Syrie

Tell Baidar, un enjeu capital

Vers une nouvelle Ebla ?

Le Journal des Arts

Le 1 janvier 1995 - 399 mots

Après avoir dégagé en 1992 d’importants monuments, une équipe européenne a mis au jour, lors de deux campagnes en 1993 et 1994, une série de précieuses tablettes cunéiformes en Syrie, sur le site de Tell Baidar.

PARIS - Situé en haute Djézireh, région fertile arrosée par le Khabour et le Balikh, le site de Tell Baidar, carrefour d’échanges autrefois privilégié entre les mondes sumérien, anatolien et égyptien, est l’une des dernières concessions permanentes octroyées par les autorités de Damas.

Sous la direction de Marc Lebeau, professeur à l’université de Bruxelles, et malgré les difficultés dues au climat, une centaine d’ouvriers a partiellement dégagé une ville datée du XVe siècle avant notre ère, qu’englobait le mystérieux empire de Mitanni dont les frontières s’étendaient aux confins de la Mésopotamie.

Une acropole de six cents mètres de diamètre, fondée au début du IIIe millénaire, domine cet ensemble de vingt-cinq hectares. C’est dans l’un des quartiers localisés au point culminant de ce gigantesque complexe urbain que soixante-dix tablettes cunéiformes ont été exhumées. Découvertes dans des bâtiments administratifs construits à proximité d’un temple exceptionnellement préservé, ces précieuses archives viennent ainsi compléter soixante-seize autres tablettes dégagées puis étudiées, l’année dernière, par les épigraphistes Karol van Leberghe et Philippe Talon.

Entreposées aujourd’hui au musée de Deiz ez Zor, ces tablettes sont pour l’essentiel des documents comptables du XIVe siècle avant Jésus Christ, "nos plus vieux papiers de famille"1, se plairait à dire l’assyriologue Jean Bottéro, grâce auxquels des toponymes inconnus jusqu’alors ont été déchiffrés.

L’extraordinaire richesse de ce site et l’ancienneté de ses structures confirment que l’empire d’Agadé (apparu en Iraq) n’a pas été le modèle, au milieu du troisième millénaire, des Cités-États au Proche-Orient. En effet, des décennies avant que Sargon l’Ancien fonde la puissance d’Akkad, des villes comme Tell Baidar géraient leur propre existence. À l’instar de Tell Ebla, fouillée à partir de 1973 par le professeur Matthiae, Tell Baidar constitue donc un enjeu capital pour connaître l’histoire antique de cette région. Des universitaires d’Alep l’ont du reste bien compris, en décidant d’y former leurs étudiants au métier d’archéologue.

Un musée créé in situ présentera aux curieux les étapes de cette fructueuse collaboration entre les chercheurs européens et syriens. En plus d’avoir réuni autour de son projet les compétences des scientifiques les plus renommés, Marc Lebeau a réussi à convaincre plusieurs mécènes (Petrolina, Moulinex...) de s’y intéresser.

1. Jean Bottéro, Mésopotamie, Paris, Gallimard, 1987.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°10 du 1 janvier 1995, avec le titre suivant : Tell Baidar, un enjeu capital

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