doit continuer à être propriétaire de monuments, et si oui, quel est le bon outil pour les gérer ? » À défaut de pouvoir interagir sur le premier point, Isabelle Lemesle a décidé de démontrer que le CMN était un opérateur performant qui, s’il coûte 30 millions d’euros par an en investissement au ministère de la Culture, s’autofinance en fonctionnement à 78 % sur ses 120 millions d’euros de budget, tout en étant le premier opérateur touristique français, avec 9 millions de visiteurs en 2009. Il vient par ailleurs de bénéficier d’un modeste coup de pouce, avec l’affectation de 15 % du prélèvement sur les sommes engagées sur le poker en ligne. Et de préciser : « La décentralisation, il faut apprendre à vivre avec, mieux vaut en être acteur plutôt que simplement la subir. »

L’émoi suscité au Parlement par la tentative de passage en force du gouvernement a toutefois permis à Isabelle Lemesle de compter ses alliés, notamment au Sénat, où plusieurs élus sont encore ou ont été membres du conseil d’administration du CMN. Alors, quand la commission des finances du Sénat, trouvant que la mise en œuvre de la réforme sur la maîtrise d’ouvrage des travaux sur les monuments historiques de l’État – transférée au CMN – avait trop tardé, a sollicité la Cour des comptes sur ce point, Isabelle Lemesle a rappelé aux magistrats de la Rue Cambon que l’établissement n’avait subi aucune inspection depuis 2003. Et que, quitte à s’installer dans la maison, autant tout contrôler ! Pour la présidente, l’objectif est clair : prouver le dynamisme de l’opérateur. En 2009, la Réunion des musées nationaux (RMN) avait, elle aussi, trouvé un soutien inattendu à la Cour des comptes dans sa guerre commerciale contre le Musée du Louvre…

Un bilan de la première vague de transfert
Le CMN fait également l’objet d’un autre rapport, produit cette fois-ci par la Commission des affaires culturelles du Sénat. « Compte tenu de la décision du Conseil constitutionnel, il nous a semblé qu’il était plus intéressant de reprendre un travail de fonds sur le sujet », explique la sénatrice Françoise Férat (UMP), rapporteur de ces travaux qui seront achevés au mois de juin et donneront lieu à la rédaction d’une proposition de loi. Les sénateurs ont notamment prévu de dresser un bilan de la première vague de transfert. Or, économiquement, l’opération n’a guère été rentable pour le ministère de la Culture, qui a dû compenser la perte de recettes pour le CMN, tout en continuant à financer des travaux de restauration sur la plupart de ces monuments décentralisés.

Mais ouvrir à nouveau les vannes de la dévolution sans restriction, comme le souhaite le gouvernement – ce qui signifierait céder les monuments rentables ou ceux qui viennent de bénéficier de travaux –, ébranlerait le système de péréquation sur lequel est fondée l’économie du CMN. Prudents, les sénateurs pourraient suggérer de réactiver le dispositif mis en œuvre dans le cadre de la loi du 13 août 2004, proposant une liste de 176 monuments, établie à l’époque sous la direction de l’historien René Rémond. Ce dispositif avait alors été circonscrit dans le temps : il suffirait aujourd’hui de le modifier sur ce dernier point.

Obtenir des garanties
Pour le CMN, cette nouvelle vague de transfert signifierait devoir potentiellement se séparer d’une trentaine de monuments figurant sur cette liste (dont le palais Jacques Cœur à Bourges, ou la Villa Cavrois à Croix), mais avoir la garantie de conserver ses fleurons, comme le Mont-Saint-Michel ou l’Arc de triomphe (Paris). Pour parer à toute éventualité, Isabelle Lemesle veut avoir les coudées franches avant son audition, en septembre, devant les magistrats de la Cour des comptes et les sénateurs. « Être les meilleurs et le faire savoir », répète-t-elle, quitte à faire grincer des dents les syndicats qui lui reprochent de ne pas porter de véritable projet culturel. Tous les monuments devront être dotés d’un schéma directeur destiné à avoir une visibilité sur les cinq années à venir. Seuls 24 monuments sur 96 avaient jusque-là fait l’objet d’un simple « projet de monument ».

« Ces documents n’étaient pas normés et non mis en œuvre », soutient Isabelle Lemesle. Simple stratégie de communication ?
Le 22 mars, Jacques Myard, député-maire (UMP) de Maisons-Lafitte (Yvelines), s’est ouvertement réjoui de l’annonce du lancement d’une nouvelle politique de mise en valeur pour le château construit par François Mansart, qui attire péniblement 13 000 visiteurs par an. « C’est la première fois que la Caisse [sic] s’occupe de Maisons, a insisté l’édile. Des dossiers que nous pensions enterrés prennent enfin corps. »

De fait, les monuments de l’État ont souvent été considérés comme des forteresses coupées des réalités locales. Faut-il pour autant, sous prétexte d’ouverture, se lancer dans l’installation de structures d’hébergement, au risque de privatiser les monuments, comme l’envisage aujourd’hui le gouvernement ? Faisant suite à la convention signée en novembre 2009 entre les ministères du Tourisme et de la Culture, la présidente du CMN a fait procéder à un état des lieux, lançant des études d’opportunité économique et de faisabilité technique sur 20 monuments – dont la plupart figurent aussi sur la liste Rémond des « décentralisables ». « Il n’est pas question de s’inspirer des paradores, les relais et châteaux espagnols, qui ont été vidés de leurs meubles et de leurs visiteurs pour l’aménagement d’hôtels dirigés par une agence étatique », plaide Isabelle Lemesle.

La référence est embarrassante, l’initiative étant due au gouvernement de Franco. Elle avait pourtant séduit, dans les années 1960, ses prédécesseurs à la tête de la Caisse nationale des monuments historiques, qui avaient tenté d’installer des hôtels de luxe à Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire), Villeneuve-lès-Avignon (Gard) ou encore à Écouen (Val-d’Oise) – en partenariat avec le Club Méditerranée ! – avant d’y renoncer… Les raisons évoquées à l’époque semblent toujours d’actualité : refus de priver les visiteurs de l’accessibilité aux fleurons du patrimoine et – surtout ! – faiblesse de la rentabilité économique des projets.

Sophie Flouquet

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